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Fusion de la Ville de Saguenay: le bon choix selon l’ancien maire Tremblay

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Près de 20 ans après la fusion de la Ville de Saguenay avec plusieurs municipalités alentour, l’ancien maire Jean Tremblay croit toujours qu’il s’agissait du bon choix, une opinion qui n’est pas partagée par d’autres. 

«Ça prenait une fusion parce que les villes se chicanaient entre elles», a-t-il expliqué. «On ferait un référendum demain matin, il n’y a pas personne qui voudrait retourner aux anciennes structures.»

Le 18 février 2002, les villes de Chicoutimi, Jonquière et La Baie ainsi que les municipalités environnantes de Canton-Tremblay, Lac-Kénogami, Laterrière et Shipshaw formaient la nouvelle grande ville après un décret imposé par le gouvernement de Lucien Bouchard et un débat passionné.

«Il n’est pas question de reculer. C’est l’avenir. C’est l’avenir du Saguenay qui se joue», avait déclaré la ministre responsable des Affaires municipales lors de ces regroupements, Louise Harel, lors d’un passage devant le Cercle de presse du Saguenay.

Le débat s’était enflammé quand le gouvernement a lancé les fusions municipales.

«Ç’a été un exercice politique douloureux parce que si ça n’avait pas été de M. Bouchard, on n’aurait pas passé au travers», se souvient celui qui était député péquiste de Chicoutimi durant cette période, Stéphane Bédard.

Une fusion qui n’avait pas fait l’unanimité  

Opposé à cette fusion, le dernier maire de La Baie, Réjean Simard, considère toujours qu’elle n’était pas nécessaire, car celle de 1975 à Chicoutimi (Chicoutimi/Chicoutimi-Nord/Rivière-du-Moulin), Jonquière (Jonquière/Arvida/Kénogami) et La Baie (Grande-Baie/Port-Alfred/Bagotville) portait ses fruits.

«C’est une des raisons pour laquelle j’étais contre la fusion obligée. C’était que les trois secteurs commençaient à développer une sorte de personnalité intéressante», s’est rappelé M. Simard.

Des citoyens de La Baie et son maire s’étaient d’ailleurs mobilisés contre la fusion, mais avaient abandonné leurs intentions de se défusionner.

«Nous avions des indices du gouvernement qui nous laissaient croire que c’était possible que La Baie ne soit pas fusionnée. Mais ce sont des indices. Ce n’étaient pas des promesses», a estimé Réjean Simard.

Près de 20 ans plus tard, Stéphane Bédard est persuadé que ce rassemblement municipal était pertinent.

«Sur la fusion elle-même, ça à terme, je suis capable de dire que c’était la bonne chose. Ça prenait du courage pour le faire et je suis content d’avoir fait partie de l’équipe qui l’a fait à l’époque.»

Jean Tremblay, lui, était un partisan de la grande ville. Les deux anciens maires de Saguenay et La Baie ne s’entendent pas encore aujourd’hui sur l’effet des guerres de clocher.

«Il ne fallait pas se tromper parce que c’était le début. Et le début, c’est comme un arbre. Il ne faut pas que tu le plantes croche», a analysé M. Tremblay. «Il y en aura toujours [des chicanes]. Et ce n’est pas mauvais non plus, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on avait avant la fusion.»

Réjean Simard n’a pas la même vision. «La compétition faisait que chaque ville voulait être bonne. Pas meilleure que l’autre, mais comparable à l’autre.»

Jean Tremblay a été convaincu du regroupement quand des représentants de Statistique Canada avaient dépeint un portrait sombre de l’avenir de la région.

«Ils nous ont fait comprendre que la Gaspésie venait de perdre ses points. Et après, c’est à nous autres. Nous autres, préparez-vous. Ça n’ira pas bien.»

Il est alors allé à Québec passer son message sur la fusion. Sa phrase avait bien fait sourire la ministre Louise Harel.

«Je leur ai dit, écoutez, 15 lapins, ça fait autant de dégâts qu’un cheval. Ça mange autant qu’un cheval, mais ça ne tire pas comme un cheval», a répété Jean Tremblay, avec son langage coloré.

Mais le dernier maire de Chicoutimi a cru que La Baie, mobilisée, éviterait le regroupement.

«On est passé à un cheveu et ça, ça m’attristait», a raconté celui qui a été 20 ans à la tête de Chicoutimi et de Saguenay. «Parce que je me disais, si on perd La Baie, le port, l’aéroport, ça ne peut pas marcher.»

