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Rehaussement de la norme de nickel: des parents inquiets pour la santé de leurs enfants

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Nous sommes des parents inquiets pour la santé de nos enfants. Dans le contexte de la révision du règlement sur la norme de nickel dans l’air, que le gouvernement souhaite rehausser à la faveur de l’industrie minière, nous avons rédigé un mémoire.  

Cosigné par plus de 550 parents concernés (en date du 15 février), nous démontrons dans ce mémoire que nos inquiétudes sont fondées et légitimes. La qualité de l’air des quartiers Limoilou et de la Basse-Ville de Québec est problématique depuis longtemps. Cette situation hautement préoccupante nuit à notre santé, à celle de nos enfants et plus largement à notre qualité de vie. 

Des causes géophysiques, historiques et structurelles

Limoilou et la Basse-Ville de Québec sont des secteurs propices à une mauvaise qualité de l’air. Les causes sont géophysiques (la direction des vents et la topographie), historiques (la localisation des activités industrielles à proximité des milieux habités) et structurelles (par exemple : l’application des normes environnementales est difficile à faire respecter, le monitorage des contaminants atmosphériques est déficient, le parc automobile ne cesse de croître, les infrastructures de l’incinérateur tombent en désuétude, les activités portuaires de transbordement et d’entreposage de vrac minier à ciel ouvert sont encore tolérées, etc.). 

Nous ne voulons plus que nos quartiers soient considérés comme des zones de sacrifice2, où il n'y a pas de zone tampon pour assurer la circulation adéquate de l’air entre l'industrie lourde et les habitations résidentielles. Il faut remédier aux inégalités du passé, ce pour quoi nous exigeons aujourd’hui plus de justice environnementale. Nous le faisons aussi au nom de nos enfants.  

Effets cumulatifs et disproportionnés sur les citoyens

Le rehaussement de la norme de nickel entraînerait des effets cumulatifs disproportionnés et injustes sur les citoyens de Limoilou et de la Basse-Ville de Québec. Nous sommes déjà soumis à un air chargé de particules nuisibles à la santé, en particulier celle des enfants et des populations vulnérables.  

Dans ce contexte, il nous apparaît insensé de vouloir ajouter des contaminants dans l’air, où circulent déjà des particules d’oxydes d’azote, de dioxyde de soufre, de monoxyde de carbone, de composés organiques volatils, de divers métaux, de dioxines/furanes et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques3, et ce, sans connaître les risques pour la santé que représente cette soupe de contaminants. 

Nous soutenons que nos enfants ont le droit inaliénable à un air sain. Or, les risques et les incertitudes associés au rehaussement de la norme de nickel mettent ce droit en péril. 

2 Voir Steve Lerner, «Sacrifice zones: the front lines of toxic chemical exposure in the United States», 2010

3 Direction de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, Projet « Mon environnement, ma santé »: volet de la qualité de l’air extérieur, Cadrage du projet, 2018, p. 24.

Risques et incertitudes

Il importe de souligner que le risque, contrairement à l’incertitude, désigne un danger bien identifié, parfaitement descriptible et donc, susceptible de se produire. Toutefois, le risque est invisible et intangible pour les personnes qui y sont exposées. Les normes, ou valeurs limites, servent à rendre le risque interprétable. Autrement dit, lorsqu’il s’agit de réglementer, l’évaluation des risques est conçue comme une approche et un encadrement plus « scientifiques »4, ce sur quoi repose justement l’argumentaire du gouvernement. 

Nous critiquons toutefois cette rhétorique, car elle utilise l’évaluation des risques comme un moyen de faire entrer les analyses coût-bénéfice dans les réglementations sur la santé et l’environnement. Si les valeurs limites sont issues d’un compromis entre experts, administrations et industriels, elles traduisent avant tout un accommodement progressif à l’usage et à la circulation de produits toxiques. Les valeurs limites jugées acceptables considérant les risques servent donc à disculper les pollueurs, qui obtiennent alors la légitimité de polluer un petit peu.  

4 Voir Ulrick Beck, « La société du risque, sur la voie d’une autre modernité », 2001.

Par ailleurs, les valeurs jugées acceptables dans le rapport de la professeure Michèle Bouchard, sur lequel s’appuie le gouvernement pour justifier le rehaussement de la norme de nickel, visent à éviter les risques d’effets sur la santé associés spécifiquement au nickel. Ces valeurs sont donc décontextualisées. Elles ne prennent ni en compte les problèmes complexes de qualité de l’air observés dans nos quartiers, ni le fait que le nickel qui se retrouve dans l’air de Québec provient essentiellement des activités de transbordement minier au Port de Québec. De surcroît, si le gouvernement autorise plus de nickel dans l’air, il y aura plus de contaminants au total : le nickel ne s’échappe pas seul.   

Cela dit, dans le contexte où les conséquences des décisions qui pourraient être prises ne peuvent être anticipées et que des incertitudes demeurent – incertitudes qui ne sont pas mesurables ou quantifiables (comme c’est le cas pour les effets sur la santé de la soupe de contaminants dans l’air de nos quartiers) –, le seul recours à l’expertise s’avère insuffisant.  

Le contexte mouvant, incertain et risqué entourant le processus de prise de décision relative à la norme de nickel dans l’air rend de ce fait essentielle la participation des citoyens au débat. Nous sommes inquiets pour la santé de nos enfants, nous avons des capacités de compréhension et nous proposons des solutions. Nos voix doivent être entendues. 

Isabelle Arseneau, Maïra Beaudry, Mathieu Caron, Pénélope Daignault, Julie-Anne Leblanc, Éric Michaud et Sébastien St-Onge, citoyen.ne.s de Limoilou et auteur.e.s du mémoire Parents pour un air sain.

Photo prise par Sébastien St-Onge à partir du toit de son habitation. Le panache de fumée émane de l’incinérateur, limitrophe au quartier Limoilou.
Photo prise par Sébastien St-Onge à partir du toit de son habitation. Le panache de fumée émane de l’incinérateur, limitrophe au quartier Limoilou.

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