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Prise de rendez-vous: encore du cafouillage

La centralisation des rendez-vous en ligne pour avoir accès à un médecin tarde

Rendez-vous santé Québec
Photo d'archives, Rémi Nadeau Il est encore impossible d’avoir accès à toutes les plages de rendez-vous disponibles au même endroit sur le web pour voir un médecin de famille, comme promis par Québec. Les « tests ont à peine commencé », a précisé une source proche du dossier.

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Après avoir octroyé sans concurrence un généreux contrat pour un système centralisé de prise de rendez-vous avec les médecins de famille, Québec est toujours incapable de l’activer comme promis cet hiver. 

• À lire aussi: Accès aux médecins de famille: le ministre Dubé promet une petite révolution

L’an dernier, notre Bureau d’enquête a découvert que le gouvernement a octroyé un mandat de 12 ans qui pourrait rapporter jusqu’à 36 millions $ à PetalMD, une entreprise liée au cofondateur de la CAQ Charles Sirois, en justifiant artificiellement l’urgence sanitaire. 

L’entreprise devait rapidement créer un site internet centralisé de type « Trivago », pour la prise de rendez-vous avec les omnipraticiens, sur lequel compte énormément le ministre de la Santé, Christian Dubé.  

Qu’une clinique soit branchée sur le système public Rendez-vous Santé Québec ou aux systèmes privés comme Bonjour Santé et TELUS santé, elle doit permettre aux citoyens d’avoir accès à toutes les plages de rendez-vous disponibles dans les cliniques, en se branchant à cet agrégateur. 

Or, selon nos informations, Québec est encore très loin de son objectif en raison de problèmes techniques et de négociations avec les médecins de famille. 

Éléments expliquant l’échec   

  • Le système souhaité serait un « monstre », beaucoup plus complexe que ce qui avait été annoncé, parce que Québec veut obtenir les données des médecins de famille, qui s’y opposent (voir autre texte plus bas).    
  • L’implantation dans certaines régions est difficile (Saguenay, Montérégie, Bas-Saint-Laurent), car les dossiers médicaux électroniques n’étaient pas tous compatibles, tout comme certains systèmes de prise de rendez-vous.         

Selon le contrat, le gouvernement Legault prévoyait que 80 % des cliniques y soient actives dès l’automne 2021. Mais « aucune ne fonctionne avec l’orchestrateur » et « les tests ont à peine commencé », a précisé une source très près du dossier.  

Certes, plus de la moitié des cliniques sur les 1300 auraient accepté de se brancher sur le système, mais aucune n’est active ou n’y affiche des rendez-vous. Le ministère de la Santé et des Services sociaux assure que « le branchement des systèmes de prise de rendez-vous en est aux étapes finales de tests et ajustements ». 

Pas certifié 

De plus, avant d’obtenir son contrat, PétalMD ne détenait pas la certification de sécurité requise permettant au MSSS d’homologuer son produit technologique. 

La certification « TGV » permet de s’assurer qu’une entreprise est sécuritaire et protège les données. Dans le cas de PétalMD, le ministère a omis de faire ces vérifications. Lorsque d’autres fournisseurs l’ont signalé, l’entreprise a été forcée d’en faire la demande, ce qui a ralenti le processus. PetalMD a finalement obtenu sa certification le 5 novembre 2021, presque un an après l’octroi du contrat. 


♦ L’homme d’affaires Charles Sirois, ami de François Legault, possédait près de 5 % des actions de PétalMD lors de l’annonce du contrat en août 2020.

La saga de Rendez-vous Santé Québec en bref         

  • En 2017, le ministre de la Santé libéral Gaétan Barrette a lancé la plateforme de rendez-vous médical en ligne Rendez-vous Santé Québec au coût de 6,8 M$ ;  
  • La plateforme publique a toutefois été boudée par les médecins de famille, car ils refusaient de transmettre leurs données au ministère de la Santé et exigeaient de choisir leur propre fournisseur privé ;    
  • Gaétan Barrette a essayé d’obliger les cliniques à utiliser RVSQ, mais la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a toujours refusé. Seuls les GMF-Réseau subventionnés ont dû s’y plier ;    
  • En arrivant au pouvoir en 2018, le ministre de la CAQ, Lionel Carmant, a réinjecté de l’argent pour améliorer RVSQ. L’an dernier, il a finalement décidé de créer un orchestrateur à 36 millions $ afin de satisfaire tous les partis et faciliter l’accès aux rendez-vous ;    
  • Le ministre de la Santé Christian Dubé compte maintenant obtenir les données désirées grâce à ce hub... exactement comme le désirait son prédécesseur libéral, pour 36 millions $ de moins.        

Un système qui ratisse trop large au goût de certains     

Le site web centralisé pour la prise de rendez-vous médical servira aussi à surveiller les omnipraticiens en collectant leurs données, ce qui inquiète les médecins. 

En présentant son projet de loi visant à améliorer l’accès aux médecins de famille, le ministre de la Santé Christian Dubé a été clair : il veut mettre en place une plateforme « de gestion ». Cette plateforme fait partie intégrante de sa refonte du réseau.  

En plus d’afficher les plages horaires, le site web qui agit comme orchestrateur pourrait calculer les heures de travail des médecins et le nombre de plages horaires qu’ils comblent. Des données précieuses pour le gouvernement Legault. 

Des sources qui se sont confiées à notre Bureau parlementaire estiment que le mandat accordé à PétalMD va « largement au-delà de ce qui a été annoncé ».  

Si le mandat initial avait été respecté, dit-on, les citoyens auraient déjà accès à toutes les plages horaires libérées par les médecins.  

« Défis technologiques » 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux admet qu’il s’agit d’un projet « unique au Canada et au monde ». 

Il refuse toutefois d’expliquer les retards ainsi que de confirmer le nombre de cliniques participantes.  

« La coordination de cet environnement complexe comporte plusieurs défis technologiques, qui sont monitorés et suivis de près afin d’assurer une résolution agile des problèmes. Pour le moment, il est trop tôt pour dégager un bilan avec des données précises », a indiqué Robert Maranda, le porte-parole du MSSS.  

Dans une courte entrevue, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a assuré que la partie technologique est réglée. « Maintenant, il y a la partie installation avec les bureaux de médecin », a-t-il dit. 

Préoccupations 

Le nouveau président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, affirme que le projet de loi 11 « préoccupe énormément » ses membres. L’utilisation des données par le ministre est très inquiétante, a avisé le Dr Amyot. La première entente signée entre le gouvernement et les GMF ne devait pas permettre à l’orchestrateur de récupérer toutes les données des médecins de famille.  

L’outil devait aider les médecins à mieux gérer les plages libres sans rendez-vous, a indiqué le Dr Amyot.  

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majorité des cliniques avaient accepté de se brancher au système de PétalMD.

Le dépôt du projet vient chambouler l’intégration du système. Il ouvre la porte au ministre afin qu’il puisse obtenir toutes les données des médecins grâce à l’orchestrateur.

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