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Premier meurtre de l'année à Québec: une attaque violente et sordide

L’homme tué par un individu en crise à Lac-Saint-Charles tentait de s’interposer

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L’homme de 65 ans qui a été victime du premier meurtre de l’année à Québec est mort en héros en tentant de sauver une femme, d’après des témoins de la scène bouleversés par la violence de l’attaque perpétrée par un homme en crise. 

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«Souris-moi, sinon je te tue. Toi, tu meurs aujourd’hui.» Voici les mots qu’a prononcés l’agresseur avant de tenter de s’en prendre à la fille de Claude Boivin, sur la rue Thibodeau, près du lac Saint-Charles. 

Pour une deuxième journée, les enquêteurs ont poursuivi leur travail sur la scène de crime ce jeudi.
Photo Agence QMI, Marcel Tremblay
Pour une deuxième journée, les enquêteurs ont poursuivi leur travail sur la scène de crime ce jeudi.

D’après plusieurs témoins, le suspect dans cette affaire se promenait torse nu sur la rue, armé d’une barre de métal et criant des propos incompréhensibles.  

Photo Agence QMI, Marcel Tremblay

Après avoir endommagé plusieurs voitures, l’homme de 30 ans est arrivé à la hauteur de celle de la fille de M. Boivin qui s’apprêtait à aller chercher ses enfants à l’école. 

«Il était complètement fou, en psychose. Il a démoli sa voiture», raconte M. Boivin, toujours sous le choc, qui habite la maison voisine de sa fille.

Une cinquantaine de coups

Plusieurs sources rapportent qu’un homme qui se trouvait à bord d’une camionnette aurait alors tenté de percuter l’agresseur pour l’arrêter, en vain.  

C’est à ce moment que Jacques Côté, le voisin d’en face de M. Boivin, se serait interposé pour calmer le jeu. Violemment tabassé, l’ancien enseignant à l'École de foresterie de Duchesnay s’est effondré au sol en quelques secondes, ce qui n’a pas empêché son assaillant de poursuivre son attaque.

«Il lui a donné cinquante, peut-être soixante coups de barre de fer. Le son et les images résonnent encore dans mon esprit...», souffle Paul-André Côté, dévasté par ce qu’il a vu.

Des fleurs ont été déposées à proximité des lieux du drame.
Photo Jérémy Bernier
Des fleurs ont été déposées à proximité des lieux du drame.

Comme plusieurs, M. Côté est allé porter des fleurs devant la résidence de la victime, hier matin.

«C’est Jacques qui a sauvé ma fille, c’est un héros», souligne de son côté Claude Boivin, qui déplore que la dépouille de son voisin ait été laissée telle quelle dans la rue pendant plusieurs heures, «sans dignité». 

Photo Agence QMI, Marcel Tremblay

Un homme foncièrement bon

Contacté par Le Journal, le fils de la victime peinait à trouver ses mots au lendemain du drame, totalement anéanti par le meurtre sordide de son père.

«Je suis incapable d’ouvrir la télé ou de regarder les réseaux sociaux. J’ai trop peur de tomber sur les détails de sa mort...», soupire Simon Côté, entre deux sanglots.

Son père était un homme foncièrement bon, qui était toujours là pour les autres et qui n’aurait pas fait de mal à une mouche, affirme-t-il, loin d’être surpris de sa réaction lors du triste événement.

«Mon père, c’était mon pilier, souffle M. Côté. Et en un claquement de doigts, il n’est plus là...» 

Le suspect, Kim Lebel, 30 ans, a comparu jeudi à partir du CHU de Québec. Vêtu d'une tunique blanche, il était accompagné de deux enquêteurs. 

Le suspect, Kim Lebel, 30 ans, a été formellement accusé de meurtre non prémédité.
Photo tirée de Facebook
Le suspect, Kim Lebel, 30 ans, a été formellement accusé de meurtre non prémédité.

Il a formellement été accusé du meurtre non prémédité de Jacques Côté, 65 ans.

L'accusé ne pourra communiquer avec un total 13 personnes, qui sont essentiellement des voisins et témoins. 

«Le logo de l’école sur le coeur»

C’est une «commotion» et une «onde de choc» qui a frappé l’École de foresterie de Duchesney indique son directeur Mathieu Bilodeau.

«M. Côté avait pris sa retraite en janvier 2021 mais il était toujours très actif dans le milieu. Il s’occupait des activités étudiantes et tenait beaucoup au sentiment d’appartenance à l’école. Il avait le logo de l’école sur le cœur et était toujours prêt à venir nous aider dans les situations de COVID», ajoute M. Bilodeau.

«Il gardait un lien avec ses collègues et en établissait avec les nouveaux enseignants. On le voyait régulièrement ici. Il faisait partie des meubles. Il était très apprécié», conclut M. Bilodeau.

Un chalet pour sa retraite

«C’est épouvantable», lance pour sa part Sylvain Lessard, un spécialiste de la faune de l’école de Duchesnay qui a côtoyé M. Côté durant 30 ans et avec qui il est devenu «un ami personnel».

M. Côté, ingénieur forestier, enseignait notamment la protection des territoires fauniques et l’aménagement de la forêt.

«Jacques était un des seuls enseignants capables de chevaucher ces deux options. Il blaguait souvent là-dessus en disant que c’était cocasse de travailler d’un côté pour couper des arbres et de l’autre pour les sauver. C’était un pince-sans-rire qui jouait beaucoup sur les mots et démontrait une grande intelligence», se remémore M. Lessard.

Ce dernier précise que Jacques Côté venait de s’acheter un chalet en forêt pour sa retraite.

«Il me bombardait de questions. Il voulait installer des caméras de surveillance pour les orignaux et voulait me montrer une frayère à ombles de fontaine qu’il venait de trouver. Il était très emballé.»

Une grande bonté

En parallèle, Jacques Côté avait aussi une petite entreprise d’émondage et d’arboriculture.

«Ses connaissances des végétaux et son habileté avec une scie mécanique faisaient en sorte qu’il avait beaucoup de contrats. La Ville de Québec a même eu recours à son expertise pour se débarrasser d’arbres problématiques atteints par l’agrile du frêne ou la maladie de l’orme», soutient M. Lessard.

Son entreprise donnait aussi de l’emploi à quelques personnes.

«Pour démontrer le grand coeur de Jacques, explique son ex-collègue, aussitôt qu’il avait un élève en difficulté, tant académiquement que financièrement, Jacques l’engageait. Il était notre Mère Teresa, la bonté sur deux pattes.»

«C’était un organisateur hors pair, un rassembleur. Même s’il était à la retraite, on le voyait presque toutes les semaines», insiste M. Lessard.

«Dans mon message à sa retraite j’avais écrit que si on voulait connaître la philosophie, la personnalité d’un élève, connaître notre jeunesse étudiante, qu’il n’y avait aucune travailleuse sociale qui arrivait à la cheville de Jacques. Il nous donnait l’heure et nous disait de prendre untel de cette façon, untel a eu tel évènement dans sa vie, l’autre a telle expérience. Il les connaissait tous», relate en terminant Sylvain Lessard.

– Avec la collaboration de Jean-François Racine et de Martin Lavoie

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