/news/health
Navigation

Réforme en santé: de belles promesses, mais maintenant il faut livrer

Les coûts et les délais de la réforme de la santé du ministre Dubé sont inconnus

Coup d'oeil sur cet article

La réforme proposée par Christian Dubé pour relancer le système de santé est généralement bien accueillie. Mais le plus difficile reste à faire, alors que les coûts, les moyens et les échéanciers demeurent inconnus.  

• À lire aussi: Christian Dubé dévoile 50 priorités pour réformer le réseau de la santé

• À lire aussi: Tout repose sur Christian Dubé

«On partage le diagnostic et quelques objectifs, mais nous sommes déçues qu’il n’y ait aucun moyen pour y arriver, et encore moins d’échéanciers», a commenté mardi la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard. 

Sa fédération syndicale — qui représente 76 000 membres, dont la plupart en soins infirmiers — s’attendait à voir «les moyens pour arriver aux objectifs mentionnés» dans le plan du ministre. 

Après tout, le Québec n’en est pas à sa première tentative de réformer le mammouth de la santé dans le dernier quart de siècle (voir plus bas), dont certaines ont été abandonnées en cours de route.  

Mme Bouchard salue toutefois l’ouverture du ministre pour déléguer plus d’actes médicaux aux infirmières.

Et puisque les médecins de famille y sont désormais également favorables, la FIQ estime que le changement peut survenir rapidement.    

  • Écoutez l'entrevue de Mario Dumont avec Julie Bouchard, présidente de la FIQ, sur QUB radio:    

Changer la rémunération 

Plusieurs intervenants du réseau de la santé qui étaient sur place, mardi, pour l’annonce de Christian Dubé étaient également optimistes.  

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) assure que ses membres sont prêts à revoir leur mode de rémunération pour qu’une large partie soit liée à la prise en charge des patients, une des pièces centrales du puzzle. 

«La capitation, on discute de ça depuis deux ans, bien sûr qu’on est ouverts», affirme le Dr Marc-André Amyot, selon qui «les négociations vont relativement bien».

Critique de la réforme Barrette à une autre époque, le chercheur Damien Contandriopoulos avait également de bons mots pour l’approche du ministre Dubé, qu’il qualifie de «très opérationnelle».

«M. Dubé dit : “J’ai regardé le réseau, voici la liste des problèmes que j’ai identifiés et 50 solutions pour les résoudre”», affirme le professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria.  

 

Le diable est dans les détails 

Mais, tout comme la FIQ, le chercheur universitaire estime que le diable est dans les détails. Où prendra-t-on les infirmières ? Qui prendra en charge les citoyens référés par le Guichet d’accès ? Comment faire plus d’opérations au privé sans drainer le personnel du public ?

De la même façon, l’entente pour revoir la rémunération des médecins est loin d’être signée, malgré l’ouverture démontrée par la FMOQ.  

«C’est un plan plein d’optimisme dans lequel on propose, à très courte échéance, de régler à peu près tous les problèmes, dit-il. Le risque, c’est que ça fasse juste contribuer au cynisme ambiant, qu’on promette un éléphant et qu’on livre une souris.»

— Avec la collaboration d’Hugo Duchaine, et Héloïse Archambault 

LES 7 RÉFORMES AU FIL DES ANS

1995-1998 : Virage ambulatoire. Fermetures d’hôpitaux et transferts de lits dans les CHSLD

2002 : Bulletin des hôpitaux et plan pour réduire les délais d’attente à l’urgence

2004 : Création des Centres de santé et de services sociaux

2008-2011 : Implantation de la Méthode Toyota dans les hôpitaux

2013-2014 : Projet d’assurance-autonomie pour favoriser les soins à domicile

2015 : Mise en place des CISSS en fusionnant plusieurs établissements

2022 : Réforme pour améliorer l’accès et transformer le réseau de la santé

Informations recueillies par Éric Yvan Lemay

CE QU’ILS ONT DIT  

«La pandémie nous a montré à gros traits rouges, ce qu’on est capables de faire et là où il faut s’améliorer. [...] On peut se servir des tristes leçons qu’on a apprises pour se doter d’un système beaucoup plus résilient.» -Dr François Marquis, chef de service de soins intensifs à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont


 

«On ne voudrait pas que le recours aux cliniques privées devienne une façon pour le gouvernement de dire : ok on ouvre le privé. (Mais), ça devrait être utile pour diminuer les listes d’attente en chirurgie.» -Paul Brunet, PDG du Conseil pour la protection des malades          


«Avec une pénurie de 1000 médecins de famille au Québec, ceux-ci ne peuvent plus assurer l’entièreté des besoins de la population en première ligne. Cependant, on fait partie de la solution et c’est pour ça qu’on négocie des cibles réalistes avec le gouvernement.» 

– Dr Marc-André Amyot, président de la FMOQ


 «On est soulagés de voir qu’enfin les Québécois âgés, dans leur dernière année de vie, pourront être soignés à domicile par une équipe de médecins et d’infirmières.» 

–Dre Geneviève Dechêne fondatrice de l’équipe médicale des soins palliatifs à domicile du CLSC de Verdun.


 «On nous avait promis quelque chose de costaud, on nous avait promis quelque chose de vraiment significatif, puis on constate que l’éléphant a accouché d’une souris.» 

– Dominique Anglade, cheffe du PLQ


 «Le ministre nous a ressorti quelques expressions dont les spécialistes du marketing de la CAQ ont le secret. Aujourd’hui, on nous parle d’expérience-patient. On se croirait dans un spa.» 

– Vincent Marissal, QS


 «Ce n’est pas un plan du gouvernement, c’est un programme électoral, une publicité électorale.» 

– Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du PQ   

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.