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La révolution du déneigement

Chasse-neige à cheval à la Ville de Montréal
Photo d'archives de la ville de Montréal Jadis, la Ville de Montréal utilisait un chasse-neige tiré par des chevaux pour déneiger les trottoirs.

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« Ah ! comme la neige a neigé ! », disait le poète Émile Nelligan, comparant son ennui à la rigueur hivernale.

Si l’hiver est au cœur de notre identité collective, les déplacements se sont longtemps avérés complexes, particulièrement dans les villes du Québec.

Au temps de la Nouvelle-France, l’arrivée de la neige rendait impraticables plusieurs chemins durant presque tout l’hiver.

En ville en 1700, au lendemain d’une grosse bordée, on poussait tout simplement la neige au milieu des rues, ce qui rendait évidemment les déplacements pénibles, voire impossibles.

Il faut attendre le milieu du 18e siècle pour que des administrateurs municipaux rédigent les premières ordonnances pour faciliter la circulation en zone urbaine.

Par exemple, à partir de 1747, le sieur Jacques-Joseph Guiton de Monrepos tente d’établir, chaque hiver, des règles de déneigement en multipliant les ordonnances obligeant les citoyens à nettoyer les rues devant leur maison sous la menace d’une amende de 3 livres, soit approxi-mativement l’équivalent d’une contravention de stationnement aujourd’hui.

Auparavant, Guiton de Monrepos a même interdit aux habitants, et ce, à plusieurs reprises, de lancer des boules de neige aux passants, mais comme pour l’enlèvement de la neige, les gens font fi, bien souvent, des ordonnances des autorités.

Journée de tempête, rue Sainte-Catherine, à Montréal, en 1893. La souffleuse n’étant pas encore inventée, il fallait déneiger son entrée à la pelle.
Photo courtoisie, Musée McCord
Journée de tempête, rue Sainte-Catherine, à Montréal, en 1893. La souffleuse n’étant pas encore inventée, il fallait déneiger son entrée à la pelle.

Inondations de sous-sols

Au printemps, la fonte de la neige engendre l’apparition de gros ruisseaux souvent nauséabonds. Lorsque la neige fond trop rapidement, les sous-sols des habitations s’inondent fréquemment.

D’ailleurs, la première fonction des égouts en ville est de permettre le ruissellement sous terre de l’eau de pluie, mais aussi de l’eau de la fonte des neiges.

En 1796, on confie également la tâche du déneigement aux soldats britanniques en garnison sur l’île de Montréal.

Au 19e siècle, les citoyens ont tendance à taper la neige dans les rues plutôt qu’à l’enlever.

Après 1841, les règlements des autorités se précisent, on demande alors aux citoyens de s’assurer qu’il n’y a pas plus de deux pieds de neige devant leur maison.

Déneigement de la rue Notre-Dame, à Montréal, en 1887, à l’aide d’une charrue tirée par un cheval.
Photo courtoisie, Musée McCord
Déneigement de la rue Notre-Dame, à Montréal, en 1887, à l’aide d’une charrue tirée par un cheval.

L’année suivante, on précise que seulement quatre pouces de neige sont tolérés sur les trottoirs devant chaque résidence, sous peine de contravention.

Un homme s’affaire au déneigement, rue Sous-le-Cap, à Québec, en 1895, au moyen d’une charrue tirée par un cheval.
Photo courtoisie, Musée McCord
Un homme s’affaire au déneigement, rue Sous-le-Cap, à Québec, en 1895, au moyen d’une charrue tirée par un cheval.

Entre 1866 et 1930, la charrue tirée par un cheval sera au cœur de l’opération déneigement.

Les tramways électriques munis d’un chasse-neige ou d’un balai amovible apparaissent en 1892. Ici, des employés du tramway de Montréal, en 1895.
Photo courtoisie, Musée McCord
Les tramways électriques munis d’un chasse-neige ou d’un balai amovible apparaissent en 1892. Ici, des employés du tramway de Montréal, en 1895.

À la fin du 19e siècle, les tramways électriques de Montréal et de Québec apparaissent. L’hiver, on peut les munir d’une pelle placée à l’avant pour pousser la neige.

Néanmoins, il faut attendre 1910 pour qu’une grande ville comme Montréal assure le déneigement de toutes les rues de son territoire.

Au lendemain des tempêtes, des hommes sont engagés à 25 cents l’heure pour effectuer la corvée de déneigement.

La neige est déposée dans de grosses bennes à neige tirées par des chevaux.

Le charge-neige d’Arthur Sicard

En 1925, une machine révolutionne les déplacements en hiver.

En 1925, Arthur Sicard crée une souffleuse à neige qui s’inspire d’une moissonneuse-batteuse. Sur la photo, un modèle de 1944.
Photo d'archives de la ville de Montréal
En 1925, Arthur Sicard crée une souffleuse à neige qui s’inspire d’une moissonneuse-batteuse. Sur la photo, un modèle de 1944.

Arthur Sicard crée le charge-neige automatique. Sicard s’inspire de la bonne vieille moissonneuse-batteuse pour créer sa souffleuse.

Deux ans plus tard, la Ville d’Outremont achète le « charge-neige automatique » de Sicard pour la somme de 13 000 $.

L’invention tombe à pic parce que la population ainsi que le réseau routier sont en pleine croissance.

Dès 1929, à la veille de la Grande Dépression, le gouvernement du Québec décide de déblayer la route reliant Montréal et Québec.

On utilise alors les souffleuses de Sicard, des mastodontes capables de broyer dix à douze tonnes de neige à la minute.

Puis Bombardier

Dans les décennies suivantes, les chenillettes de Joseph-Armand Bombardier se joindront à l’invention d’Arthur Sicard pour faciliter les déplacements hivernaux.

Au fil du temps, les pratiques québécoises relatives au déneigement se sont bonifiées. Elles font maintenant l’envie d’autres pays touchés par la neige.

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