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La Caisse actionnaire d’une pétrolière active au Myanmar

Le bas de laine des Québécois possède des actions d’une compagnie qui fait affaire avec un régime soupçonné de génocide

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Photo AFP Des blindés dans une rue de Myitkyin, une grande ville du nord du Myanmar, quelques heures après le coup d’État du 1er février 2021.

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La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) est actionnaire d’un important acteur de l’industrie gazière au Myanmar au moment où la junte militaire au pouvoir accroît la répression dans le pays.  

• À lire aussi: La Caisse maintient son soutien à un partenaire malgré des enquêtes

Alors que des géants pétroliers occidentaux ont annoncé dans les dernières semaines qu’ils se retiraient sans compensation de projets au Myanmar, la Caisse de dépôt apparaît comme actionnaire d’une entreprise pétrolière qui profite au régime en place, selon le plus récent rapport de ses investissements.

Le 31 décembre 2020, le bas de laine des Québécois détenait 2 424 608 actions de la compagnie thaïlandaise PTT Exploration & Production PCL (PTTEP). La valeur de ce placement était évaluée à 10,1 millions $ dans le rapport annuel 2020 de la Caisse. L’action de PTTEP a gagné 17,5 % depuis un an, selon le Financial Times.

PTTEP est notamment active dans le développement du projet gazier Yadana, sur la côte sud-ouest du Myanmar. L’entreprise est aussi engagée dans un projet de pipeline.

Le 26 janvier, l’agence Reuters avançait que la firme était appelée à jouer un rôle encore plus important dans le développement gazier de ce pays avec le retrait des acteurs occidentaux.

Le 21 janvier, les géants français et américain TotalÉnergies et Chevron ont annoncé qu’ils se retiraient du Myanmar au vu de l’aggravation des abus de droits de la personne.

La dégradation de la situation « ne permet plus à Total de faire une contribution suffisamment positive dans le pays », a indiqué l’entreprise française.

  • Écoutez Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio : 

Atrocités

Des organismes sonnent l’alarme depuis que l’armée a pris le pouvoir en février 2021. 

Dans un communiqué en 2021, Human Rights Watch (HRW) indiquait que les revenus provenant du gaz naturel constituaient la principale source d’apports financiers en devises étrangères de la junte militaire. Plus d’un milliard $ US en droits de douane, taxes, tarifs et autres frais en sont retirés par la junte au pouvoir, selon HRW.

HRW rapportait en décembre 2021 le cas d’un massacre de 11 personnes, dont cinq enfants, qui auraient été attachés, fusillés puis brûlés dans un village. C’était en guise de représailles pour une attaque de combattants d’une guérilla.

Au moins 1300 personnes, dont des femmes enceintes et des enfants ont déjà été tués par la junte, selon un organisme établi au Myanmar cité par le Los Angeles Times.

Embargo canadien

Bien avant les dernières semaines, la situation au Myanmar inquiétait, avec notamment des accusations de génocide contre la minorité rohinga en 2019 devant la Cour internationale de Justice. 

Le gouvernement canadien a dénoncé les agissements de l’armée au Myanmar et décrété un embargo commercial sur les armes et le matériel connexe, ainsi que sur l’assistance technique et financière qui y est associée.

« La CDPQ n’a aucun investissement direct au Myanmar en raison des critères [...] de notre processus d’analyse d’investissements et en raison des sanctions canadiennes. Il peut arriver que nous soyons exposés à certaines régions indirectement par l’entremise de sociétés multinationales d’un autre pays ayant des activités dans la région, d’indices boursiers ou de gestionnaires externes, mais dans ces cas, il s’agit souvent de positions de petite taille et fluctuant en fonction des marchés [et non pas de convictions d’investissement] », a réagi par courriel Kate Monfette, conseillère principale, relations médias à la Caisse.

– Avec l’AFP


◆ Evergreen Marine, le géant taïwanais du transport maritime, a annoncé jeudi dernier que ses navires n’accosteraient plus désormais au terminal portuaire de Rangoun, rejoignant ainsi les rangs de plusieurs entreprises étrangères ayant coupé leurs liens avec le Myanmar depuis le coup d’État militaire.


Les investissements pétroliers et gaziers de la Caisse  

  • Chevron : 68,5 M$  
  • ExxonMobil : 99,5 M$  
  • Suncor : 404,6 M$  
  • Canadian Natural Resources: 550,6 M$  
  • Enbridge: 1 milliard $  
  • TransCanada Corporation : 344 M$  
  • PTT Exploration & Production PCL : 10,1 M$   

Les très alléchants hydrocarbures du Myanmar  

  • C’est l’un des premiers pays de la planète à avoir commencé à exporter du pétrole, dès le milieu du XIXe siècle.  
  • Son potentiel pétrolier est cependant encore mal exploité.  
  • En 2015-2016, l’industrie pétrolière birmane a attiré pour 4,8 milliards de dollars américains d’investissement direct étranger.  
  • Pourrait devenir un des plus importants producteurs de gaz en Asie, grâce à des réserves de 1200 milliards de mètres cubes.   

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