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Le drame s’invite dans un chalet

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Écrivain à la voix puissante et très originale, très habile pour créer des tensions et réserver des surprises époustouflantes à ses lecteurs, Alain Beaulieu en a imaginé de très bonnes dans son nouveau roman, Le refuge. Cette fois, un drame s’invite dans la vie calme et sans nuages d’un couple qui séjourne dans un chalet pour profiter de la nature et se ressourcer. Du jour au lendemain, la cabane au fond des bois n’apporte plus la paix, mais l’angoisse.

Pour Antoine et Marie, des sexagénaires à la vie rangée, le Refuge est un endroit paisible où décompresser en écoutant le murmure de la rivière et le chant des oiseaux. C’est un camp rustique, sans eau courante ni électricité, isolé au cœur de la forêt et loin de la civilisation. Autrement dit, l’endroit parfait pour avoir la sainte paix.

Pourtant, l’inattendu survient : ils sont victimes d’un braquage à domicile et posent alors des gestes irrémédiables. Leur moralité et leur sens des valeurs sont mis à rude épreuve. Dans le roman, Antoine et Marie racontent le fil des événements et le lecteur les voit perdre leur sérénité à tout jamais.

Leur « shack » au fond des bois

« Le roman est complètement inspiré d’un shack qu’on a acheté, ma conjointe et moi, il y a quelques années », raconte-t-il en entrevue. « Ça a été notre chalet pendant deux ans et le shack du roman, c’est exactement celui où on était : une espèce de petit chalet à la montagne où il n’y avait pas d’eau, pas d’électricité et où le téléphone ne rentrait pas. »

« Ç’a été notre place qu’on a bien aimée, parce qu’on sortait du brouhaha de la ville, mais c’était aussi confrontant. À un moment donné, pas d’internet, pas de tablette... tu reviens à la lecture, au jeu de Scrabble et à regarder les étoiles, le soir. »

L’inspiration pour Le refuge est directement liée au lieu. « Quand tu es isolé, c’est à la fois paisible, mais en même temps tu sais que s’il arrive quelque chose, c’est moins facile que si tu étais en ville. Il y a toujours une petite inquiétude... et j’ai imaginé l’histoire à partir de cette insécurité. »

Et s’il arrivait quelqu’un dont les intentions n’étaient pas trop bonnes ? « Je me suis mis dans la peau d’Antoine. Je ne suis pas un chasseur et je n’ai pas d’arme à feu à la maison, mais ça m’apparaissait plausible qu’en voyant sa femme se faire frapper, il pète sa coche et décide de sortir sa carabine. »

L’histoire est un prétexte pour faire un portrait psychologique. « Ce sont les personnages qui m’intéressent. Le monsieur est un prof d’université à la retraite, il n’a jamais eu de gros événements dans sa vie. Il arrive à la fin de sa vie, ça va bien. Il est relax et s’est installé là pour avoir la paix. Il se trouve confronté à une situation qu’il n’a pas prévue. »

La fragilité de la vie

En écrivant le roman, Alain Beaulieu a réfléchi à la précarité et la fragilité de l’existence. « À un moment donné, tu poses un geste, il se passe quelque chose qui vient complètement bouleverser le cours des choses. » C’est ce qui arrive à Antoine et Marie.

Alain Beaulieu a beaucoup aimé explorer cet univers, qui décrit les conséquences d’un drame. Il précise que le déterminisme est d’ailleurs un thème qu’il explore souvent dans ses textes : comment on choisit des choses dans la vie, mais aussi comment la vie nous détermine. « Les fois où on a vraiment choisi, dans la vie, ce qu’on allait faire, sont plutôt rares. La vie décide souvent pour nous autres. »

  • Alain Beaulieu est écrivain, enseignant, chercheur en création littéraire à l’Université Laval.
  • Il est directeur de la collection Alinéa (Druide).
  • Plusieurs de ses romans ont été cités pour un prix littéraire, dont L’interrogatoire de Salim Belfakir pour le prix France-Québec et Le postier Passila pour un Prix du Gouverneur général du Canada.
  • Il a remporté deux fois le Prix de création littéraire Ville de Québec – Salon international du livre de Québec.

EXTRAIT

Quebec
Photo courtoisie

« Je ne vous le cacherai pas, si je vous raconte tout ça, c’est en fait pour me guérir du traumatisme que m’a causé ce qui s’est passé au Refuge il y a exactement deux ans, trois mois et vingt-deux jours. Je me dis qu’en mettant des mots sur ce qui s’est produit ce jour-là, il est possible que je réussisse à défaire le nœud qui, depuis, me tord l’estomac. Ma femme n’approuve pas mon initiative. »

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