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[EN IMAGES] Les terribles inondations de 1917 en Beauce

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Au fil du temps, et surtout lors de la fonte des glaces, au printemps, la Beauce a vécu plusieurs inondations mémorables. Toutefois, la plus catastrophique d’entre elles a eu lieu en pleine saison estivale 1917, et ce, après un épisode de pluies torrentielles. La rivière Chaudière s’est alors déchaînée et a causé de terribles dégâts dans les villages environnants.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PA8-66). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 1917.

1) La Chaudière: une rivière imprévisible  

«Vers huit heures du soir la rivière commença à déborder et à se répandre dans le chemin et dans les fonds qui environnent nos maisons. Tout le monde s’attendait à voir baisser l’eau à chaque instant et personne ne se pressait. Mais voilà que vers 11 heures de la nuit dans une obscurité effrayante, nous nous aperçûmes que nous étions dans un danger imminent. Chacun alors pense à se mettre en sûreté; mais hélas! il était trop tard. L’eau était déjà à une si grande hauteur dans les chemins, que les chevaux n’y passaient qu’à la nage. Que faire? Point de canots. Nous n’entendions de tous côtés que cris: “À moi, à moi, je me noye. Ma maison s‘écroule.” Personne ne pouvait nous secourir. Notre situation était des plus pitoyables, et notre frayeur était encore augmentée par les pleurs des femmes et des enfants. Nous entendions les cris terribles des animaux qui se noyaient...» (Selon un témoin de l’inondation en Beauce du 21 au 22 mai 1832, journal Le Canadien, 1er juin 1832)

La rivière Chaudière, qui traverse la Beauce, a toujours été propice aux débordements. D’un débit irrégulier selon les saisons et les variations climatiques, elle est reconnue, depuis le XVIIIe siècle, pour les inondations qu’elle provoque. La crue printanière est causée par la fonte des neiges et les précipitations. Ce type de crue peut également se produire à la fin du mois de novembre ou en décembre. Les inondations d’avril 1896 et de décembre 1957 demeurent particulièrement mémorables. Toutefois, la crue provoquée par les pluies au début de l’été et de l’automne peut également causer des dommages considérables. Lors de l’inondation du 31 juillet 1917, l’eau s’éleva à un niveau jamais atteint antérieurement ni depuis lors. De plus, cette inondation avait été précédée par une autre, majeure, en juin.

2) L’inondation du 17 au 19 juin 1917  

Tout se présentait bien au printemps 1917. Le journal Le Peuple de Montmagny estimait le 30 mars qu’il y aurait sans aucun doute une inondation le long de la rivière Chaudière, mais que ce ne serait rien de grave. Grave erreur! Après des pluies abondantes, l’eau monte de plus de 5 m à Saint-Joseph-de-Beauce entre le 17 et le 19 juin. On rapporte qu’à Saint-Joseph l’inondation a été si rapide que les gens qui étaient rentrés à l’église à pied ont dû en sortir en chaloupe! 

3) Des pertes matérielles importantes  

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Un grand nombre de maisons ont été ébranlées par suite de trous dans les murs de fondation. La maison et la boutique de Thomas Bisson sont une ruine.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-30). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Un grand nombre de maisons ont été ébranlées par suite de trous dans les murs de fondation. La maison et la boutique de Thomas Bisson sont une ruine.

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Le garage de J.-B. Béliveau a été transporté de l’autre côté du chemin à une distance de 12 m. Les dommages ont été causés par un entassement de bois de pulpe survenu sur la Chaudière.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-32). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Le garage de J.-B. Béliveau a été transporté de l’autre côté du chemin à une distance de 12 m. Les dommages ont été causés par un entassement de bois de pulpe survenu sur la Chaudière.

En juin 1917, tous les villages qui bordent la rivière Chaudière ont été inondés. Les villages de Saint-Joseph, de Saint-Georges et de Beauceville ont été touchés, mais c’est celui de Sainte-Marie qui a subi les plus gros dégâts. Les rues ont été transformées en lacs et les canots ont remplacé les voitures.

