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Des premières études suggèrent des factures salées

Des premières études suggèrent des factures salées
Illustration Journal de Montréal

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Absences du travail, pertes de revenus et visites plus fréquentes chez le médecin, la COVID longue coûtera cher tant aux malades qu’à la société à long terme.  

«La COVID longue, les employeurs devraient en avoir peur», lance le conseiller en assurance et rentes collectives, Jimmy Côté. 

Sa clientèle, majoritairement formée de PME, n’a pas les moyens de perdre un seul employé avec la pénurie de main-d’œuvre, dit-il. 

Or, de premières études tendent à montrer que l’impact se fait déjà sentir. 

Absentéisme            

Au Canada, un sondage pancanadien mené par le groupe Viral Neuro Exploration (VINEx), auprès d’un millier de personnes souffrant de la COVID longue, a montré que 60 % des malades ont dû s’absenter du travail et 69 % ont réduit leurs heures. 

Au Royaume-Uni, le quart des employeurs désigne la COVID longue comme principale raison de l’absentéisme. Mais ici, le Conseil du patronat estime que le phénomène est «marginal». 

Le porte-parole de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes, Ken Gagnon, soutient qu’il s’agit «d’une préoccupation réelle et que [les] membres commencent à recevoir des réclamations en lien avec avec la COVID longue». L’Association est cependant incapable de bien définir l’ampleur de la situation. 

L’absentéisme ou encore l’invalidité nuisent aussi aux portefeuilles des malades. M. Côté souligne qu’il n’y a «rien de payant» à être indemnisé par un assureur, par exemple. 

«Il y a le coût du traitement, mais le gros du coût, c’est la perte du revenu pour la personne et pour la société», ajoute à son tour André-Pierre Contandriopoulos, professeur émérite à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. 

Nouvelle maladie chronique            

La COVID longue doit être vue comme une nouvelle maladie chronique, selon Simon Décary, chercheur à l’Université de Sherbrooke. 

Simon Décary
Simon Décary, professeur adjoint de réadaptation et chercheur au Laboratoire de recherche sur la réadaptation axée sur le patient à l'Université de Sherbrooke - Photo Courtoisie

«Avant la pandémie, il y avait 20 000 personnes sur les listes d’attente des services publics en réadaptation. Les gens avec la COVID longue viennent juste se rajouter», précise-t-il. 

Toujours selon le sondage pancanadien de VINEx, le tiers des répondants atteints de COVID longue ont rendu visite à leur médecin plus de 10 fois dans la dernière année en raison de leurs symptômes. 

Simon Décary presse ainsi le gouvernement de reconnaître officiellement la COVID longue. «En ce moment, des assureurs ne reconnaissent pas la maladie, donc les patients ont un paquet de problèmes [à se faire indemniser]. C’est catastrophique, des jeunes adultes ont perdu leur travail, leur maison. Les problèmes de santé mentale explosent», déplore-t-il. 

Les employés en santé plus touchés et plus malades       

Plus de 800 travailleurs de la santé infectés par la COVID-19 ont dû être indemnisés pendant plus de trois mois, incapables de retourner au travail, selon des données fournies par la CNESST. 

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail indemnise les travailleurs infectés à la COVID-19 sur leur lieu d’emploi. 

Selon les données obtenues par Le Journal, le secteur des soins de santé regroupe presque toutes les demandes acceptées, soit près de 26 000 sur 30 000. De ce nombre, 803 demandes concernent une indemnisation de plus de 90 jours, dont près de la moitié pour une absence d’au moins 10 mois. 

Si la majorité des travailleurs indemnisés ont repris le boulot, près de 600 demandes étaient encore en cours à la fin février. 

Par contre, le ministère de la Santé et des Services sociaux ignore com- bien de travailleurs de la santé souffriraient de la COVID longue. 

COVID longue à 40%                   

Jusqu’à 40 % des travailleurs de la santé infectés par la COVID-19 ont souffert de symptômes après 12 semaines, a révélé une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec. 

Le pourcentage grimpe à 68 % chez les travailleurs infectés qui ont aussi dû être hospitalisés. L’étude a été menée l’an dernier, auprès d’un peu plus de 6000 personnes. 

Rien d’étonnant selon la Dre Thao Huynh, chercheuse à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et épidémiologiste-cardiologue. 

Non seulement ils ont été parmi les premiers à affronter le nouveau virus, ils ont aussi été exposés à des charges virales plus grandes en se rendant au chevet de patients malades, dit-elle. 

Un lourd poids           

Pour le chercheur en physiothérapie et codirecteur scientifique du Réseau québécois COVID-Pandémie, Simon Décary, la COVID longue pèse lourd. 

«Comme le grand nombre de travailleurs de la santé infectés pendant la pandémie et qui sont incapables de retourner au travail», souligne-t-il. 

Néanmoins, M. Décary y voit aussi un avantage. Les médecins, infirmières et préposés aux bénéficiaires ont été nombreux à témoigner des symptômes qui les assaillent depuis de longs mois, donnant visibilité et crédibilité à la COVID longue. 

D’autres maladies post-virales, comme l’encéphalomyélite myalgique, soit le syndrome de fatigue chronique, sont méconnues et souvent sous-diagnostiquées. 

GRAND DOSSIER 3. La maladie pèsera lourd sur les finances

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