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L’homme qui fait trembler le crime organisé

Son entreprise offre une solution simple aux casinos afin d’éliminer le blanchiment d’argent entre leurs murs

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Earle G. Hall, le président et chef de la direction d’Axes Network.

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Une entreprise de Québec est en train de devenir le pire cauchemar du crime organisé. Armée de serveurs informatiques et de beaucoup de lignes de code, elle empêche le blanchiment d’argent. 

« On fait du nettoyage dans une industrie qui n’est pas propre à la base », lance le patron d’Axes Network, Earle G. Hall, à propos de l’industrie du jeu. 

Sa solution est simple, a-t-on envie de dire. Un petit boîtier est installé dans une machine à sous, puis récolte des données qui sont stockées sur des serveurs. 

Ces données permettent de faire trois choses. Détecter le blanchiment d’argent. Prévenir le jeu compulsif. Éliminer l’argent comptant dans les casinos. 

« Ça fait 10 ans qu’on développe des modèles pour capter tous les comportements », explique l’entrepreneur dans un français impeccable. 

Grâce au boîtier, tout comportement anormal d’un joueur est ainsi automatiquement identifié. 

Et ça marche. Axes est présente dans 47 pays. Ses boîtiers sont installés dans près de 50 000 machines à sous de grandes chaînes de casinos d’Amérique du Sud et d’Europe, de méga casinos en Asie et même dans les dépanneurs de la chaîne Circle K aux États-Unis. 

« On a aussi le contrat de la Pologne au complet. Imaginez-vous que leur premier ministre nous a appelés, nous, des gars de Québec, parce que l’Union européenne venait d’interdire le jeu dans le pays à cause du blanchiment russe », raconte fièrement le natif de Terre-Neuve.    

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Absence d’un client de taille 

Les affaires vont bien. En deux ans, le nombre d’employés d’Axes est passé de 25 à 75 et « franchira bientôt le cap du 100 ». 

Afin de nourrir cette croissance, une ronde de financement de 20 millions $ a été bouclée en décembre dernier auprès de grosses pointures comme Desjardins et Investissement Québec. 

Earle G. Hall habite à Las Vegas depuis deux ans pour « pénétrer les gros comptes américains ». Son expertise est recherchée. 

Le 27 janvier dernier, il était le seul représentant de l’industrie du jeu à participer à une conférence de la Global Government Blockchain Association, elle-même mandatée par le gouvernement américain afin de l’aider à s’attaquer au blanchiment d’argent. 

Il y a toutefois un absent de taille à sa liste de client : Loto-Québec. 

« Ils ne sont pas rendus là », se désole M. Hall, qui s’explique mal pourquoi. 

Positif, il n’a que de bons mots pour le nouveau patron de la société d’État, Jean-François Bergeron, en poste depuis mai dernier. 

« C’est un vrai monsieur. C’est un technologue. Pour la première fois, on a des discussions intelligentes avec Loto-Québec depuis qu’il est là », confie-t-il. 

Le Québec, pour l’instant, ne profite donc pas d’une technologie dont il est pourtant actionnaire et qui est prisée partout sur la planète.   

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Un problème ici aussi

À l’automne 2020, notre Bureau d’enquête révélait d’ailleurs la présence d’activités du crime organisé au Casino de Montréal.

Ces reportages ont mené le ministre des Finances, Eric Girard, à commander un audit spécial externe sur le blanchiment d’argent. 

Loto-Québec envisage maintenant de mettre un terme à l’utilisation de l’argent comptant dans ses établissements de jeux.

Nul n’est prophète en son pays, mais Axes Network possède tous les atouts pour faire mentir l’adage.

La technologie « cashless » est justement une des spécialités d’Axes Network. « On utilise une carte intelligente ou une appli mobile. On peut savoir qui joue, combien la personne mise, on sait tout », explique-t-il. 

Reste la question du jeu compulsif, dont l’élimination est la « vraie passion » d’Earle G. Hall, pour qui « l’argent se fait trop facilement » dans l’industrie du jeu. 

En Pologne, raconte-t-il, « notre configuration est très sévère ». Quand un joueur dépasse la norme de jeu responsable, « la machine est bloquée, il reçoit un message, il n’a plus le droit de jouer pour une semaine ou un mois ».

Gageons qu’il misera aussi là-dessus pour convaincre Loto-Québec.

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