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Le privé des uns va priver les autres

François Legault
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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C’était inévitable. Talonné par les conservateurs d’Éric Duhaime, François Legault fait un virage à droite aussi improvisé que périlleux pour notre système de santé.

Sans étude, sans analyse et à partir de rien, le premier ministre a découvert cette semaine que 20 % des solutions en santé passent par le privé.

C’est tout de même curieux que ce même François Legault, qui a déjà été ministre de la Santé, n’ait jamais vu ça auparavant. 

Au Québec, on aime croire que nous avons une société égalitaire. Mais lorsqu’il s’agit de fournir des services d’éducation ou de santé, nous favorisons souvent les mieux nantis.

Les Américains républicains adoreraient notre système d’éducation où les travailleurs subventionnent, à hauteur de 60 % par élève, les écoles privées des riches.

Je n’ai rien contre les écoles privées. Mais une école privée devrait être... privée. Ici, ces subventions font en sorte que nos écoles privées sont beaucoup plus proche de ce que la droite américaine appellerait des « Charter Schools » : des institutions privées subventionnées par le public.

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J’étais abasourdi d’apprendre, lorsque j’étais ministre, à Québec, qu’historiquement la quasi-totalité des ministres d’ici envoyaient leurs enfants dans le secteur privé au secondaire. Une exception notable était Pauline Marois, qui a envoyé ses enfants dans le secteur public.

J’ai fait mes études au public. Catherine et moi avons envoyé nos enfants dans des écoles publiques et eux y envoient aujourd’hui nos petits-enfants. On y croit.

Au Québec, nous avons réussi à inventer un système qui vide les écoles publiques de tellement de bons éléments. Et en raison de ces subventions, c’est une boucle infernale. Plus le privé attire de gens, plus des parents pointent les écoles publiques du doigt et se dirigent... vers le privé.

Ce que Legault et Dubé sont en train de proposer dans le domaine de la santé va produire les mêmes résultats.

La santé au profit du privé

On a déjà de la difficulté à former, recruter et retenir les professionnels de la santé. Imaginez lorsque le privé, avec son motif de profit pour les propriétaires, va se mettre de la fête.

Ils pourront offrir des conditions que le public ne peut pas égaler. On nous présente toujours la même liste de chirurgies qui fonctionnent mieux dans le privé. Le problème, c’est que ce système parallèle va gruger des ressources financières et humaines pour les interventions les plus simples et répétitives. Le public va toujours être pris avec tout ce qui est plus complexe.

L’argent des contribuables servira pour des services et profits privés, et le système public sera à nouveau pointé du doigt comme étant moins productif. Le fait est que, tout comme l’école publique, le système de santé public ne décide pas qui entre et qui n’entre pas.

C’est faux de dire que les cliniques privées, mues par l’appât du gain, vont traiter tous les cas de la même manière. Les cas les plus lourds, médicalement ou socialement, vont se ramasser au public, qui sera, encore une fois, traité d’inefficace.

Il faut soutenir davantage notre système de santé universel et gratuit et public, et ne pas l’attaquer au profit du privé.

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