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Reconnaissance faciale: une application du gouvernement pour authentifier les citoyens

Une application permettra au gouvernement du Québec d’authentifier les citoyens

reconnaissance faciale
Photo Chantal Poirier Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique a décidé de miser sur l’authentification faciale pour prouver votre identité.

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Pour créer l’identité numérique des Québécois, le gouvernement aura recours à l’authentification faciale, a appris notre Bureau parlementaire. S’il est mal ficelé, ce projet de 105 millions $ pourrait mettre à risque la protection de la vie privée, prévient un expert.

Le gouvernement Legault prend les grands moyens pour concrétiser son projet d’identité numérique des Québécois.  

Après la modernisation de sa plateforme de service aux citoyens, le gouvernement entamera la pièce maîtresse de son plan : le « portefeuille Québec », un projet axé sur la reconnaissance faciale.

Pour y arriver, l’État devra :   

  • Attester votre identité gouvernementale avec une photo ;   
  • En permettre la vérification à l’aide d’une « authentification faciale » ;   
  • Créer une application mobile pour vérifier votre âge.      

Selon le plan, d’ici 2025, les Québécois auront accès à un portefeuille numérique « sécurisé ». 

Or, Québec ne détient pas l’expertise à l’interne pour créer cette infrastructure informatique et dépensera plus de 20 millions $ en sous-traitants pour le faire.  

Portefeuille numérique  

La réalisation de ce projet se déroulera sur trois ans, principalement avec les technologies Amazon et leurs services spécialisés en infonuagique. 

Les sous-traitants devront créer une application mobile permettant de prouver son identité, mais aussi d’y conserver, « comme dans un portefeuille physique », tous les documents vérifiables, incluant des attestations d’identité, des permis, des certificats, et des preuves citoyennes. 

Une fois authentifiés, les Québécois pourront obtenir des services gouvernementaux. 

Ainsi, la relation entre le citoyen et l’État changera énormément, estime le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives, Sébastien Gambs.

« C’est étonnant qu’ils aillent vers cette méthode-là », a affirmé le professeur en informatique à l’UQAM. 

D’ailleurs, Québec devra bien ficeler son projet afin de s’assurer que la biométrie utilisée ne soit pas falsifiable, a dit M. Gambs. Une simple photo pourrait être risquée. 

La technologie qui enregistre la profondeur du visage comme celle utilisée par Apple pour ses clients devrait être envisagée en raison du haut taux de sécurité, croit-il, ajoutant que le gouvernement devra rassurer les citoyens et tout faire pour protéger leur vie privée.

L’enjeu du traçage des gens

« Est-ce que l’authentification faciale fera qu’il y aura une base de données centralisée avec beaucoup de données personnelles comme les visages ? », se demande le professeur, qui souhaite une consultation publique à ce sujet.

« Ça voudrait dire que le gouvernement va commencer à tracer et collecter des données très personnelles. Avec l’identité numérique, l’un des enjeux est le traçage. Chaque fois que la personne va utiliser son authentification, est-ce que ça permet de la tracer, comme chaque fois qu’elle ira à la SAQ ? »

L’expert suggère aussi à Québec d’utiliser une solution infonuagique québécoise et qu’elle développe elle-même la technologie.  

En raison du processus d’appel d’offres en cours, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique n’a pas voulu donner plus de détails lorsque notre Bureau parlementaire l’a sollicité à ce sujet.

— Avec la collaboration de Pascal Dugas Bourdon, Bureau d’enquête

20 M$ en sous-traitants pour créer l’application  

Incapable d’embaucher des spécialistes en informatique, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique dépensera plus de 20 millions $ en sous-traitants afin de créer l’identité numérique citoyenne.  

Québec admet qu’elle ne détient pas suffisamment de ressources à l’interne pour créer cet outil qui permettra aux citoyens d’améliorer leur accès aux services gouvernementaux. 

Le nouveau ministère d’Éric Caire est incapable d’embaucher du personnel.  

Selon les informations obtenues par notre Bureau parlementaire, le recours aux consultants en informatique a d’ailleurs bondi d’environ 10 % depuis l’élection de la CAQ.

Pas moins de 36 % de toutes les ressources sont des sous-traitants, contrairement à 27 % en 2017. 

60 consultants recherchés 

Pire encore, il vient de publier un appel d’offres pour dénicher environ 60 consultants afin de créer l’identité numérique.

« L’objectif visé par ces embauches est de fournir l’expertise requise afin de collaborer avec les ressources internes du programme », a plaidé le ministère dans un courriel non signé.

Analystes, développeurs, programmeurs, spécialistes du blockchain, conseillers en communication : tout y passe. Québec cherche à combler des milliers d’heures.  

Selon le dossier d’affaires déposé en décembre 2021, le budget prévu uniquement pour la réalisation du bloc « identité numérique » s’établissait à 41 M$.

De cette somme, la moitié sera consacrée à la sous-traitance, soit plus du double de la rémunération des employés de l’État qui seront attitrés au projet.

Bar ouvert  

Le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Christian Daigle, ne mâche pas ses mots à l’endroit du ministre Éric Caire.  

« Monsieur Caire, en 2015, disait que c’était un bar ouvert pour les consultants des firmes privées en informatique. Présentement, c’est exactement ça qu’ils reproduisent », peste-t-il, soutenant que les gens désertent la fonction publique en raison des piètres conditions salariales et de travail.

« Pourtant, ces postes-là seraient de superbes opportunités pour aller embaucher des gens et développer une expertise à l’interne. C’est totalement aberrant, cette situation. » 

Un mégaprojet  

Accès bonifié aux prestations de services électroniques   

  • Budget : 42 M$  
  • Livraison du bloc 1 en juin 2022      

Identité numérique citoyenne  

  • Budget : 105 M$ sur 8 ans, incluant les coûts d’exploitation et de promotion     
  • Livraison en 2025      

Échanges sécuritaires de données entre le citoyen et le gouvernement, ainsi qu’entre les organismes et les ministères  

  • Budget pour la planification : 1,6 M$   

Représentation  

  • Agir au nom d’une autre personne, par exemple un enfant de moins de 14 ans   
  • Budget : 2,5 M$ et début des travaux en septembre 2022      

Les collaborateurs de l’identité numérique  

  • La RAMQ, le ministère du Travail, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, le ministère de la Santé et des Services sociaux et la Société de l’assurance automobile du Québec   
  • En discussion : Loto-Québec, la SQDC et la SAQ (intérêt pour la preuve d’âge) + Plusieurs entreprises financières, de télécommunications et d’assurance ont été consultées.      

Source : Mémoire du Service québécois d’identité numérique

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