4) Une tragédie: la mort de deux enfants   

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. La maison d’Aldéric Morin.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-33). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. La maison d’Aldéric Morin.

Acte de sépulture d’Henri Morin, 25 juin 1917. Registres de Sainte-Marie-de-la-Nouvelle-Beauce.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (CE306, S24).
Acte de sépulture d’Henri Morin, 25 juin 1917. Registres de Sainte-Marie-de-la-Nouvelle-Beauce.

Deux enfants de Sainte-Marie périssent noyés: Marie-Élianne Morin, 13 ans, et son frère Henri, 14 ans. Le journal Le Canadien de Thetford Mines raconte le déroulement du triste événement: 

«La maison de M. Aldéric Morin, un de nos citoyens avantageusement connu, penchait tellement, que M. Morin, craignant une catastrophe, réussit à se procurer une chaloupe dans laquelle il transporta sa femme et son jeune bébé jusqu’au coteau. Il revint à sa maison pour sauver ses trois autres enfants. Il les avait embarqués tous les trois dans sa chaloupe et ramait vers le coteau, quand le courant qui était très fort fit tout à coup chavirer son embarcation. M. Morin s’y cramponna, tenant dans un bras le plus jeune de ses fils et criant aux autres, un jeune garçon de 14 ans et une jeune fille de 13 ans, de ne pas lâcher la chaloupe. Le courant était si fort qu’il les emporta et qu'ils périrent tous deux avant qu’on ait pu leur porter secours.»

5) L’inondation du 31 juillet 1917  

Des pluies diluviennes s’abattent sur la Beauce à partir du 29 juillet 1917. Un témoin raconte: 

«C’était des orages continuels et l’eau tombait à torrent. La température restait chaude. La pluie a cessé vers les 10 heures du soir après avoir tombé sans interruption pendant 1 heure et demie et tout le firmament était en feu et le tonnerre grondait continuellement. Alors a commencé l’inondation vers 11 heures... À 5 heures du matin l’eau avait atteint la hauteur de la dernière inondation en juin dernier. Elle continua à monter jusqu’à midi du 31 juillet.» 

À l’observatoire du Collège des Frères Maristes de Beauceville, il est tombé 0,14 m d’eau. Cela correspond à la fonte d’une couche de neige de 1,4 m.

6) Les pertes des agriculteurs  

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Les «fonds» sont inondés. La récolte de foin et de grain est perdue.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-143). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Les «fonds» sont inondés. La récolte de foin et de grain est perdue.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917. Les «fonds» sont inondés, comme à Saint-Georges.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-141). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917. Les «fonds» sont inondés, comme à Saint-Georges.

De Saint-Georges à Scott, deux villages situés à une distance de 60 km, ce que l’on appelle «les fonds de la Beauce» ont été inondés. Ces fonds se répartissant sur plus de 700 lots comprenant une superficie de plus de 7000 hectares sont entièrement inondés. La récolte est une perte totale.

7) Saint-Georges-de-Beauce  

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Pendant l’inondation.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-144). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Pendant l’inondation.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Même vue que la précédente, mais après l’inondation.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-145). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917. Même vue que la précédente, mais après l’inondation.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-146). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-147). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-148). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-150). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-151). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Georges, 31 juillet 1917.

La moitié du village de Saint-Georges, situé sur la rive droite de la rivière, a été inondée. Les trottoirs et les clôtures ont été emportés: il y a eu deux à trois pieds d’eau dans les maisons. La tannerie de George Paquet a subi de gros dommages. La rivière Famine a monté de plus de 6 m. Le pont, à cet endroit, a été emporté. Une étendue de terrain de 1,2 km de long et de 800 m de large située à l’embouchure de cette rivière a aussi été inondée.

8) Beauceville, Saint-Joseph-de-Beauce et Vallée-Jonction  

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-139). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917.

Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PY-142). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Saint-Joseph, 31 juillet 1917.

