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[PHOTOS] Découvrez l'histoire surprenante de ces 10 côtes à Québec

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Québec est une ville à deux étages et, comme l'a si bien dit le poète Sylvain Lelièvre, «quand on est d'la basse-ville, on n'est pas d'la haute-ville».

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Plusieurs ont rêvé de gravir la côte pour s'élever dans la société, et des côtes, ce n'est pas ça qui manque dans la capitale. Il y en a une bonne vingtaine tout autour du promontoire. Chacune a son histoire, parfois surprenante. Nous vous invitons à découvrir l'origine d'une dizaine de ces côtes.

1) La côte de la Montagne  

La côte de la Montagne entre 1920 et 1935.
Photo Archives de la Ville de Québec
La côte de la Montagne entre 1920 et 1935.

La côte de la Montagne est la plus ancienne voie de circulation à relier le bas et le haut de la ville de Québec. Elle est apparue dès 1620, alors que Champlain fait construire le fort Saint-Louis au sommet du cap aux Diamants. Il ne s'agissait alors que d'un sentier tracé depuis l'Habitation. 

À l'origine, on l'appelait la côte de la Basse-Ville, mais vers 1665, son nom actuel se fixe. Il renvoie à la topographie du secteur. En effet, Champlain désignait le cap aux Diamants par l'appellation de montagne. 

On a longtemps cru, à tort, qu'elle devait son nom à un certain Noël Jérémie dit Lamontagne, qui aurait eu une propriété dans l'actuel parc Montmorency. Plus tard, d'autres ont affirmé qu'elle devait son nom à Jacob Mountain, évêque anglican de Québec. Toutefois, le toponyme de Montagne existait bien avant celui de Mountain Hill.

Conduisant à la résidence du gouverneur, la côte de la Montagne était une rue de prestige. Ainsi, on a retrouvé sur son parcours le premier cimetière de la ville et du Canada (1609), le Palais épiscopal (1696) et le premier parlement (1792). En 1797, on y construisait la porte Prescott pour contrôler l'accès à la ville intra-muros.

2) La côte de la Canoterie  

La côte de la Canoterie et la porte Hope, 1905.
Photo Bibliothèque et Archives nationales du Québec
La côte de la Canoterie et la porte Hope, 1905.

Le nom de cette côte apparaît pour la première fois sur un plan de 1685. À sa base, les prêtres du Séminaire avaient aménagé une canoterie, c'est-à-dire un hangar pour y ranger leurs canots, d'où son nom. C'est qu'à cette époque, l'eau de la rivière Saint-Charles venait battre le pied de la falaise.

Jusqu'au début des années 1800, il était impossible de se rendre en voiture de la basse-ville (l'actuel secteur de place Royale) jusque dans le faubourg Saint-Roch. Seul un petit sentier permettait d'y passer, à marée basse seulement. 

Cependant, l'augmentation des activités portuaires et de la construction navale avait accru la circulation dans ce secteur. C'est pourquoi, en 1815, on décide d'ouvrir la rue Saint-Paul. Pour ce faire, on doit combler la rivière en construisant des quais, élargissant ainsi la berge. C'est chose faite en 1817, alors que la rue Saint-Pierre et la côte de la Canoterie sont enfin reliées, et ce, en dépit de la marée. 

C'est ce qui explique que les façades actuelles de la rue Saint-Paul étaient autrefois les murs arrière des bâtiments de la rue Sous-le-Cap. La canoterie du Séminaire est aujourd'hui disparue, mais le toponyme est demeuré.

3) La côte du Palais  

La côte du Palais, les Nouvelles-Casernes et la rue Saint-Vallier dans les années 1870.
Photo collection Jean-Marie Lebel
La côte du Palais, les Nouvelles-Casernes et la rue Saint-Vallier dans les années 1870.

Dès 1660, un sentier reliant la haute-ville et un gué de la rivière Saint-Charles, situé à l'emplacement de l'actuel tunnel Samson, apparaît sur un plan. Comme ce sentier traversait le Domaine des Pauvres de l'Hôtel-Dieu, il prend l'appellation populaire de rue des Pauvres. 

