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Pratique illégale de la médecine: les «guérisseurs» ont bien profité de la pandémie

Le Collège des médecins constate une forte hausse du nombre de plaintes

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La pandémie de COVID-19 semble avoir profité aux « guérisseurs » sans formation médicale, qui proposent des traitements controversés sur le web, dans des cliniques alternatives, des lieux de culte et même des centres commerciaux. 

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Selon les plus récentes données du Collège des médecins, 156 enquêtes ont été ouvertes pour pratique illégale de la médecine dans les six premiers mois de l’année 2021-2022.  

Par comparaison, avant la pandémie, le Collège ouvrait en moyenne 200 enquêtes du genre sur une période de 12 mois. 

Dans un reportage qui sera diffusé ce soir à 21 h sur les ondes de TVA, une équipe de l’émission J.E. a identifié deux églises très actives sur les réseaux sociaux.  

Une visite avec caméra cachée à l’Église Salut et Délivrance de Ste-Cécile de Milton, en Estrie, a permis de constater que le pasteur Daniel Poulin promet des guérisons lors des assemblées du dimanche. 

Durant la cérémonie, le pasteur demande à ceux qui souhaitent une guérison de venir le trouver à l’avant. Il place une main sur la partie du corps touchée par une douleur ou une maladie. 

« Je te guéris au nom de Jésus. Reçois la guérison de la victoire. Merci Seigneur », dit-il avec beaucoup de conviction devant ses fidèles.  

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio :  

« Allez voir mon YouTube »...

Le pasteur Poulin a décliné ainsi notre demande d’entrevue : « Ça ne me tente pas de vous répondre. Allez voir mon YouTube, les enseignements que j’apporte sur la guérison, ça peut vous informer ».  

Des membres de l’Église Salut et Délivrance abordent aussi régulièrement des passants dans des parcs et des centres commerciaux pour faire des rituels de guérison. Ils les filment et les publient ensuite sur Facebook et YouTube. 

Le pasteur Daniel Poulin, qui n’est pas médecin, est filmé en pleine séance de « guérison » dans son église. En mortaise, un rituel de guérison devant le présentoir de sacs Ziploc du Walmart de Sept-Îles.
Photos tirées de J.E et de la page Facebook des Disciples de Jésus
Le pasteur Daniel Poulin, qui n’est pas médecin, est filmé en pleine séance de « guérison » dans son église. En mortaise, un rituel de guérison devant le présentoir de sacs Ziploc du Walmart de Sept-Îles.

Sur la Côte-Nord, un autre mouvement religieux, les Disciples de Jésus, pratique le même genre de rituel.  

L’équipe de J.E. s’est rendue à Sept-Îles avant les Fêtes pour assister, toujours avec une caméra cachée, à une assemblée des Disciples. 

Même la maladie de Crohn

Le pasteur François Nadeau a prétendu guérir des fidèles à plusieurs reprises durant la cérémonie. Il a même pratiqué un rituel de guérison à notre journaliste, qui disait souffrir de la maladie de Crohn, qui affecte le système digestif. Il a par la suite refusé de nous accorder une entrevue. 

Les Disciples de Jésus ont eux aussi publié des vidéos et photos de rituels pratiqués dans des commerces de Sept-Îles. 


L’émission J.E. présente aussi vendredi soir le cas d’un individu qui prétend pouvoir guérir par courriel, moyennant un paiement de 85 $. 

Le Collège des médecins est préoccupé  

Le président du Collège des médecins du Québec se dit préoccupé par les rituels de guérison et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur les patients.  

« Depuis deux ans avec la pandémie, c’est un phénomène plus important », constate le Dr Mauril Gaudreault.  

« Ces guérisseurs ne prétendent pas être des médecins, mais ils tiennent des propos qui peuvent laisser croire qu’ils sont des médecins et proposent des traitements », estime-t-il.

« Le positionnement des mains, c’est un traitement quand même », donne en exemple le médecin, à propos des rituels pratiqués dans des églises. 

Intervenir pour traiter une personne ou pour soulager ses symptômes peut constituer une infraction au Code des professions. 

Le Code prévoit que certains actes ne peuvent être posés que par des professionnels, comme les diagnostics et les traitements médicaux. 

Deux fois plus de poursuites

Un contrevenant accusé et reconnu coupable d’exercice illégal de la médecine s’expose à une amende pouvant aller de 2500 $ à 62 500 $ par chef d’accusation. 

Durant les six premiers mois de 2021-2022, le Collège a entrepris des procédures pour intenter des poursuites contre 17 personnes ou organismes. C’est l’équivalent du total des poursuites habituellement intentées en un an. 

Mauril Gaudreault dit comprendre que certains veulent un traitement que la médecine traditionnelle n’a pu leur offrir.  

« Il n’y a pas de traitement miracle. Et ça, c’est présenté comme un traitement miracle. J’y vois là un abus de la crédulité des gens, que je trouve tout à fait inacceptable », conclut-il.

Le Collège invite le public à dénoncer ce genre de situation.

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