Aujourd’hui, Réjean Simard a accepté la décision de Québec, mais il a conservé son opinion. «Le concept, c’est de dire, plus c’est gros, plus c’est fort. Ce n’est pas nécessairement vrai. Le gouvernement a décidé et puis, on vit avec même si j’étais contre. Ça ne m’a jamais empêché de dormir. Mais j’aimerais ça que la ville soit quand même un leader au niveau du Québec et du pays.»

Il a également admis que la fusion a perturbé son engagement politique. «Si j’avais su qu’il y avait eu une fusion, je ne serais jamais allé maire. Dans le fond, je ne serais pas allé là pour quatre ans. Je considère que j’ai perdu deux ans dans la gestion de la mairie avec les projets qu’on aurait pu avoir à La Baie.»

Selon lui, l’avenir incertain de 550 emplois à l’usine Port-Alfred d’Abitibi Consolidated à l’époque a joué aussi en faveur de la fusion.

«Il y a le contexte de la fermeture de la Consol qui a créé une préoccupation autre. Et dans le contexte de fusion, on disait que la fusion permettrait la survie de la Consol.»

Stéphane Bédard croit que le regroupement a atteint une de ses deux cibles. «Il y avait deux grands objectifs. Le premier, c’était de faire des économies. Ça, je ne suis pas sûr si on l’a vraiment atteint. Le deuxième, ça, j’en étais convaincu à l’époque et je le suis encore, c’est l’idée de parler d’une seule voix.»

Un débat sur le nom de la ville  

Il y a eu le débat très émotif portant sur le choix du nom de la ville fusionnée, à savoir Saguenay ou Chicoutimi.

Le président fondateur du Mouvement Chicoutimi, André R. Gauthier, ne décolère pas encore aujourd’hui que le caractère historique de Chicoutimi n’ait pas été défendu par les politiciens.

«Qui a défendu Chicoutimi? Qui a défendu ces origines-là? Quel leader s’est levé?», s’est interrogé M. Gauthier. Le premier leader, il a un serment d’allégeance, c’était le maire Jean Tremblay. C’était lui le premier responsable. C’est notre maire. On l’a élu pour défendre nos intérêts. Il joue à Ponce Pilat» a-t-il ajouté en agitant ses mains, comme pour dire que le maire s’en était lavé les mains.

Jean Tremblay le comprend, mais il ne voulait pas impliquer les élus dans un camp ou l’autre.

«Il a raison. Ceux de Saguenay aussi me reprochent de ne pas avoir assez fait pour défendre Saguenay. J’avais dit aux conseillers municipaux, on va laisser faire les citoyens. On ne s’en mêlera pas. Ça va faire des cicatrices et ce n’est pas bon.»

Le nom de Saguenay avait gagné la consultation avec 52,5% contre 47,5% en faveur de Chicoutimi. C’est le seul endroit au Québec où le décret permettait une consultation sur le nom dans tout le processus des villes fusionnées de la province.

Pour M. Gauthier, la cicatrice n’est toujours pas guérie. «Ce n’est pas une consultation qu’il fallait faire, c’était un référendum. Un référendum sur la responsabilité du gouvernement du Québec. Renier notre histoire, c’est terrible. Moi, je défends ça et je vais le défendre jusqu’à mon dernier souffle.»

Stéphane Bédard reconnaît que son gouvernement avait sous-évalué l’impact de ce débat émotif. «C’est un débat qui s’est fait trop tard. Il a été mal anticipé, effectivement, à l’époque. Ce débat-là va rester parce qu’il est sain. Est-ce que c’est le temps de le faire, cependant? Ça, c’est autre chose.»

L’ancien maire de La Baie a proposé que Saguenay fasse une grande réflexion, deux décennies plus tard.

«On fonctionne sur les acquis d’avant. Mais je ne pense pas que les mentalités soient vraiment fusionnées. On a à peu près tout ce qu’il faut pour réussir, sauf qu’il faut que nos ingrédients soient bien mélangés et puissent progresser. C’est le temps à mon avis, après 20 ans.»

Il souhaite que Saguenay joue un rôle de leader plus fort. États généraux, sommet ou livre vert? Quelle que soit la formule, Réjean Simard croit que Saguenay a atteint l’âge pour établir son propre plan de match pour son avenir.

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