Au pied de la dénivellation, ce chemin passait devant le palais de l'intendant, où se tenaient les séances du Conseil supérieur. L'odonyme devient donc la rue du Palais et, en 1890, la côte du Palais.

La côte du Palais faisait partie d'une véritable voie royale qui reliait le palais de l'intendant au château Saint-Louis, en suivant la rue Saint-Jean, la côte de la Fabrique et les rues De Buade et du Fort. C'est pour cette raison qu'à partir de 1713, il s'agissait des seules rues pavées de dalles en ville.

En 1750, on y construit la porte du Palais pour ainsi contrôler l'accès à la ville fortifiée. Cette porte est démolie en 1871.

La côte du Palais était importante et assez achalandée, puisqu'elle conduisait à l'Hôtel-Dieu, à la rue des Remparts et aux Nouvelles-Casernes. C'est pourquoi, dès le début du XIXe siècle, on y retrouvait quelques hôtels, dont l'Hôtel Albion, qui deviendra l'actuel Hôtel Victoria.

4) La côte Dinan  

La côte Dinan vers 1898.
Photo Philippe Gingras, Bibliothèque et Archives nationales du Québec
La côte Dinan vers 1898.

Plusieurs croient que la côte Dinan doit son nom à la commune française de Haute-Bretagne. Elle a pourtant une consonance très irlandaise. Elle rappelle plutôt la mémoire de l'échevin Francis Dinan, qui a représenté les citoyens du quartier Champlain de 1912 à 1918, puis de 1925 à sa mort survenue en 1950. 

Au XIXe siècle, seules les côtes de la Montagne, de la Canoterie, Dambourgès et du Palais reliaient la basse-ville au Vieux-Québec. Elles étaient plutôt escarpées, voire trop abruptes pour permettre le passage des tramways. C’est pourquoi, en 1897, on construit un plan incliné, à la pente assez douce pour les tramways, reliant la rue Saint-Paul à la côte du Palais. Il est soutenu par des chevalets en acier et longe la falaise. 

En 1948, avec la fin des tramways, cette structure est réaménagée pour la circulation exclusive des véhicules automobiles. C’est la côte Dinan actuelle. De nos jours, les chevalets d'acier d'origine ont été remplacés par des piliers en béton. Cette côte est donc en réalité un viaduc. 

D'ailleurs, à partir de la basse-ville, on aperçoit toujours les piliers qui la supportent et on prend conscience qu'il s'agit d'un élément construit par la main de l'homme.

5) La côte de la Potasse  

La côte Samson, aujourd'hui la côte de la Potasse, en 1962.
Photo Archives de la Ville de Québec
La côte Samson, aujourd'hui la côte de la Potasse, en 1962.

Au pied de la rue des Glacis se trouvait anciennement la côte à Coton. Elle descendait dans la falaise jusqu'à la rue Saint-Vallier. Son parcours étant trop abrupt, on l’a remplacée, en 1922, par la côte Samson. 

Pour réduire sa déclivité, cette nouvelle côte commençait sa course plus à l'ouest, au pied de la rue Saint-Eustache, aujourd'hui l'avenue Honoré-Mercier, et elle longeait la falaise d'ouest en est, jusqu'au carrefour de la côte du Palais et des rues Saint-Nicolas et Saint-Vallier Est. En 1996, elle devenait la côte de la Potasse.

L'odonyme de côte à Coton commémorait la mémoire de Barthélémi Coton, receveur et inspecteur du castor pour la Compagnie des Indes. Il avait voulu établir une chapellerie à Québec, mais une Ordonnance de 1736 le lui avait interdit. Il avait donc ouvert une fabrique de tuiles dans le haut de sa côte. Elle aura une existence éphémère.

La côte Samson rappelait la mémoire Joseph-Octave Samson, maire de la ville de Québec de 1920 à 1926. Quant à l'odonyme de côte de la Potasse, il renvoie à une fabrique de potasse établie au pied de cette côte vers 1669 par l'intendant Jean Talon. Aujourd’hui, l’escalier des Glacis emprunte l’ancien tracé de la côte à Coton.

