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Des risques bien réels dans l’eau des Shawiniganais

Les résidents doivent faire bouillir leur eau depuis maintenant 3 mois

lac à la Pêche
Photo courtoisie, Michel Sokolyk L’eau du robinet tirée du lac à la Pêche, à Shawinigan, contient des substances qui pourraient être cancérigènes selon la Santé publique.

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La Santé publique a dû insister à au moins six reprises auprès de Shawinigan pour qu’elle informe adéquatement ses citoyens quant aux risques de boire l’eau du robinet depuis la fermeture de l’usine de filtration en décembre.

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Le 8 octobre, la Santé publique de la région a averti la Ville par courriel de « maximiser la communication du risque » aux citoyens. La Ville envisageait alors une fermeture temporaire de l’usine de filtration du lac à la Pêche, aux prises avec une multitude de problèmes depuis son ouverture, en janvier 2020. 

Le 23 décembre, soit 21 jours après la fermeture de l’usine et la diffusion d’un avis d’ébullition touchant plus de 30 000 résidents, la Santé publique demandait même à la Ville « d’ajuster son message », concernant certains risques associés à des parasites, selon des échanges obtenus grâce à des demandes d’accès à l’information.

L’usine de filtration sera fermée au moins jusqu’à l’été. Depuis, l’eau n’est plus filtrée, mais chlorée.

Risque de cancer

Un des risques mentionnés par la Santé publique est la présence dans l’eau de trihalométhanes (THM), des substances potentiellement cancérigènes qui se forment au contact du chlore avec des matières organiques.

Selon des analyses obtenues par notre Bureau d’enquête, les normes de THM dans l’eau ont été constamment dépassées entre le 8 et le 20 décembre.

L’usine de filtration flambant neuve, qui sera fermée au moins jusqu’en juin.
Capture d'écran, TVA Nouvelles
L’usine de filtration flambant neuve, qui sera fermée au moins jusqu’en juin.

Un avis du groupe scientifique sur l’eau de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) demandé par la Santé publique précise que les femmes enceintes sont un groupe plus vulnérable. Selon une fiche de INSPQ, il y a des risques de fausses couches et de malformations congénitales, mais davantage de recherches sont nécessaires.

Une étude européenne de 2020 publiée dans la réputée revue scientifique Environmental Health Perspectives estime pour sa part que 5 % des cancers de la vessie en Europe sont attribuables aux THM.

Le 22 décembre, le DG de la Ville, Yves Vincent, a plutôt déclaré : « Nous savons très bien que l’eau chlorée peut contenir un taux de THM supérieur à la norme. D’ailleurs, depuis une dizaine d’années, nous informons nos citoyens de leur présence dans l’eau potable ». 

Le maire Michel Angers réplique régulièrement que les Shawinigannais boivent cette eau depuis 80 ans.

Citoyens sceptiques

André Berthiaume, un résident qui a dénoncé les problèmes de l’usine, juge que la Ville banalise et tente de discréditer la Santé publique.

Michel Sokolyk, qui habite Shawinigan depuis la fin des années 70, n’a jamais bu l’eau du robinet. « Pas question de la boire, et tous les gens que je connais sur le rang ici achètent leur eau », dit-il. 

« En minimisant l’importance de la situation sanitaire [...] le maire a nettement failli à son rôle de leader responsable de la santé et la sécurité de la population », croit Luc Trudel, candidat défait à la mairie cet automne.

Des parasites qui sont dangereux

La Santé publique a averti Shawinigan que l’eau qui sort du robinet des résidents pourrait contenir deux dangereux parasites.

« Les risques à la santé associés à la présence de parasites sont [...] présents dans l’eau distribuée depuis le 2 décembre 2021 », peut-on lire dans la lettre que la Santé publique a envoyée à la Ville, le 17 décembre, pour refuser de lever l’avis d’ébullition. 

Le chlore utilisé pour traiter l’eau ne tue pas ces parasites nommés Giardia et Cryptosporidium. Il faut donc faire bouillir l’eau pour les éliminer dans l’éventualité où ils seraient présents.

Bien des conséquences

Ces parasites peuvent entraîner des diarrhées, des vomissements, de la fièvre et des maux de tête. 

L’infection peut être plus grave chez les enfants, les femmes enceintes ou les personnes atteintes d’un cancer, selon un document de la Santé publique publié pour bien faire comprendre l’importance de l’avis d’ébullition.

Le risque est réel. En 1993, une éclosion de Crytosporidium s’est produite à une usine de traitement de l’eau à Milwaukee, aux États-Unis, et 403 000 personnes avaient été malades ou hospitalisées, et une centaine étaient décédées. 

En 2001, une épidémie de Crytosporidium à North Battleford, en Saskatchewan, avait rendu malade la moitié de la ville, soit 7000 personnes.

La grogne monte

Alors que les Shawiniganais doivent faire bouillir leur eau depuis maintenant trois mois, la grogne monte. Une troisième manifestation est prévue aujourd’hui.

Les citoyens réclament plus de transparence de la part du maire, Michel Angers. L’usine de filtration flambant neuve de la ville n’a jamais bien fonctionné. Les matières en suspension du lac encrassent les membranes de filtration et ont entraîné des rejets de boue toxiques qui ont même tué des poissons, à l’été 2020. 

« Il y a des gens quelque part qui ont mal fait leurs devoirs », croit Michel Sokolyk. 

« Il y a un avant et un après [le] 1er décembre 2021 pour la population, croit pour sa part l’ancien député de la région Luc Trudel. Il y a une brisure et un important déficit de crédibilité dus au manque de transparence. »

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