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Un convoi aux allures trumpistes

Manifestants - Alberta
Photo tirée de Facebook

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Comme disait ma grand-mère, il n’y a pas de hasard dans la vie. Le même principe vaut pour le convoi dit de la liberté, attendu à Ottawa en vue d’une méga manif prévue pour samedi.

Si des milliers de camionneurs opposés aux mesures sanitaires, dont la vaccination que leur impose le gouvernement Trudeau, ont choisi de crier leur « colère » dans la capitale nationale et devant le parlement canadien, ce n’est sûrement pas un hasard.

C’est nécessairement parce que leur imaginaire a été frappé par l’insurrection du 6 janvier 2021 au Capitole de Washington. Même leur mise en scène visuelle est un copier-coller des rallyes trumpistes. 

Pour montrer qu’ils sont les « vrais patriotes » à la défense des « libertés » de leur pays, leurs camions sont tapissés de drapeaux, dans ce cas-ci, canadiens. (On voit le même usage faussement patriotique du drapeau québécois dans les manifs antivax.)

Comme chez les trumpistes, le convoi canadien comprend son lot de racistes décomplexés et de chrétiens fondamentalistes. Des camions arborent de larges affiches aux slogans délirants comme « Le vaccin ne nous sauve pas. Seul Jésus peut nous sauver ».

D’autres arborent d’immenses affiches frappées du slogan grossier : Fuck Trudeau. Devant les caméras, ils conspuent ce qu’ils appellent la « gauche radicale », dont Trudeau ( !), et les médias, ces « ennemis du peuple ». 

Trempé dans le sirop d’érable

Bref, sous prétexte de défendre la « liberté » de vivre comme si la pandémie n’existait pas, le spectacle ici est celui d’un trumpisme trempé dans le sirop d’érable, enroulé dans l’unifolié et portant la botte de cowboy ou la chemise de bûcheron.

Depuis des années, on sait que le trumpisme traverse aisément les frontières et les océans. C’est sur le web qu’il multiplie et réseaute ses disciples.

Au Canada, ce qui les fédère ce sont les mesures sanitaires imposées par les gouvernements, la haine contre les médias et Justin Trudeau, le dangereux « gauchiste ».

Au pays, le trumpisme peut déjà compter sur quelques antennes. Minoritaires heureusement, mais elles existent. On en trouve au Parti populaire de Maxime Bernier, souvent présent dans les manifs antivax. Le même qui, sur son fil twitter, traite le premier ministre canadien de « fasciste psychopathe ».

Le temps nous dira si l’hystérie trumpienne finira aussi par gagner les rangs du Parti conservateur d’Éric Duhaime.

90 % des camionneurs sont vaccinés

Alors que 90 % des camionneurs canadiens sont vaccinés, jusqu’où iront les autres camionneurs – et les groupes d’extrême droite qui s’y sont greffés –, une fois rendus à Ottawa ?

Nul doute que la sécurité autour du parlement sera sur les dents. L’espoir est surtout que le « plan » des manifestants canadiens, même parmi les plus enragés, ne sera tout de même pas d’envahir à leur tour le parlement.

En démocratie, la liberté de réunion pacifique est un droit fondamental. Mais si grabuge il y avait, la vaste majorité des Canadiens ne l’oubliera pas.

Une telle nouvelle ne serait pas moins mauvaise pour le chef conservateur. L’entêtement d’Erin O’Toole contre la vaccination obligatoire et son incapacité à contrôler son propre caucus, dont certains membres appuient le convoi, confirmeraient son manque patent de jugement et de leadership.

Ce convoi sonne néanmoins l’alarme. À travers l’Occident, la vitesse à laquelle se fédèrent les adeptes d’une extrême droite résurgente, trumpienne ou d’une autre eau comme celle d’un Éric Zemmour, est inquiétante.

Au Canada, le convoi dit de la liberté ne doit vraiment rien au hasard.