6) La côte d'Abraham  

Un porteur d'eau dans la côte d'Abraham vers 1870.
Photo Louis-Prudent Vallée, collection Michel Lessard
Un porteur d'eau dans la côte d'Abraham vers 1870.

Avant la construction de l’autoroute Dufferin, la côte d’Abraham filait jusqu’au coin des rues Richelieu et Saint-Eustache, l’actuelle avenue Honoré-Mercier. Dès le XVIIe siècle, il s'agissait d'un sentier qui reliait le coteau Sainte-Geneviève à la vallée de la rivière Saint-Charles. Son nom renvoie à Abraham Martin dit l'Écossais. La tradition veut qu'il ait utilisé ce sentier pour aller faire boire ses bêtes à la rivière Saint-Charles.

Maître Abraham, comme on l'appelait, est sans aucun doute l'un des personnages les plus connus de l'histoire de la Nouvelle-France. Arrivé dès 1617, ce pionnier était un bon ami de Champlain. Lors de la prise de Québec par les frères Kirke en 1629, Martin demeure dans la colonie jusqu'au retour du fondateur. 

Malgré sa notoriété, il s'agit d'un personnage dont on sait bien peu de choses, et ce que l'on sait est plutôt imprécis. Ainsi, malgré son surnom, il n'était pas écossais, mais il aurait plutôt fait plusieurs voyages en Écosse durant sa jeunesse. 

Par ailleurs, il aurait été pilote du roi, le premier sur le Saint-Laurent, mais rien ne le prouve. Le toponyme des plaines d'Abraham lui est également associé, bien qu'il n'en ait jamais eu la propriété.

7) La côte Badelard  

La côte Badelard en 1898.
Photo BAnQ, fonds Philippe-Gingras
La côte Badelard en 1898.

La côte Badelard, aujourd'hui piétonne, relie les rues Arago, dans Saint-Roch, et Lavigueur, dans Saint-Jean-Baptiste. Cet odonyme rappelle la mémoire d’un officier chirurgien français, Philippe-Louis-François Badelard (1728-1807), qui a combattu sur les plaines d’Abraham en 1759, avant d’être fait prisonnier par les Britanniques. 

Au XIXe siècle, cette côte menait à un secteur de Saint-Jean-Baptiste qu’on surnommait le «coin flambant» ou encore le «brass castle», en raison de la prostitution qui y régnait. Une femme de race noire aurait tenu une maison close sur la rue Richmond, aujourd’hui la rue Lavigueur, ce qui lui a valu le surnom populaire de côte de la Négresse. 

Certains ont déformé le sobriquet, par pudeur ou par satisfaction, en l'appelant la côte de l’Allégresse.

Quoi qu'il en soit, Le Journal de Québec des 19 et 28 août 1876 nous apprend que des citoyens du faubourg Saint-Jean exigent que des maîtresses de maisons malfamées de la rue Richelieu soient condamnées. Des citoyens décident même de se faire justice eux-mêmes. 

Ils expulsent des prostituées de leur maison située au coin des rues Richelieu et Sainte-Marie, et ils entreprennent la démolition de l'édifice en bois pour finalement l'incendier. Autre temps, autres mœurs.

8) La côte De Salaberry  

La côte De Salaberry vers 1830.
Photo James Pattison Cockburn, Bibliothèque et Archives Canada
La côte De Salaberry vers 1830.

Dès le XVIIIe siècle, un chemin mène de la rue Saint-Vallier à l'Hôpital Général. En 1850, les hospitalières lui donnent le nom de rue Saint-Ours, qui devient le boulevard Langelier en 1890. Dans le même axe, en haut de la falaise, l'avenue De Salaberry apparaît sur une carte pour la première fois en 1829 et une première côte carrossable reliant ces deux voies de circulation fait son apparition. 

