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La guerre d’hiver 39-40: quand la petite Finlande a tenu tête à la Russie

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Photo courtoisie Unité finlandaise déployée en position défensive.

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Ce qui se passe actuellement en Ukraine où l’armée russe fait face à une résistance à la fois surprenante et opiniâtre rappelle un autre conflit où les Russes n’ont pas été à la hauteur face à un adversaire largement inférieur.

La guerre d’hiver – comme on appelle la guerre russo-finlandaise de 39-40 – éclate après la conclusion du pacte germano-soviétique où Hitler et Staline s’entendent pour dépecer l’Europe de l’Est. Le gouvernement finlandais, méfiant de la menace posée par l’Union soviétique propose une alliance défensive à l’Estonie, la Lettonie et la Pologne.

Après l’invasion, la défaite et la partition de la Pologne entre Berlin et Moscou, l’URSS demande à la Finlande qu’elle lui cède une bande de 25 km le long de leur frontière commune pour mieux assurer la défense de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Les Finlandais devaient également lui donner plusieurs de ses îles du golfe de Finlande. 

En échange, les Soviétiques lui proposaient des territoires russes. Méfiants, les Finlandais refusent l’offre de Staline qui décide de prendre ce qu’il convoite par la force. L’invasion de l’Armée rouge commence en novembre 1939.

On s’attend à une victoire rapide et décisive des Russes. Au lieu de cela, la courageuse et déterminée résistance des Finlandais capture l’imagination du monde entier. L’histoire se répète aujourd’hui avec Ukraine.

Les troupes soviétiques, totalisant environ un million d’hommes, attaquent la Finlande sur plusieurs fronts, comme c’est le cas présentement en Ukraine. 

Les Finlandais, largement inférieurs en hommes et en armement ont mis en place une défense habile et efficace. L’Armée rouge s’empêtre : la petite armée finlandaise contient les colonnes mécanisées de Staline pendant 105 jours. 

La France et la Grande-Bretagne veulent venir en aide à la Finlande, mais les hostilités se sont conclues avant qu’ils puissent intervenir. Ils ont d’autres chats à fouetter.

Le général hiver est du côté des Finlandais

Les Finlandais ont l’avantage de se battre sur leur territoire. Leurs tactiques de guérilla les obligent à opérer en de petites unités. Ils manœuvrent en ski dans des régions boisées et accidentées qu’ils connaissent parfaitement. Ils mènent des attaques éclair contre des unités soviétiques isolées par les intempéries.

Ils utilisent d’ailleurs des rennes pour transporter du matériel et des munitions à travers la forêt boréale et d’autres secteurs impénétrables avec des véhicules motorisés.

Devant la résistance acharnée des Finlandais, Staline, décide de mettre le paquet, comme Poutine le fait maintenant. En février 1940, les Soviétiques déclenchent l’un des plus grands bombardements d’artillerie depuis la Première Guerre mondiale et lancent un assaut qu’ils veulent définitif.

L’armée rouge submerge les défenses finlandaises sur l’isthme de Carélie qui manquent de munitions et sont au bord de l’épuisement. Helsinski demande des négociations de paix.

Soldats soviétiques tués au combat en Finlande à l’hiver 1940.
Photo courtoisie
Soldats soviétiques tués au combat en Finlande à l’hiver 1940.

Le traité mettant fin à la guerre d’hiver oblige la Finlande à céder 11 % de son territoire à la Russie. Pour les Soviétiques, la victoire a coûté cher. Trois mois de combats ont fait quelque 300 000 morts parmi leurs soldats alors que les Finlandais en perdent environ 65 000.

La Finlande, un petit pays faible, peu peuplé – 3,6 millions d’habitants – et diplomatiquement isolé, a réussi à imposer des coûts énormes à un agresseur immensément plus puissant. L’URSS avait alors 170 millions d’habitants.

Le conflit a gravement ébranlé le prestige de l’Armée rouge qui se remettait difficilement des purges sanglantes de Staline contre ses généraux dans les années 1930.

La performance médiocre des forces russes pendant la guerre d’hiver est souvent citée comme un facteur clé dans la conviction d’Adolf Hitler que son invasion de l’Union soviétique serait un succès.

La paix conclue par les Finlandais avec Staline a été éphémère. Après l’attaque allemande contre l’URSS, les Finlandais n’ont eu d’autre choix que de s’allier à Berlin contre les Soviétiques dans l’espoir ( jamais réalisé) de reconquérir leur territoire perdu.

La guerre d’hiver est l’objet de nombreuses études de stratégie que Poutine et ses généraux n’ont manifestement pas lues. 


♦ Au Canada, le soutien à la Finlande était généralisé et profondément ressenti comme c’est le cas présentement avec l’Ukraine. Une brigade de volontaires canadiens nés en Finlande est allée combattre les Soviétiques. Quelques milliers de véhicules militaires commandés à Ford Canada, mais conçus en Finlande, ont été expédiés, sans armes, aux forces armées finlandaises.

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