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Raconter la guerre

War Concept. Military silhouettes fighting scene on war fog sky background, World War Soldiers Silhouettes Below Cloudy Skyline at sunset. Attack scene. Armored vehicles.
Photo Adobe Stock

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Être journaliste, c’est rapporter les faits pour nous permettre de mieux comprendre une situation. C’est aussi dépeindre des histoires qui nous touchent, nous éclairent, nous choquent, nous sensibilisent. En profitant du regard de ceux qui vivent les événements, de ceux qui les connaissent ou les analysent, on grandit comme humain. La guerre en Ukraine est à la fois déchirante et terrifiante. La documenter est essentiel. Les équipes des différents médias officiels, dont nos grandes chaînes généralistes qui couvrent l’actualité, font un travail colossal dans des conditions inconfortables, voire inhabituelles.

Le terrain à Radio-Canada 

Tamara Alteresco
Photo courtoisie, Radio-Canada
Tamara Alteresco

Les correspondantes de Radio-Canada Tamara Alteresco­­­ et Marie-Ève Bédard s’occupent de la couverture de la guerre sur le terrain. La première en Russie (avant que le gouvernement russe adopte une loi qui « criminalise » la couverture journalistique, ce qui a poussé plusieurs médias à suspendre leurs activités) et la seconde en Ukraine alors que les bombardements fusaient. 

Marie-Ève Bédard
Photo courtoisie, Radio-Canada
Marie-Ève Bédard

Personne n’est prêt à vivre une guerre. « On ne peut pas s’improviser journaliste en zone hostile, tranche Luce Julien, directrice générale de l’information de Radio-Canada. D’abord, nos correspondants y sont sur une base volontaire, ils reçoivent une formation, une certification qui évolue dans le temps et qu’ils doivent refaire périodiquement. Nous avons aussi des experts en sécurité maison qui évaluent les risques en zones hostiles. Ils sont en contact avec leurs homologues des grands réseaux dans le monde. Comme diffuseur public, notre rôle est d’informer, mais je mesure toute la responsabilité. Il y a l’intérêt du public et aussi l’obsession de protéger nos équipes sur le terrain. Les journalistes et les caméramans. Si avant le mot “press” sur un gilet assurait une protection même en temps de guerre, ce n’est plus vrai aujourd’hui. » 

Philippe Leblanc
Photo courtoisie, Radio-Canada
Philippe Leblanc

Raphaël Bouvier-Auclair assure aussi une couverture des pays limitrophes. Philippe Leblanc vient de débarquer en Ukraine pour alimenter la radio, le numérique et donner un peu de répit à Marie-Ève Bédard qui n’en est pas à son premier conflit majeur. 

War Concept. Military silhouettes fighting scene on war fog sky background, World War Soldiers Silhouettes Below Cloudy Skyline at sunset. Attack scene. Armored vehicles.
Photo courtoisie, Radio-Canada

« C’est excessivement exigeant être sur le terrain, explique Mme Julien. Chacun a sa sensibilité tout en gardant une distance critique, il faut savoir garder son sang-froid. Ça demande aussi une rapidité d’exécution. On leur demande un reportage par jour, mais il y a aussi les converses. Avec un décalage de neuf heures, les correspondants sont en ondes au milieu de la nuit. C’est exigeant psychologiquement et physiquement. » 

Petites équipes

Les petites équipes sont déployées en duo journaliste-caméraman. Ce dernier s’occupe généralement aussi du montage qui se fait sur place. Ils sont jumelés avec un gardien de sécurité, un chauffeur, un fixeur qui leur sert à la fois pour développer des contacts et pour traduire les propos des personnes rencontrées. 

Luce Julien­­­ ne manque pas de rendre hommage à ses équipes. Elle évoque au passage la couverture de la guerre en Tchétchénie et au Kosovo. Parce que, malheureusement, des guerres, il y en a. Radio-Canada travaille aussi étroitement avec les services anglophones de CBC. Une collaboration franchement aidante, dira-t-elle.

Le conflit actuel demande aussi une vigilance accrue face à la désinformation. N’oublions pas que Poutine muselle les journalistes en territoire russe. 

