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Paul, le livre événement

PAUL
Photo courtoisie

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Michel Rabagliati est l’auteur de bande dessinée de plusieurs premières : sacré non pas une, mais deux fois au prestigieux Prix d’Angoulême, lauréat de l’insigne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec, nommé au grade de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France, premier artiste du 9e art québécois à voir un de ses albums adaptés au grand écran. Et voilà qu’il fait l’objet d’une somptueuse monographie, une autre première qui s’ajoute à l’imposante liste.

Bien malin celui ou celle qui aurait pu prédire pareille trajectoire en 1998 lors de la parution de Paul à la campagne. À cette époque, le milieu national peinait à se relever d’une décennie morose, marquée entre autres par la disparition du magazine Croc, qui fit la part belle au médium durant ses 15 années d’existence. Pourtant, près d’un quart de siècle plus tard, le personnage iconique fait indubitablement partie de la culture populaire fleurdelysée. Comment son créateur a-t-il réussi pareil tour de force ? C’est ce que l’exceptionnelle monographie, simplement intitulée Paul, nous permet de découvrir.

Livre hybride

S’articulant autour d’un copieux et fort sympathique entretien piloté par Michel Giguère, médiateur en bande dessinée de la Vieille Capitale qui présente une conférence mensuelle depuis une quinzaine d’années, l’ouvrage est parsemé de segments d’analyse qui se fondent tout naturellement dans la conversation. Un choix judicieux, alors que la série a initié un nombre incalculable de lectrices et lecteurs à la bande dessinée. 

« J’avais l’avantage de connaître son œuvre et l’avait reçu dans le cadre de mes Rendez-vous de la BD à l’automne 2009. Et comme tous les lecteurs de Paul, j’avais l’impression de le connaître un peu », raconte Giguère. 

« Lors du premier confinement, je me suis retrouvé pour la première fois à avoir du temps. Comme l’envie d’un ouvrage consacré à Paul m’habitait depuis 12 ans, j’ai décidé de lancer une perche à Michel. » 

Paul s’ouvre sur une séquence dessinée où les deux Michel s’installent dans la cour arrière pour discuter, comme si l’ouvrage était le prolongement de Paul à la maison, plus récent album de Rabagliati paru en 2019. 

« J’ai longtemps hésité à me lancer dans ce type de projet. J’avais l’impression de m’être beaucoup livré dans mes livres, et voyais mal ce que j’avais d’autre à dire », expose Rabagliati. « Puis, qui pourrait piloter ce type de projet ? Il fallait quelqu’un avec qui le courant passe. Lorsqu’il fut question de Michel Giguère, comme la relation était bonne, j’ai accepté. » 

Effectivement, leurs échanges coulent de source, au point où nous avons l’impression d’y être. Giguère était l’homme de la situation, sans l’ombre d’un doute.

Une des grandes qualités de Paul est qu’il se lit d’un seul trait. Pourtant, pareille entreprise est risquée, car différents segments (entretiens, photos, archives, analyses) réunis dans un seul ouvrage peuvent facilement devenir indigestes. 

La complicité des deux Michel et l’extraordinaire terreau du corpus exploré font de ce livre un événement dans le milieu éditorial. Non seulement grâce à sa grande beauté, mais parce qu’il permet de constater le chemin parcouru de la bande dessinée québécoise. Enfin, le médium, comme le cinéma, le théâtre et la littérature, a atteint la maturité nécessaire pour y engendrer à son tour des monographies. Cette première incursion met toutefois la barre très haute pour les suivantes. Après tout, ne sont pas Paul ni Michel Rabagliati et Michel Giguère qui veut. 

EN MARGE DE PAUL

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En prévision du passage de Michel Rabagliati en dédicace, la librairie française La Parenthèse mandate l’artiste Romain Dutreix, que l’on peut lire dans les pages du Canard enchaîné et de Fluide glacial, à produire une parodie de Paul dans le nord. Tirée à 500 exemplaires, l’hilarante satire s’ouvre sur un Michel Rabagliati en colère de devoir remplacer Paul à la dernière minute. L’agence de placement de personnages BD leur propose alors un genre de Terminator qui, n’ayant que faire des bons sentiments, vient détruire le statu quo à coups de bazooka.

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L’artiste Cyril Doisneau (Tu ne tueras point, Carnet de bouffe) assiste aux 31 jours de tournage de l’adaptation cinématographique de Paul à Québec. Armé d’un carnet et d’un stylo, il lève le voile sur les coulisses du premier film québécois adapté d’une bande dessinée, captant au passage de savoureuses anecdotes par le truchement d’un trait spontané et jeté. L’album, qui se lit indépendamment du film, est également l’une des premières BD reportage du 9e art québécois.

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Photo courtoisie

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Ces deux albums au modeste tirage furent produits dans le cadre d’une promotion en librairie. À l’achat de deux titres de la série des Paul, les lecteurs québécois ont eu l’opportunité de mettre la main sur Les extras de Paul, alors que ceux d’Europe, par le biais des librairies membres du réseau Canal BD, ont pu s’enquérir de Miettes. Le contenu de ces beaux objets (bandes publicitaires, bandes inédites, reproductions d’ex-libris) est intégralement repris dans Paul. À moins d’être collectionneur, pas la peine de vous ruiner !

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