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«Les ratés d’Optilab»: une réforme à «mille lieues de ses objectifs»

La centralisation des labos a fait grimper les heures travaillées, déplore un syndicat

Manifestation Optilab montréal
Photo tirée de Facebook, APTS Une manifestation de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) s’est tenue vendredi, à Montréal, devant le CHUM, pour demander au gouvernement de considérer « à sa juste valeur » le travail des employés de laboratoire. « Pas de labos, pas d’hôpitaux », insistent les technologues.

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Alors que la plus récente réforme de la santé proposée par Christian Dubé fait l’apologie de l’indépendance des établissements, des travailleurs du CISSS Chaudière-Appalaches vivent chaque jour avec «les ratés d’Optilab», centralisation des laboratoires qui aura fait «exploser les heures travaillées plutôt que les réduire».

• À lire aussi: Boom du personnel de labo sans formation collégiale

Les membres du syndicat de l’APTS travaillant dans les laboratoires ont ri jaune en début de semaine en voyant le plan de réforme du ministre Dubé.

La région, choisie pour «tester Optilab», fête cette semaine le cinquième «anniversaire» du lancement de l’implantation. L’opération d’optimisation et de centralisation des services devait à terme permettre des économies et la diminution du nombre d’heures travaillées pour améliorer le service.

«C’est tout le contraire qui se produit», déplore Alain Fafard directeur en relations de travail responsable du dossier Optilab.

Hausse importante

L’objectif d’Optilab en Chaudière-Appalaches était une réduction de 18% des heures travaillées en laboratoire de biologie médicale rappelle le syndicat.

«Pour 2020-2021, on est 156% au-dessus de leur objectif», illustre Alain Fafard selon les données compilées au rapport annuel du CISSS. Et pour l’exercice 2019-2020, soit avant la pression induite par la pandémie, le nombre d’heures travaillées était déjà 143% plus élevé que la cible de 225 000 heures travaillées.

«C’est là qu’on voit l’échec», laisse tomber Mélanie Lapointe, représentante nationale de l’APTS pour Chaudière-Appalaches.

La mise en opération d’Optilab aura aussi eu un impact financier négatif pointe l’APTS. Si au départ, le ministère parlait de l’optimisation comme d’une façon d’économiser, le discours a changé assez rapidement.

Les coûts annuels en biologie médicale sont passés de 22,8M$ en 2014-2015 à 35,5M$ en 2020-2021. Une part de cette hausse vient des «services achetés», notamment la dépense en transport selon l’APTS, qui est passée de 310 000$ en 2016-2017 à 3,2M$ l’année dernière.

«Ils ont créé au départ un transport par jour de chacun des centres vers Lévis pour le transport d’échantillons à analyser et là, on est rendu à trois transports par jour», illustre Alain Fafard.

Paperasse et livraisons

Ces transports vers le laboratoire centre ont créé une perte d’expertise dans les établissements secondaires, comme Thetford Mines, Saint-Georges ou Montmagny.

«Ce n’est pas compliqué, notre job c’est rendu de gérer des envois et du transport», confie une technicienne du CISSS qui souhaite garder l’anonymat. «Quand tu fais une technique au collégial, tu t’attends à faire de la technique, des analyses, mais là, je fais de l’administratif. Je scanne des tubes comme une caissière scanne des boites à l’épicerie.»

«On a tellement perdu de monde là-dedans parce qu’ils ont été dégoutés de ça. Ils s’en vont tous ailleurs, ils se réorientent», affirme une autre employée.

Et le mot sur les impacts d’Optilab s’est tellement passé rapidement que les cohortes sortant du collégial sont de moins en moins importantes selon l’APTS. «Il y a une démobilisation claire. Ce n’est plus attrayant», lance M. Fafard.

Et Optilab n’a pas que des conséquences à l’interne mentionnent les intervenants consultés. Il y a aussi des impacts sur la clientèle.

«Ça arrive qu’on doive reprendre des analyses parce que la glacière qui devait être vidée à Lévis nous revient pleine et qu’on doit tout jeter. Il y a des erreurs de manipulation, des erreurs de saisie informatique», raconte une technicienne qui ne compte plus le temps perdu à gérer ces problèmes.

Solutions

Pour l’APTS, la solution est claire, il faut revenir en arrière avant qu’il ne soit trop tard. «Les autres régions sont moins avancées que nous, c’est encore le temps de mettre les freins pour eux», affirme une employée de laboratoire.

«Ça va prendre une meilleure planification des effectifs et des incitatifs pour ramener des gens. [...] Et avec la réforme annoncée, il faut espérer que pour des décisions d’aussi grande envergure, on soit consultés», espère le syndicat.

De son côté, le CISSS Chaudière-Appalaches défend son virage qui a selon lui «réduit les besoins de main-d’œuvre dans un contexte de pénurie». La hausse des heures et des coûts serait d’ailleurs imputable à une augmentation du volume d’analyse à traiter.

«En isolant les augmentations des coûts liés à l’augmentation de la volumétrie au fil des années par le développement de nouveaux services et l’augmentation de l’accessibilité dans d’autres, nous sommes en mesure d’affirmer que le coût de fonctionnement des laboratoires a été réduit», indique Mireille Gaudreau, porte-parole du CISSS.

De son côté, le cabinet du ministre de la Santé assure avoir déjà modulé «aux réalités régionales» la réforme Optilab. «Nous allons continuer de faire évoluer ce projet partout au Québec, en soulignant son caractère régional.»


Optilab en chiffres au CISSS Chaudière-Appalaches 

◆ Heures travaillées avant le changement : 275 430

◆ Objectif d’heures travaillées à terme : 225 076

◆ Heures travaillées en 2020-2021 : 334 956 (+156 % de l’objectif)

◆ Coûts des laboratoires médicaux    

  • 2014-2015 : 22,8 M$  
  • 2020-2021 : 35,6 M$   

Sources : APTS et Rapports annuels CISSS C-A

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