« La désinformation est partout. C’est une arme », observe Mme Julien.

La situation est à ce point critique qu’elle occupe actuellement la majeure partie des bulletins de nouvelles. 

« À RDI ces jours-ci, c’est comme si la COVID n’existait plus, remarque Luce Julien. Le Téléjournal de 18 h avec Patrice Roy reste régional, mais avec Céline Galipeau­­­ à 22 h, notre marque est l’international. La guerre en Ukraine occupe peut-être 70 % du bulletin. » 

La parole aux Ukrainiens à TVA 

Xavier Brassard-Bédard
Photo courtoisie, TVA
Xavier Brassard-Bédard

À TVA, la guerre en Ukraine occupe aussi une grande partie des bulletins et des émissions d’affaires publiques. 

« La situation en Ukraine est extrêmement critique, les impacts sont multiples et affectent l’ensemble de la population, explique Xavier Brassard-Bédard, directeur général et rédacteur en chef de l’information à TVA. Les gens ont besoin de savoir et notre rôle est de les informer. »

Si Raymond Fillion accompagne Justin Trudeau ces jours-ci, la couverture de la guerre en Ukraine se fait en collaboration avec les agences de presse et des reporters pigistes qui sont sur place. 

« Le point central qui assure une couverture complète et de qualité, ce sont les Ukrainiens. Malgré la situation insoutenable dans laquelle ils sont plongés, ils sont immensément généreux, observe Xavier Brassard-Bédard. Ils n’hésitent pas à nous accorder des entrevues et à nous parler de leur réalité. Cela nous permet d’offrir aux Québécois une couverture rigoureuse et vraie. »

Évidemment, la véracité reste au quotidien le plus grand défi. « Il est primordial de s’assurer de la véracité des faits et des sources de chaque information et image que nous souhaitons diffuser, poursuit-il. Les campagnes de désinformation sont nombreuses et nous devons être extrêmement vigilants. Les images qui sont mises en onde doivent être fidèles à la violence vécue par les Ukrainiens, sans tomber dans le sensationnalisme ou l’autocensure. Chacune d’elle doit refléter la réalité sur le terrain et doit être contextualisée. » 

Rester proche des gens à Noovo 

Jean-Philippe Pineault
Photo courtoisie, NOOVO
Jean-Philippe Pineault

Depuis maintenant un an, Noovo a mis sur pied une salle de nouvelles. Elle veut faire sa marque avec des histoires proches des gens. Bien que le conflit se trouve de l’autre côté de l’Atlantique, il était important d’être sur le terrain et d’offrir des reportages qui s’inscrivent dans cet ADN. 

« Cette situation touche tout le monde et ses enjeux sont plus grands que nous, explique Jean-Philippe­­­ Pineault, directeur général de l’information de Noovo. On a accès à des images d’agences de presse et nous avons l’avantage de pouvoir travailler avec CTV, notre station sœur, mais la décision d’envoyer Louis-Philippe Bourdeau­­­ en Pologne permet de conserver cette proximité et de mettre des visages sur la guerre au public québécois. »

Posté à la frontière où débarquent des centaines de milliers de réfugiés chaque jour, le journaliste rapporte des scènes de vie déchirantes. Comme cette dame qui a tout laissé derrière elle et qui peine à entrevoir l’avenir ou cet ancien coureur qui recueille les chiens de traîneaux abandonnés. 

« Il ne couvre pas la nouvelle du jour que CTV fait bien, mais aborde la guerre avec un angle qui nous appartient, note Jean-Philippe Pineault. Et on se donne le droit, tout en étant objectif sur les faits, de montrer que la situation nous atteint. » 

En Russie, malgré la censure du gouvernement, des journalistes indépendants et des experts continuent d’intervenir à Noovo. Et la journaliste spécialisée en culture numérique, Camille Lopez, explique régulièrement comment repérer le vrai du faux. 

« C’est notre devoir, précise Jean-Philippe Pineault. » En regardant Le fil, on se rend rapidement compte que la moitié du bulletin porte actuellement sur la guerre. Des reportages, des spécialistes, des Ukrainiens d’ici nous aident à comprendre la situation et à analyser les impacts. 

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