À Beauceville, la rivière Chaudière monte de 9,5 m. Environ 2 m d’eau se retrouvent dans la plupart des maisons et une couche de boue d’environ 0,15 m recouvre tout le village. Un mètre d’eau est observé dans l’église. À Saint-Joseph, la situation n’est guère plus reluisante. La hausse de l’eau est de près de 10 m. À Vallée-Jonction, la hausse est similaire. Le pont Howard, le pont du chemin de fer du Quebec Central et le pont Rouge sont emportés.

9) Sainte-Marie-de-Beauce  

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Les travées du pont ont été emportées.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-37). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Les travées du pont ont été emportées.

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Maisons renversées.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-38). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Maisons renversées.

Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Estacades de la Brown Corporation.
ARCHIVES NATIONALES À QUÉBEC (E57, S44, SS1, PC1-39A). PHOTOGRAPHE NON IDENTIFIÉ
Rivière Chaudière: Inondation à Sainte-Marie, 1917. Estacades de la Brown Corporation.

Le village de Sainte-Marie, déjà très éprouvé en juin, voit une hausse de 8 m, soit 1,7 m de plus qu’en juin. Toutes les maisons du village, sans exception, ont subi quelque dommage. Toutes les caves et jardins, ménages et clôtures sont en ruine. La hauteur de l’eau a légèrement dépassé l’endroit le plus élevé du village. La moitié du pont du Quebec Central de Vallée-Jonction s’est arrêtée sur les piliers qui retenaient tout le bois de la Brown Corporation. C’est plus de 24 000 cordes de bois qui passent entre les piliers ou par-dessus les estacades. Le pont est finalement emporté. Une trentaine d’animaux sont également perdus durant l’inondation.

10) Un sujet toujours d’actualité  

En 1917, l’ingénieur Adelphus-Octave Bourbonnais propose plusieurs solutions pour remédier aux inondations. Il dénonce d’abord la présence de piliers et d’estacades qui, mis en place dans la rivière Chaudière par des compagnies forestières, obstruent la rivière. Il propose ensuite de surélever les routes, de construire des barrages au lac Mégantic et à Saint-Georges, et de constituer le long des berges de la rivière et de ses affluents une «zone de défense végétale» pour éviter l’érosion. Enfin, reconnaissant la force de la nature, il suggère le déménagement du village de Sainte-Marie vers les coteaux et propose de déclarer inhabitable une partie des villages de Vallée-Jonction, de Saint-Joseph et de Beauceville. 

Cette dernière proposition a été récemment partiellement appliquée. En avril 2019, la Beauce est frappée par des inondations majeures. Plus de 1000 maisons sont touchées. Les municipalités de Sainte-Marie, de Beauceville et de Scott sont particulièrement touchées. Financé par le gouvernement québécois, un programme de démolition des bâtiments touchés ou à risque a été mis sur pied et s’est traduit par le rasage de centaines de bâtiments.

Un texte de Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur — Archives nationales à Québec  

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici, et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire nos textes produits par la Société historique de Québec en cliquant ici.   

Références   

  • BIRON, Pascale, Étienne Boucher et Wael Taha. Rapport final. Comité expert visant à identifier des solutions porteuses pour la réduction de la vulnérabilité des risques liés à l’inondation par embâcles de glace sur la rivière Chaudière. Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, 2020. 103 p. (Disponible en ligne ici.)     
  • BOURBONNAIS, Adelphus-Octave. Trois rapports sur les inondations de 1917: Inondation du 18 juin 1917, Inondations du 31 juillet 1917 et Causes de l’inondation de la rivière Chaudière, publiés dans le Sixième Rapport de la Commission des Eaux Courantes de Québec. Québec, E.-E. Cinq-Mars, 1917. p. 82-100.    
  • CARRIER, Daniel, Lynda Cloutier et Johanne Lessard. Imprévisible Chaudière. Saint-Joseph, Société du patrimoine des Beaucerons / Musée Marius Barbeau / Association touristique Chaudière-Appalaches, 1991. 28 p.    
  • PROVOST, Honorius. Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce. Québec, s. é., 1967-1970. 2 vol.    
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