Dans les années 1890, on désigne cette côte par l'odonyme de Bishop's Hill, c'est-à-dire la côte de l'Évêque, probablement en souvenir de Mgr Joseph-Octave Plessis qui a passé les 15 dernières années de sa vie à l'Hôpital Général. En 1913, cette montée devient la côte De Salaberry.

Certains se demandent qui était cet Anglais qui a donné son nom à cette côte. En effet, plusieurs prononcent son nom à l'anglaise, alors qu'il est très français et doit se prononcer comme tel, soit «Salabéri». Cet odonyme rappelle la mémoire du Beauportois Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, le héros de la bataille de la Châteauguay. 

Le 26 octobre 1813, à la tête du régiment des Voltigeurs, il est parvenu à repousser l'attaque de 3000 Américains commandés par le général Hampton.

9) La côte de l'Aqueduc  

La côte de l'Aqueduc vers 1895.
Photo BAnQ, fonds Philippe Gingras
La côte de l'Aqueduc vers 1895.

La côte de l'Aqueduc relie la rue éponyme et la rue Sherbrooke, jusqu'au chemin Sainte-Foy. Jusqu'au début des années 1850, les Québécois s'approvisionnaient en eau à l'une des nombreuses fontaines de la ville, au fleuve ou à la rivière Saint-Charles. 

Avec l'augmentation de la population et les grands incendies de 1845 qui affligent la ville, le maire Narcisse-Fortunat Belleau décide de doter Québec d'un aqueduc. Un barrage est alors érigé sur la rivière Saint-Charles, à Loretteville, et la conduite se rend à Québec presque en ligne droite. La prise d'eau étant plus élevée que la haute-ville, le système fonctionne par gravité. 

Le nouveau réseau est inauguré en 1854. Dans le quartier Saint-Sauveur, on trace la rue de l'Aqueduc, qui coupe les autres rues en diagonale puisqu'elle suit l'aqueduc. 

Des réservoirs sont aménagés pour recevoir l'eau, d'où elle est redistribuée. Celui de la haute-ville était situé à la limite ouest de la ville, au coin de l'avenue De Salaberry et du chemin Sainte-Foy, dans l'actuel parc Lucien-Borne. 

La côte de l'Aqueduc, qui gravit la falaise en oblique vers ce réservoir, doit donc son nom au fait qu'elle forme le dernier segment de l'aqueduc.

10) La côte de la Pente-Douce  

Le Restaurant Terrasse Belvédère en 1952, dans la côte Franklin, aujourd'hui la côte de la Pente-Douce.
Photo Archives de la Ville de Québec
Le Restaurant Terrasse Belvédère en 1952, dans la côte Franklin, aujourd'hui la côte de la Pente-Douce.

En 1918, une côte est tracée depuis la rue Arago jusqu'à l'avenue Calixa-Lavallée. On lui donne le nom de côte Franklin. Cependant, comme elle gravit la falaise en diagonale sur une montée peu abrupte, les résidents du quartier lui préfèrent le surnom de «pente douce». 

Ce quartier, c'est Saint-Sauveur, où l'écrivain Roger Lemelin a vu le jour. En 1944, il publie son roman Au pied de la pente douce. Il y décrit la vie quotidienne de ce quartier ouvrier en rupture sociale avec la haute-ville située en haut de la côte. C'est dans ce même esprit que, quatre ans plus tard, il publie Les Plouffe, succès littéraire, télévisuel et cinématographique qui le rend célèbre.

Roger Lemelin est décédé en 1992. Pour rappeler sa mémoire et lui rendre hommage, on remplace le nom de la côte Franklin, qui rappelait la mémoire de l'explorateur britannique ayant découvert le passage du Nord-Ouest, par l'odonyme de côte de la Pente-Douce, beaucoup plus en lien avec l'histoire du quartier. 

De nos jours, le pied de la côte de la Pente-Douce est marqué d'une haute croix blanche. Élevée en 1950 à l'occasion de l'Année sainte, elle rappelle la prédominance de l'Église à l'époque des Plouffe.


Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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