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Supercherie linguistique à Ottawa

Ginette Petitpas Taylor (à droite) est en train de saccager ce que Mélanie Joly (à gauche) avait réussi.
Photos d'archives Ginette Petitpas Taylor (à droite) est en train de saccager ce que Mélanie Joly (à gauche) avait réussi.

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La nouvelle ministre des Langues officielles a procédé, cette semaine, à l’enterrement de certaines promesses solennelles (et préélectorales) du gouvernement Trudeau envers la minorité francophone du Canada.

Au mois de juin dernier, Mélanie Joly avait présenté le projet de loi 32, visant à modifier en profondeur la Loi sur les langues officielles. La loi était devenue désuète à plusieurs chapitres. Sa réforme était devenue urgente et le travail exemplaire de Joly était une bouffée d’air frais qui donnait de l’espoir.

Joly avait réussi à démontrer qu’elle était une des ministres-clés du cabinet Trudeau. Elle avait bien préparé le terrain avec sa vis-à-vis à Québec, Sonia LeBel. Une réussite.

Même si la communauté anglophone s’y opposait, elle avait promis de rompre avec le dogme officiel qui plaçait les francophones hors Québec sur un pied d’égalité avec les anglophones du Québec.

Joly ne pouvait pas avoir été plus claire : c’est le français qui est la langue officielle minoritaire du Canada. C’est elle qui a besoin de protection et promotion, et la loi allait désormais en tenir compte concrètement.

Dans la mouture présentée par sa successeure, la ministre Petitpas Taylor, cette réalité est à nouveau escamotée, la promesse édulcorée, la vérité occultée.

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SECTEUR PRIVÉ TOUJOURS EXCLU

Joly avait formellement promis de créer, dans la Loi sur les langues officielles, de nouvelles obligations pour le secteur privé. Par exemple, des lignes aériennes comme WestJet et Porter allaient être obligées de fournir des services en français à leurs clients.

L’obligation qui est imposée en ce moment seulement à Air Canada allait dorénavant s’appliquer à tous.

C’était trop beau pour être vrai. Au lieu d’inclure les nouvelles obligations du secteur privé dans la Loi sur les langues officielles, Petitpas-Taylor a promis une nouvelle loi, en dehors de celle-ci.

Pourquoi pas dans la Loi sur les langues officielles ? Parce qu’on ne veut pas briser sa symétrie. Comme si la situation des francophones et anglophones était symétrique au Canada !

Pire encore, c’est que cette autre loi n’est toujours pas écrite, encore moins débattue et adoptée. Même s’ils présentent un projet un jour (avant les prochaines élections ?), il ne sera probablement jamais adopté. Même s’il l’était, il n’aurait jamais le caractère quasi constitutionnel de la Loi sur les langues officielles. Un échec.

C’est une promesse en l’air de, peut-être, un jour, faire quelque chose... Ça n’a aucune crédibilité et c’est un signe que l’idée même d’imposer une telle obligation aux lignes aériennes canadiennes est une pilule empoisonnée pour Trudeau, qui se voit mal incommoder WestJet – qui vient d’acheter Sunwing – et ses actionnaires dans l’Ouest.

FAUSSE PROMESSE

En clair, la promesse phare de Mélanie Joly a été remise aux calendes grecques et c’est vraiment dommage.

En pérorant sur une loi avec « plus de mordant » (oui, il y aura dorénavant des amendes), la ministre a réussi à faire diversion et à repousser la réelle discussion sur le droit à des services en français.

Une chose est certaine : la minorité francophone ne se laissera pas berner deux élections de suite.

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