/opinion/columnists
Navigation

Le français abandonné par Trudeau?

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement Trudeau vient d’annoncer qu’il ne respectera pas son engagement préélectoral concernant l’amélioration du statut du français au Canada.

Ce triste revirement, en plein milieu de la crise des camionneurs à Ottawa, est passé largement sous le radar. Dommage, car c’était une des promesses phares des libéraux aux élections de septembre.

Cet engagement a plu à beaucoup d’électeurs francophones au Québec et au Canada et a contribué à la victoire libérale dans de nombreuses circonscriptions. La trahison de la parole des libéraux mérite donc d’être mieux comprise.

La promesse rompue était celle de ramener le projet de loi 32, présenté par Mélanie Joly avant les élections, dans les 100 premiers jours du nouveau gouvernement.

  • Écoutez la rencontre Jean-François Lisée et Thomas Mulcair au micro de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 8 h via QUB radio :

Loi Joly au rancart

Tirant faiblement prétexte d’une décision récente de la Cour fédérale concernant les services en français aux Britanno-Colombiens, les libéraux ont remis la loi de Joly sur la planche à dessin et, probablement, aux calendes grecques. Aussi ridicule que ça puisse paraître, l’infortunée successeure de Mélanie Joly, la ministre Ginette Petitpas Taylor, a plaidé que ce jugement obscur exigeait une nouvelle rédaction de la loi promise. Dans les Olympiques des foutaises et balivernes politiques, cette excuse bidon mérite une place en haut du podium.

Ayant travaillé en rédaction législative et dans le dossier linguistique pendant une bonne partie de ma carrière, je sais qu’il n’y avait là absolument aucune raison valable pour briser la promesse formelle faite aux francophones.

Les droits en l’air

La loi 32 aurait obligé, par exemple, des lignes aériennes comme WestJet et Porter d’offrir leurs services au public en français. Toute une révolution dans un pays bilingue, n’est-ce pas ? Obliger les lignes aériennes de ce pays de pouvoir répondre dans les deux langues officielles !

Pour l’instant, cette obligation incombe uniquement à Air Canada. Il s’agit, à mon avis, d’un des premiers éléments qui risquent de prendre le bord, car Trudeau n’a pas l’intention de déplaire à ces compagnies aériennes, à leurs actionnaires ou aux « redneck » qui y trouveront une nouvelle cause.

Protéger le français avant tout

Le changement le plus notable aurait été la reconnaissance pure et simple du fait (car c’est un fait) que le français est la langue minoritaire du Canada, et c’est elle qui nécessite protection et promotion. Ceci peut sembler tellement évident que l’on peut se demander pourquoi il fallait le dire avec une nouvelle loi.

La raison est fort simple : depuis 50 ans, la doctrine officielle à Ottawa est qu’il y a deux langues minoritaires : l’anglais au Québec et le français dans le reste du Canada. C’est un changement fondamental qui était proposé et les anglos d’ici craignaient une perte de leurs droits. Ce ne sont pourtant pas des vases communicants et on devrait pouvoir protéger le français, sans compromettre les droits de la communauté anglophone.

Jeu dangereux

C’est pour ça que c’est si dommage, année électorale oblige, que Legault ait décidé que c’était le bon moment pour planter « les Anglais ».

Que ce soit le financement coupé au Cégep Dawson ou la réduction des droits linguistiques devant les tribunaux, le nivellement vers le bas pratiqué par les Bérets blancs de la CAQ est un jeu dangereux où personne ne gagne.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.