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La fin de la contingence et de l'urgence sanitaire

La fin de la contingence et de l'urgence sanitaire
Joël Lemay / Agence QMI

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Le 17 janvier dernier, c’était le retour en classe pour tous les élèves de la province. En pleine vague Omicron, le gouvernement sentait l’urgence – et j’insiste sur ce mot – d’ouvrir les établissements scolaires pour le bien de nos enfants et de nos adolescents. 

Le ministère de l’Éducation a alors divulgué un plan de contingence dans le but de poursuivre, contre vents et marées, l’obligation de service aux élèves. Afin d’éviter les fermetures de classes ou d’écoles, le plan de contingence proposé semblait s’inspirer du plan de délestage déployé dans le réseau de la santé.

Quelle urgence sanitaire?

Au lendemain d’une tempête annonciatrice du climat qui allait régner à l’école, je suis retourné en classe le 18 janvier avec mon masque et ma petite bouteille de Purell. 

À l’époque, les tests rapides de dépistage n’étaient pas disponibles. Les lecteurs de CO2 n’étaient pas encore installés dans la majorité des locaux. Les problèmes de ventilation n’étaient toujours pas à l’ordre du jour. La durée de la période de confinement pour les employés était passée de 10 à 5 jours. Les élèves se mélangeaient au gré des options à l’horaire et des pauses. La cafétéria accueillait plus de 700 élèves tous les midis. 

Pendant ce temps, le gouvernement nous cassait les oreilles en nous disant que nous étions dans un état d’urgence sanitaire. 

Ah? 

J’ai eu beau chercher l’urgence sanitaire dans mon milieu de travail, je ne l’ai jamais trouvée. Et ce qui devait arriver, arriva. En un peu moins de 10 jours, le nombre d’absents a explosé. Sans aucune surprise, une propagation fulgurante du virus s’est faite dans nos établissements. Une fatalité dans un endroit comme le nôtre. 

J’ai vu des collègues s’absenter. J’ai vu ces mêmes collègues revenir après cinq jours, tout en sachant que près du tiers des malades (31%) sont encore contagieux après cette période.  

Dans mes classes, le taux d’absentéisme dû à la COVID a dépassé 40%. J’ai deux élèves qui ont dû texter leurs parents afin qu’ils puissent venir les chercher en plein milieu de mon cours, car ils se sentaient fiévreux. Une urgence COVID en direct du nid à virus.

On dit que tout ce qui monte doit redescendre. Cette semaine, pour la première fois depuis un mois, mes classes sont presque pleines. Au même moment, le gouvernement annonce que les élèves pourront enlever leur masque au retour de la semaine de relâche. 

L’enfer est pavé de bonnes intentions

En éducation, le plan de contingence a été mis en place afin d’éviter les bris de service. Si on entend par «service» le fait d’avoir un enseignant ou un surveillant en classe dans le contexte du retour à l’école en pleine vague Omicron, en effet, le service fut offert aux jeunes. 

Mais pour respecter cette promesse, il a fallu en briser d’autres... Des membres du personnel appelés en renfort dans les classes ont dû oublier leur tâche première. 

Fini la promesse de voir l’orthopédagogue ou le technicien en éducation spécialisée pour certains élèves en difficulté. Fini la promesse de recevoir une ressource dans la classe afin d’assurer un appui aux élèves vulnérables. L’urgence d’asseoir des élèves dans un local a pris le dessus sur l’urgence d’aider les élèves à risque.

Malgré les dommages collatéraux de cette façon de faire, il est tentant d’étirer ce système plus longtemps que nécessaire. C’est que, voyez-vous, plusieurs de ces «suppléances» se font à coût nul. Dans un système souvent orienté par une gestion déshumanisante et en pleine pénurie de main-d’œuvre, il est facile d’oublier le coût «humain» caché derrière certains bris de service au profit de l’image admirable d’une école ouverte.

Pour tout vous dire, je commence à être écœuré d’entendre parler de valorisation de la profession d’un bord – et de services aux élèves – et de voir une gestion d’urgence du style plan de contingence s’étirer indûment. 

En fait, à bien y penser, il y a un parallèle intéressant à faire entre le plan de contingence du ministère de l’Éducation et le renouvellement de l’état d’urgence sanitaire par le gouvernement. 

Il est plus facile de gérer en l’absence de règles. Il est aussi plus facile de gérer sans avoir à rendre de comptes. Faire ce que l’on veut, quand on veut. Et comme disait Louis XIV, quand on peut tout ce que l’on veut, il n’est pas aisé de ne vouloir que ce que l’on doit. 

Dans le monde de l’éducation, l’urgence sanitaire est terminée depuis le 17 janvier. Si c’est bon pour nous, c’est également bon pour le gouvernement.

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