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L'armée russe prend une centrale nucléaire, l'Ukraine vit «un enfer»

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L’Ukraine a accusé vendredi la Russie de « terreur nucléaire » après l’attaque dans la nuit de la centrale de Zaporojie, la plus grande en Europe, qui a fait craindre une catastrophe et provoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

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« Nous avons survécu à une nuit qui aurait pu mettre un terme à l’Histoire. L’Histoire de l’Ukraine. L’Histoire de l’Europe »: une explosion à la centrale de Zaporojie, dans le sud de l’Ukraine, aurait été l’équivalent de « six Tchernobyl », s’est effrayé le président ukrainien Volodymyr Zelenski. 

Vendredi, l’armée russe occupait la centrale de Zaporojie où des frappes de son artillerie, selon les Ukrainiens, ont provoqué un incendie dans la nuit. En début de matinée, les autorités ukrainiennes indiquaient que le feu, qui a touché un laboratoire et un bâtiment de formation, avait été éteint et qu’aucune fuite radioactive n’avait été détectée.

L’information a été confirmée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) selon laquelle aucun équipement « essentiel » n’a été endommagé.  

Mais cet incendie a contribué à l’angoisse grandissante des Occidentaux face à un conflit qui embrase désormais toute l’Ukraine, avec une liste de plus en plus longue de villes bombardées, au neuvième jour de l’invasion russe.

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence vendredi en fin de matinée à la demande du Royaume-Uni afin d’étudier les conséquences de ces bombardements, ont indiqué des diplomates.

« L’attaque contre une centrale nucléaire démontre le caractère irresponsable de cette guerre et la nécessité d’y mettre fin », a réagi le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, avant une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance à Bruxelles.

AFP

Mais l’OTAN, a-t-il ajouté, ne peut répondre à la demande de création d’une zone d’exclusion aérienne, pour éviter de se laisser entraîner dans le conflit. 

Zaporojie, située sur le fleuve Dniepr à environ 550 km au sud-est de Kyïv, a une capacité totale de près de 6 000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ quatre millions de foyers. Elle a été inaugurée en 1985, quand l’Ukraine faisait encore partie de l’Union soviétique.

  • Écoutez l’entrevue de Michel Fortmann, fondateur du Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale

Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l’ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kyïv, désormais aux mains des troupes russes.

Le président ukrainien en a appelé au « peuple russe ». 

« Vous ne pouvez pas rester silencieux. Vous devriez (...) descendre dans les rues et dire que vous voulez vivre. Vivre dans un pays sans contamination radioactive », leur a-t-il déclaré.

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 Dans l’immédiat, l’Ukraine table sur un troisième round de négociations avec la Russie ce weekend, a déclaré l’un des négociateurs ukrainiens, Mykhaïlo Podoliak, conseiller du chef de l’administration présidentielle.

Le dialogue n’est possible que si « toutes les exigences russes » sont acceptées, a toutefois averti Vladimir Poutine vendredi. 

« Un enfer » 

Mais sur le terrain, la pression se maintenait dans le reste de l’Ukraine.

Les combats se poursuivaient à Tcherniguiv, au nord de Kyïv, où l’Ukraine a accusé Moscou d’avoir bombardé jeudi une zone résidentielle et des écoles; faisant 47 morts selon un nouveau bilan.

Un homme marche près d'un bâtiment résidentiel en ruines après une attaque russe à Tcherniguiv.
AFP
Un homme marche près d'un bâtiment résidentiel en ruines après une attaque russe à Tcherniguiv.

Des tirs ont été entendus à Bucha, au nord-ouest de la capitale, où étaient visibles des blindés russes détruits. À l’est, de la fumée s’élevait d’entrepôts bombardés, ont pu voir des photographes de l’AFP.

À quelque 350 km à l’est de Kyïv, la situation est aussi devenue « un enfer » à Okhtyrka, et elle est « critique » à Soumy, selon les autorités locales.   

