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Les victimes du Mont d’Youville méritent mieux, M. Jolin-Barrette

Les victimes du Mont d’Youville méritent mieux, M. Jolin-Barrette
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Monsieur le ministre Simon Jolin-Barrette,

On m’identifie comme étant une victime. J’ose croire que je fais partie de ces personnes envers qui vous avez démontré de la sensibilité en novembre dernier, les yeux embués à l’Assemblée nationale, lors de votre déclaration en faveur d’un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelles, que vous instaurerez avec le projet de loi 92.

Vous affirmiez alors vouloir « mettre les victimes au centre du processus judiciaire » et amorcer « un changement de culture en matière de justice ». Monsieur le ministre, c’est la raison pour laquelle je m’adresse à vous. Je sollicite votre intervention.

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?

C’est dans les années 1970 que je suis arrivé au Mont d’Youville, à Québec. Très rapidement, on m’a livré à un homme, un personnage sadique, qui, en plus de ne pas supporter de m’entendre pleurer, satisfaisait ses désirs pervers et brutaux dans une répétition d’agressions physiques déviantes sexuellement.

Détaché de ma propre vie

Comme ce fut le cas pour bien d’autres, j’ai dû endurer ce traitement, impuissant, affolé et profondément blessé. D’un enfant terrorisé et meurtri, je suis, au fil du temps, devenu un homme agressif et violent. Je n’étais qu’un témoin passif et détaché de ma propre vie. 

Il m’a fallu une vingtaine d’années de thérapie et énormément de résilience pour parvenir à me construire un quotidien « normal », malgré mes blessures irréparables. Mon bourreau a depuis, certes, été arrêté et jeté en prison. N’en demeure pas moins que le Mont d’Youville a marqué ma vie au fer rouge et que ce démon n’est pas le seul responsable.

M. Jolin-Barrette, nous sommes plus de 500 victimes ayant subi des atrocités au Mont d’Youville, au moment où l’orphelinat était sous la direction des Sœurs de la Charité. Comme c’est le cas pour plusieurs d’entre nous, je me sens trahi et abandonné.

Se défendre contre des dizaines d’avocats

L’action collective que nous intentons pour obtenir un tant soit peu de justice dans cette affaire s’étire en longueur et se perd dans le tourbillon de la lourdeur juridique provoqué par la partie défenderesse. Comme vous le savez, le Mont d’Youville est devenu un centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS), un organisme parapublic à la charge de votre gouvernement.

Les ententes encadrant la vente de l’immeuble prévoient un partage des responsabilités juridiques entre les anciens et les nouveaux propriétaires, ce qui fait en sorte qu’en face de nous, pour défendre les intérêts des Sœurs, il y a plus d’une dizaine d’avocats qui, je le répète, répondent de votre gouvernement.

Ce qui résulte de cette situation, c’est qu’au centre de cette procédure judiciaire, ce n’est pas nous, les victimes, que l’on retrouve – comme vous le souhaitiez en novembre dernier –, mais bien les « avocasseries » ainsi que les abus de procédure, menés par les représentants des Sœurs de la Charité et du CIUSSS pour gagner du temps.

Ce cauchemar doit cesser

Ce cirque, il dure depuis quatre longues années. Ce qui fait en sorte que notre action, qui a pour but de contribuer à mettre un peu de baume sur nos plaies avec la reconnaissance officielle de l’injustice que nous avons vécue, devient finalement extrêmement pénible et douloureuse. Nous, qui vivons très durement chaque épisode de cette saga, on se sent largués. 

C’est un véritable cauchemar.

En tant que ministre de la Justice et procureur général du Québec, vous pouvez agir pour que cesse enfin cette infamie. Vous n’avez qu’à exiger qu’une entente soit prise et le tour sera joué, j’en suis convaincu. Une simple intervention de votre part et nous pourrons enfin nous libérer de ce marasme qui fait perdurer l’immense douleur que nous fait vivre notre agresseur.

Les victimes du Mont d’Youville méritent mieux, M. Jolin-Barrette
Photo Stevens LeBlanc

Jean Simard
Victime et requérant d’une action collective contre les Sœurs de la Charité de Québec

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