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Le tsunami attendu dans le sytème de santé

Le tsunami attendu dans le sytème de santé
Illustration Journal de Montréal

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Après cinq vagues successives de COVID-19, c’est un tsunami qui guette désormais le Québec avec les milliers de personnes qui restent hypothéquées par les symptômes tenaces de leur infection.

La COVID longue pourrait devenir une nouvelle maladie chronique. Et plusieurs experts craignent que ces patients deviennent des oubliés de la pandémie. 

«C’est la grosse problématique dont il va falloir s’occuper, insiste le D Alain Piché. Même si ce n’est pas mortel, ces gens-là souffrent, et certains depuis 24 mois». 

Démonstration du projet de recherche d’Alain Moreau sur la COVID longue, directeur du Réseau canadien de recherche concertée interdisciplinaire sur l’encéphalomyélite myalgique, à Montréal, le lundi 14 mars 2022.
JOEL LEMAY/AGENCE QMI
Joël Lemay / Agence QMI
Démonstration du projet de recherche d’Alain Moreau sur la COVID longue, directeur du Réseau canadien de recherche concertée interdisciplinaire sur l’encéphalomyélite myalgique, à Montréal, le lundi 14 mars 2022. JOEL LEMAY/AGENCE QMI

 

Communément appelée COVID longue, cette maladie survient lorsque des symptômes, qui ne peuvent être expliqués par aucun autre diagnostic, persistent au-delà de trois mois après l’infection, selon l’Organisation mondiale de santé. 

Alain Piché
Le docteur Alain Piché, directeur de la clinique post-COVID à Sherbrooke - Photo Ben Pelosse / Le Journal de Montréal

 

Le Dr Piché, directeur de la clinique post-COVID, à Sherbrooke, est témoin des ravages de la maladie, alors que les médecins restent encore impuissants. À ce jour, aucun traitement reconnu n’est parvenu à guérir les patients. 

«Des gens ne sont plus du tout fonctionnels, plus capables de travailler, de mener leurs activités quotidiennes. C’est extrêmement démoralisant pour eux, car ils voient zéro amélioration et on n’a pas grand-chose à leur offrir», explique-t-il. 

Patients inconnus       

Selon les experts, de 10 à 30 % des personnes infectées par la COVID-19 risquent de développer des symptômes qui persistent pendant des mois, surtout celles atteintes dans les premières vagues. 

Au Québec, on ne sait toujours pas combien en souffrent exactement, car personne ne tient le compte. Encore plus inquiétant, les enfants ne sont pas non plus épargnés. 

Avec trois millions de Québécois infectés dans les derniers mois par le variant Omicron, la menace de voir le nombre de cas de COVID longue exploser est bien réelle. 

«[Les patients] de la vague Omicron, on commence à les voir. Il y en a moins, mais il y en a. Ça commence à rentrer», souligne la Dre Thao Huynh, menant une étude sur la COVID longue à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). 

La vaccination semble réduire les risques de symptômes persistants, dit-elle. Plusieurs malades ont rapporté au Journal avoir traversé un «parcours du combattant» pour obtenir un diagnostic ainsi qu’un minimum de soins. 

«Il faut courir à droite et à gauche pour avoir accès à des spécialistes. Certains font des examens de base et, en ne voyant pas les séquelles sur les scans, ils nous disent que c’est de l’anxiété ou dans notre tête», rage Geneviève Dubé, âgée de 40 ans. 

L’ex-marathonienne souffre de symptômes depuis plus de 22 mois après avoir contracté le virus en travaillant en CHSLD.

«C’est difficile d’organiser les services de santé quand on ignore l’ampleur de la situation. Mais il va bien falloir s’y intéresser à un moment donné», laisse tomber le Dr Alain Piché. D’ailleurs, Québec tarde à annoncer son plan. 

La Dre Huynh s’inquiète pour les patients qu’elle suit. 

«Je n’aime pas le dire, mais c’est comme un processus de vieillissement accéléré, remarque-t-elle. Ils paraissent plus vieux, physiquement et mentalement.» 

Vieillissement accéléré       

Car d’autres pays ont déjà une longueur d’avance. En Finlande, un ministre a reconnu la COVID longue comme la prochaine maladie chronique du siècle. Au Royaume-Uni, le quart des employeurs indiquent que c’est déjà une des principales causes de l’absentéisme au travail. 

Menant une étude au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), la Dre Thao Huynh s’inquiète pour les patients qu’elle suit. « Je n’aime pas le dire, mais c’est comme un processus de vieillissement accéléré, remarque-t-elle. Ils paraissent plus vieux, physiquement et mentalement. » 

50 symptômes  

Souffrir d’un seul des 50 symptômes persistants les plus fréquents après une infection à la COVID-19 peut vite devenir très handicapant pour un malade, soutient la chercheuse espagnole Sonia Villapol, basée à Houston, au Texas. 

Elle a cosigné dans la revue scientifique Nature une analyse de 15 études portant sur près de 50 000 patients à travers le monde présentant encore des symptômes liés à la COVID-19. 

«C’est très débilitant et sérieux. Imaginez, certains ont 20 symptômes en même temps», lance-t-elle, illustrant l’ampleur du poids de cette maladie.

Fin de chapitre

Moins de séquelles du virus chez les enfants       

Les enfants semblent touchés par la COVID longue en plus petit nombre et traîneraient moins de séquelles permanentes, selon une pédiatre de l’hôpital Sainte-Justine. 

«On ne connaît pas le pourcentage d’enfants ayant contracté le virus qui vont ensuite développer la COVID longue, mais ça serait inférieur que chez les adultes», rapporte la Dre Thanh Diem Nguyen, pneumologue à la clinique post-COVID du CHU Sainte-Justine. 

Une étude britannique publiée en février révèle que 1 % des enfants de 5 à 11 ans souffraient de symp- tômes 12 semaines après l’infection et 2,7 % des adolescents, âgés en 11 et 18 ans. 

Fatigue, essoufflement, problèmes de mémoire et de concentration, brouillard mental: les symptômes qui perdurent sont sensiblement les mêmes que chez les adultes, précise la Dre Nguyen. 

«Pratiquement tous ceux qu’on voit à la clinique n’avaient jamais eu de problèmes de santé avant de contracter la COVID», note-t-elle. 

Ils récupèrent mieux       

La bonne nouvelle est que les enfants semblent se rétablir plus vite : «Chez la majorité, on voit une nette amélioration en quelques mois. Mais il y a quand même une minorité qui a des symptômes depuis plus de 18 mois», dit la pédiatre. 

Et les tests de fonction pulmonaire des enfants montrent moins d’atteintes post-COVID, contrairement aux adultes chez qui l’on retrouve plus souvent des séquelles visibles sur les tissus pulmonaires, indique la docteure. 

«On observe plutôt un déconditionnement, c’est-à-dire que leurs muscles ne sont pas dans les bonnes conditions pour faire de l’exercice», explique Thanh Diem Nguyen. 

Des experts travaillent sans relâche pour en comprendre les causes. 

Axiété et tristesse       

La COVID longue chez les jeunes peut être tout aussi invalidante que chez les adultes, écrit-on dans un éditorial publié le mois dernier dans la revue scientifique Nature.

On demande que les études se penchent davantage sur le cas des enfants. 

Pour cette raison, la Dre Thanh Diem Nguyen suggère aussi un suivi en psychologie aux tout-petits qui aboutissent dans son bureau de l’hôpital Sainte-Justine, car beaucoup développent de l’anxiété, de la tristesse et des inquiétudes face à leur situation.

GRAND DOSSIER 1. De graves séquelles

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