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«Gens du Nord» de Perrine Leblanc: troubles et secrets en Irlande

Perrine Leblanc
Photo Pierre-Paul Poulin

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Fascinée par l’Irlande, son histoire, sa littérature et son contexte politique complexe, l’écrivaine Perrine Leblanc, qui a des racines irlandaises, fait le pont entre le Québec et l’île d’Émeraude dans son troisième roman, Gens du Nord. Entre Paris, Montréal, Belfast et Dingle, elle décrit le parcours mouvementé d’une jeune journaliste qui part à la recherche d’un sujet qui la passionne, l’assassinat de l’écrivain Samuel Gallagher par un groupe paramilitaire près de Belfast.

Huit ans après Malabourg, Perrine Leblanc amène cette fois ses lecteurs dans une troublante histoire d’amour et de guerre se déroulant entre le Québec, la France, la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Une intrigue chargée à bloc, sur fond de gaélique irlandais, de bière brune et de soda bread.

Nous sommes en 1991 à Belfast et le climat est tendu entre les loyalistes et les républicains. Un journaliste français ayant de bons filons, François Le Bars, ne cache pas son attirance pour Anne Kelly. La journaliste québécoise de 25 ans souhaite réaliser un documentaire sur un écrivain de la résistance, Samuel Gallagher. Son travail de recherche ne sera pas de tout repos.

Perrine Leblanc, qui habite en Gaspésie, explique en entrevue que ses deux grands-mères étaient d’origine irlandaise. Comme un grand nombre de Québécois, du sang vert coule donc dans ses veines. 

« Gens du Nord, c’est un roman qui nous donne des clefs pour comprendre les enjeux de la frontière qui coupe l’Irlande en deux : l’Irlande du Nord, une province, créée en 1921, et la République d’Irlande au sud », dit-elle. « Il est question de la violence autour de la frontière. »

« C’est un conflit qui a duré une trentaine d’années, de 1968 à 1998, jusqu’aux accords de paix du Vendredi saint. C’est un conflit qui pourrait être ravivé à cause du Brexit. Il y a beaucoup de craintes d’un durcissement de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République. La frontière s’était ramollie après les accords de paix : je l’ai traversée deux fois et c’est comme passer du Québec à l’Ontario. Ça ne paraît pas. »

Donner une voix aux gens

Elle fait remarquer que c’est le défi du romancier d’aller chercher le sujet là où il se trouve et de le ramener à la maison pour essayer de comprendre les enjeux et donner une voix aux gens à travers la fiction.

« Pour moi, la fiction est en relation avec la vie. Elle ne se construit pas en marge de la réalité. La matière première, dans mon travail de romancière, c’est la réalité. Je vais toujours la retravailler évidemment, la transformer par l’imaginaire, mais ça permet vraiment d’aller travailler dans les cicatrices de l’Histoire. Pour qu’on n’oublie pas. »

Ses grands-mères

Perrine Leblanc s’intéresse depuis longtemps à l’Irlande et à la culture celte. 

« Dans mes origines, mes deux grands-mères sont d’ascendance irlandaise. L’une est anglophone et a élevé ses enfants en français. C’est la raison pour laquelle je parle français sans doute aujourd’hui parce que si ma grand-mère avait élevé ses enfants en anglais, ma mère aurait été anglophone et ma langue maternelle aurait été l’anglais. »

« C’est vraiment une décision qui a été prise par ma grand-mère maternelle qui fait que je parle français aujourd’hui. Ça me fascine, la transmission d’une langue, d’une culture. »

Elle avait un intérêt pour l’Irlande... mais tout était à faire pour Gens du Nord, qui lui a demandé 4 à 5 ans de travail.

« Je suis allée chercher le sujet en Irlande, en Irlande du Nord, en France. J’ai fait plusieurs séjours de recherche sur le terrain. C’est pas juste des recherches documentaires. J’ai rencontré des gens, évidemment. Mais c’est une fiction. » 

  • Perrine Leblanc est née à Montréal et vit en Gaspésie. 
  • Son premier roman, L’homme blanc (Le Quartanier, 2010), a été publié l’année suivante dans la collection Blanche des éditions Gallimard sous le titre Kolia
  • Il a reçu le prix littéraire du Gouverneur général du Canada et le Grand Prix du livre de Montréal. 
  • Son deuxième roman, Malabourg, a été finaliste du prix Françoise-Sagan et traduit en anglais par House of Anansi Press en 2015. 
  • Il a aussi été finaliste du prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Traductions.  

EXTRAIT 

Perrine Leblanc
Photo courtoisie

« Ma' n’avait pas choisi le Canada, c’est la pauvreté qui l’y avait menée. Les États-Unis étaient la destination des riches et des pauvres qui avaient de la chance, le Canada était celle des miséreux qui n’avaient pas froid aux yeux. Et l’Irlande dans tout ça ? Le nord de l’île appartenait à la majorité protestante sous la protection de la Couronne britannique, tandis que le sud, agité à l’époque où Maxine avait pris le bateau pour le Canada, en marche vers la république, se libérerait après avoir gagné une guerre et lutté contre lui-même. Le sud de l’île porterait finalement dans sa langue le beau nom d’Éire, et Maxime deviendrait Ma' pour ses enfants et les enfants de ses enfants. Ma' n’avait jamais remis les pieds en Irlande. »

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