/world/opinion/columnists
Navigation

Les laissés-pour-compte de la reprise

Basic RGB
Illustration Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Nous sortons à grandes enjambées de la pandémie, ici à Washington comme partout ailleurs aux États-Unis, insensibles aux cas de plus en plus nombreux du variant BA.2. Il y a, bien sûr, cette guerre à 8000 kilomètres d’ici, mais l’économie américaine ne s’en porte pas plus mal, au contraire !

Les chiffres de l’emploi en mars aux États-Unis vont tomber vendredi prochain et on nous les annonce déjà flamboyants. Février avait marqué le coup avec un recul du taux de chômage à 3,8 %, certains États faisant encore mieux : 3 % en Alabama, 2,5 % dans le Kansas et à peine 2,1 % en Utah.

Le dynamisme économique se voit toutefois soumis à son propre « Ice bucket challenge » sous la forme d’une forte hausse de l’inflation. À 7,9 % en février, calculé sur une base annuelle, ce taux d’inflation fait faire des cauchemars au président de la banque centrale américaine qui signale quatre, cinq, six hausses de taux d’intérêt d’ici la fin de 2022.

Ce qui ne suit pas le rythme de création d’emplois et encore moins les pourcentages grimpants de l’inflation, ce sont les salaires à la grandeur du pays. Les 7,9 % d’inflation en février n’ont été accompagnés que d’une hausse de 5,1 % des salaires dans le secteur privé : presque trois points plus bas ! En d’autres mots, les salaires rapportent plus, mais il vous en reste moins entre les mains. Fouillez-moi !

VIVRE AU MINIMUM

Québec annonçait en début d’année que le salaire minimum allait passer à 14,25 dollars l’heure à compter du 1er mai. Dans la capitale américaine, les élus débattent présentement un projet de loi qui ferait bondir le salaire minimum au niveau fédéral de 7,25 dollars à 15 dollars l’heure. Les chances de succès au Congrès, un parlement profondément divisé ces jours-ci, sont minces.

D’autant plus déplorable que vivre au salaire minimum actuel, sans même considérer l’inflation, c’est pratiquement crever de faim. Et même si une majorité des cinquante États offrent un salaire minimum supérieur, dix-huit d’entre eux s’en tiennent aux 7,25 dollars de l’heure, c’est-à-dire 14 500 dollars par année... quand on a la chance de travailler quarante heures semaine !

Mais revenons au mirage des quinze dollars l’heure : ce serait tout de même un tremplin pour réclamer plus, même si les 31 200 dollars annuels, avant impôts, ne les valent pas à cause de l’inflation galopante. Oxfam America a tout de même démontré cette semaine que des dizaines de millions de personnes en bénéficieraient.

NOMBREUX, CES GAGNE-PETIT

Un travailleur sur trois aux États-Unis – 31,9 % pour être précis – gagne moins de quinze dollars l’heure (près de 52 millions de personnes). OXFAM y voit une crise de droits civils. Parce que si 25 % des hommes se trouvent du nombre, ce sont 40 % des femmes qui reçoivent moins de quinze dollars l’heure et 47 % des travailleurs noirs.

Des chiffres qui font réfléchir, tout comme ceux récoltés du côté de Wall Street cette semaine. En moyenne, les bonis remis aux financiers en 2021 ont atteint 257 500 dollars, l’équivalent du salaire annuel de huit travailleurs gagnant moins de quinze dollars l’heure.

La reprise – ça a tout l’air – a, comme toujours, ses mêmes favoris.

VIVRE À MOINS DE 15 DOLLARS L’HEURE AUX ÉTATS-UNIS  

25 % des hommes, mais 40 % des femmes, dont...

  • 51,9 % des femmes en Caroline du Sud 
  • 53,6 % au Nouveau-Mexique 
  • 55,2 % dans le Mississippi  

26 % des blancs, mais 46 % des travailleurs latinos et 47 % des Noirs, dont...

  • 61,2 % des Noirs en Iowa 
  • 62,2 % dans le Kentucky 
  • 61,1 % des Latinos en Alabama 
  • 63 % en Arkansas  

Dans 25 États, au moins 60 % des « femmes de couleur » gagnent moins de 15 $ l’heure.

57 % des parents qui élèvent leurs enfants seuls, dont...

  • 63,9 % en Floride 
  • 66 % dans le Michigan 
  • 66,3 % au Texas  

* Une réalité de jeunes travailleurs? Non ! 89 % ont 20 ans et plus.

(Source : Oxfam America, 21 mars 2022)

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.