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1972, il y a cinquante ans

1972, il y a cinquante ans
Photo courtoisie

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Il y a des dates qui passent à l’histoire tout naturellement, d’autres avec lesquelles il est nécessaire d’utiliser les forceps. L’année 1972, deux ans après la crise d’octobre 1970 et quatre ans avant l’élection du Parti Québécois, un 15 novembre 1976, est l’une d’elles.

Mais que s’est-il passé il y a 50 ans, en 1972, « une année qui aurait pu être révolutionnaire » ? L’année 1972 en fut une de bouillonnement politique, social et culturel inouï et de bouleversements audacieux, écrit Ducharme, et il va nous le démontrer, sans nier son parti pris « en faveur de groupes ou de personnes qui ont lutté pour transformer radicalement la société québécoise ».

En 1972, on vit toujours dans la hantise d’octobre 1970. On craint l’imposition permanente d’une loi sur les mesures de guerre. D’ailleurs, à la toute fin de la session parlementaire, en juillet 1972, l’Assemblée nationale adopte « un projet de loi qui octroie à la Commission de la police le pouvoir d’effectuer des arrestations et des perquisitions sans mandat ». 

Parallèlement à ce durcissement, on assiste à une radicalisation du discours militant. Le mot « socialisme » ne fait plus peur – on ne pourrait dire la même chose aujourd’hui – et il n’est plus l’apanage de jeunes rêveurs chevelus et barbus. En effet, les trois grandes centrales syndicales, la CSN, la FTQ et la CEQ, se prononcent en faveur d’un socialisme démocratique, se donnant comme mission « de renverser le régime capitaliste et son principal représentant au Québec, le Parti libéral de Robert Bourassa ». 

Pour Bourassa, il s’agit d’une véritable déclaration de guerre. D’ailleurs, en mai 1972, les trois centrales, réunies en un Front commun, sonnent le début des hostilités en déclenchant une grève générale illimitée, qui ne durera finalement que 11 jours puisque le gouvernement adoptera une loi spéciale qui forcera le retour au travail et il emprisonnera les trois chefs syndicaux (Marcel Pepin, Louis Laberge et Yvon Charbonneau) « pour avoir incité les travailleurs et travailleuses à défier les injonctions émises par la cour ». 

Aussitôt, des grèves sauvages et illégales éclatent un peu partout. « Une colère insurrectionnelle se déploiera dans les rues, affirme l’auteur. Des villes seront même paralysées et occupées pendant quelques jours par les syndiqués. »

Déchirement de la gauche

1972, c’est aussi l’année où un des penseurs du FLQ, Pierre Vallières, annonce publiquement qu’il renonce à la violence et adhère au Parti Québécois. Charles Gagnon, l’autre penseur, avait lui aussi déjà annoncé que la violence du FLQ n’avait plus sa raison d’être et que l’heure est à la construction d’un parti révolutionnaire de masses. La gauche est désormais déchirée entre indépendance et socialisme.

Cette même année, le monde de la culture connaîtra ses forts moments d’agitation. Le documentaire L’Acadie, l’Acadie?!? de Jacques Brault et Pierre Perrault rappellera la douloureuse condition de citoyens de seconde classe des francophones au Nouveau-Brunswick. 

« Il y a une grande leçon à tirer de cet excellent film, il faut cesser d’avoir peur », affirme un critique. Le mot d’ordre est lancé et il sera entendu, conclut l’auteur. 

Au Québec, le débat refait surface autour du joual à la suite du refus d’accorder une subvention pour que la pièce de Michel Tremblay, Les belles-sœurs, soit jouée à Paris. « Le refus de la ministre des Affaires culturelles, Claire Kirkland-Casgrain, dénote une méconnaissance de la culture populaire québécoise », précise Ducharme. La ministre n’en sera pas à une controverse près. Elle ira jusqu’à accuser Radio-Canada d’être « un nid de séparatistes ». Puis, en décembre 1972, l’ONF refuse de diffuser le film de Gilles Groulx, 24 heures ou plus. Que lui reproche-t-on ? « Sa critique du capitalisme et son éloge du socialisme. » Un cas flagrant de censure politique.

Le mouvement féministe ne sera pas en reste. Un an auparavant, un commando de neuf femmes avait pris d’assaut une taverne de Longueuil pour protester contre le règlement qui leur en interdisait l’entrée. Le règlement sera rapidement modifié. Par ailleurs, le nombre de candidates féminines à se présenter aux élections fédérales de 1972 est en augmentation. Trois Québécoises seront élues, dont l’une deviendra ministre, une première ! Une autre première est ce cours sur la condition féminine offert dans une université francophone québécoise.

Cette captivante revue de l’année 1972 prouve que les Québécois sont capables de s’indigner lorsque les circonstances l’exigent, mais aussi que les forces du statu quo ne sont pas prêtes à laisser le pouvoir à ceux qui luttent pour changer le monde. « Nous en sommes encore à ce stade », conclut l’auteur.

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L’ivresse des communards
Prophylaxie antialcoolique et discours de classe (1871-1914)

1972, il y a cinquante ans
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J’ai souvent entendu dire que les pires massacres, à toutes les époques, étaient menés par des hordes sanguinaires agissant sous les effets de l’alcool et/ou de la drogue. Mais j’ignorais jusqu’à ce jour qu’on avait tenté de discréditer les communards de la Commune de Paris en les taxant d’alcooliques. « En assimilant la révolution à l’alcoolisme, les partisans de Thiers pouvaient contourner entièrement toute discussion embarrassante sur les causes sociales et économiques qui avaient déclenché la révolte, et renvoyer l’objectif de justice sociale des communards à des hallucinations sauvages de dipsomanes. » Cela vaut également pour la pétroleuse, cette image chimérique « d’une femme furieuse propageant l’incendie ». 

Mais au pays du bon vin, il ne faut se surprendre de rien, encore moins qu’on se propose d’« observer toute la Révolution à travers une bouteille ». Car il y a plusieurs catégories d’ivresse, selon qu’elle s’identifie à la fête ou à la violence. À cette époque, en 1870-1871, on consommait en moyenne 168 litres de vin par tête et 17,24 litres d’alcool. À votre santé ! 


Les fascistes américains/ La droite chrétienne à l’assaut des États-Unis

1972, il y a cinquante ans
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« Dieu bénit l’Amérique », « Jésus nous sauve », « Jésus notre seul espoir »... Il n’est pas joli, le panorama au sud de notre frontière. Ces mots, les télévangélistes américains les répètent sans cesse depuis une quarantaine d’années, de sorte qu’aujourd’hui, près d’un tiers de la population étatsunienne adhère aux idées de la droite radicale évangélique. Cette droite religieuse possède ses journaux, ses radios, ses chaînes télé, ses écoles, ses lieux de culte, et elle s’identifie à l’ex-président milliardaire Donald Trump pour qui elle a pris d’assaut le Capitole en janvier 2021. Jésus et Trump, même combat, scandent-ils partout, en brandissant bible, croix et drapeau. 

Une enquête à glacer le sang à l’intérieur du « nouveau fascisme chrétien, dont les adeptes se sont retranchés dans un univers parallèle alimenté par le suprémacisme blanc et appelant à la régénération de l’Amérique, sous le regard de Dieu et de ses prophètes contemporains ».

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