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Front commun 1972 et le mythe fortifiant

Éric Duhaime
Photo Chantal Poirier « Les moins nantis se jettent dans les bras d’Éric Duhaime en ne réalisant pas qu’ils seraient les premiers à souffrir de sa gouvernance. »

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Le 11 avril 1972, le Front commun intersyndical déclenchait une grève générale illimitée pour appuyer ses négociations dans le secteur public.

Des syndiqués du secteur privé déclenchèrent aussi une grève en soutien au Front commun. Le Québec était en ébullition. Certains se croyaient même en pleine révolution.

L’adoption d’une loi forçant le retour au travail et l’emprisonnement des trois présidents des centrales syndicales refroidirent toutefois les ambitions révolutionnaires que pouvaient nourrir certains gauchistes.

Malgré une fin de négociation en rangs dispersés, le Front commun a laissé une empreinte profonde dans la mémoire collective. Pendant longtemps, on y a vu l’apogée du syndicalisme de combat.

Par contre, les critiques sont plus acerbes du côté patronal et chez certains commentateurs politiques lors de conflits de travail en rappelant aux syndicats qu’on n’est plus dans les années 70.

Chose certaine, le Front commun de 1972 a inspiré les luttes sociales, bien qu’on lui donne une grandeur dépassant la réalité de l’époque.

La légende

Le récit épique autour du Front commun fait croire à une victoire à plate couture des syndicats sur le gouvernement. Pourtant, la CSN a subi une désertion importante de ses membres, la CEQ s’est fait imposer un décret et le corporatisme y a laissé sa tache originelle.

Globalement, les syndiqués avaient gagné le combat, mais les pertes s’avéraient fort lourdes. On les gommait dans les gains pour maintenir l’espoir d’une société plus équitable.

Je retiens du professeur Gregor Murray, de l’Université Laval, que les mythes fortifiants se développent au fil du temps et s’inscrivent dans l’histoire des organisations. Ils se révèlent nécessaires dans la stimulation des militants en quête de victoire dans leurs revendications.

Après tout, Gilles Vigneault ne disait-il pas que si on n’exagérait pas un peu, ce ne serait pas tout à fait la vérité !

L’influence

En 1972, je terminais ma dernière année au cégep. Nous avions appuyé la grève et nous avions continué le débrayage après que les enseignants furent forcés de retourner au travail.

Nous avions continué de suivre nos cours avec nos professeurs dans des salles privées. Cela donnait une autre dimension à l’instruction. De là naissait mon âme de combattant.

Les fronts communs qui suivirent 1972 n’ont jamais été une sinécure. Comme le premier, ils se terminaient en rangs dispersés. Ils ont toutefois procuré des gains appréciables aux travailleurs et à la société québécoise en matière de services publics.

La grève étudiante de 2012, contre la hausse des frais de scolarité, se situait d’ailleurs dans le prolongement des luttes des années 70.

Malheureusement, le corporatisme grandissant des dernières années a créé la désunion et l’émergence d’une société de moins en moins équitable.

Bizarrement, les moins nantis se jettent dans les bras d’Éric Duhaime en ne réalisant pas qu’ils seraient les premiers à souffrir de sa gouvernance.

Gloire aux leaders syndicaux qui renverseront le courant d’ultra-droite pour redonner un sens au progrès social.

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