  •  Écoutez l'entrevue avec Guy Marleau, professeur associé à l’Institut de génie nucléaire de la Polytechnique Montréal, spécialisé dans la physique des réacteurs sur QUB radio :    

Quant au port stratégique de Marioupol, au sud-est, où le maire a accusé jeudi les forces russes de vouloir instaurer « un blocus », la situation humanitaire est « terrible » après 40 heures de bombardements ininterrompus, y compris sur des écoles et des hôpitaux, a déclaré à la BBC le maire adjoint de la ville, Sergueï Orlov.

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À Moscou, alors que le Kremlin appelait les Russes à « s’unir autour du président Vladimir Poutine, celui-ci a répété vendredi à son homologue bélarusse Alexandre Loukachenko “que les opérations se déroulaient selon le plan et seraient menées jusqu’au bout», selon un communiqué de la présidence russe.

M. Poutine a aussi qualifié vendredi de «grossière fabrication» les accusations de bombardements urbains russes.

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Dans des déclarations à la télévision russe jeudi, le maître du Kremlin n’avait donné aucun espoir d’apaisement, saluant le courage des soldats russes qui combattent selon lui contre ‘des néonazis’ et ‘des mercenaires étrangers’.

L’offensive russe a été une nouvelle fois condamnée avec le vote vendredi matin, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à une écrasante majorité, d’une résolution en faveur d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits humains et du droit humanitaire en Ukraine.

«Le monde entier est contre vous», a lancé l’ambassadrice ukrainienne auprès de l’ONU à Genève, à l’attention du président Poutine. 

À Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine à 50 km de la frontière russe (est), les forces russes ont fait usage d’armes à sous-munitions dont l’emploi pourrait constituer un crime de guerre ‘dans au moins trois quartiers résidentiels’ le 28 février, a accusé l’organisation américaine Human Rights Watch (HRW). 

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a lui accusé des soldats russes de «violer des femmes dans les villes ukrainiennes occupées».

Nouvelles lois répressives 

Le Kremlin a durci dans le même temps sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.

Depuis le début de l’offensive le 24 février, arrestations, fermetures des rares médias indépendants restants et nouveaux textes répressifs s’enchaînent, alors que le Kremlin et les grands médias russes présentent le conflit comme «une opération militaire spéciale» et bannissent le mot «invasion».

Vendredi, les autorités russes ont restreint l’accès aux sites de plusieurs médias indépendants: l’édition locale de la BBC, la radio-télévision internationale allemande Deutsche Welle, le site indépendant Meduza (basé à Riga), Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL, Voice of America.

Les députés russes ont également adopté un texte prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison pour toute personne publiant des «informations mensongères» qui entraîneraient des «conséquences sérieuses» pour les forces armées.

Alors que Moscou fait face à des sanctions économiques sans précédent infligées par les Occidentaux, un autre texte prévoit de pénaliser les ‘appels à imposer des sanctions à la Russie’.

Des perquisitions ont aussi eu lieu vendredi dans les locaux moscovites de l’emblématique ONG des droits humains Mémorial, la plus respectée du pays, après sa dissolution ordonnée par la justice, a indiqué Mémorial.

De nombreux Russes tentent de quitter leur pays. Avec la suspension de la quasi-totalité des vols reliant la Russie à l’Europe, les trains reliant Saint-Pétersbourg à Helsinki arrivent bondés dans la capitale finlandaise, a constaté l’AFP.

Couloirs humanitaires

Les conséquences en chaîne de ce conflit continuaient de s’aggraver.

Plus de 1,2 million de réfugiés ont déjà fui l’Ukraine, selon le dernier décompte de l’ONU.

AFP

On ignorait pour l’instant si les «couloirs humanitaires», que des négociateurs russes et ukrainiens ont convenu d’organiser, se mettaient en place. 

AFP

Sur plusieurs places de l’Asie à l’Europe, les bourses ont décroché vendredi. Paris a perdu 3,35 % se dirigeant vers sa pire semaine depuis 2020, Milan a touché les - 5 %. Autre signe de la faiblesse en Europe, la monnaie unique est passée sous le seuil symbolique de 1,10 dollar pour un euro, un niveau plus vu depuis les premiers mois de la pandémie de COVID-19.

Le gaz naturel européen a lui dépassé 200 euros le mégawattheure, une première.

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