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[PHOTOS] Découvrez l'héritage d'un architecte marquant de Québec en 10 réalisations

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Au fil du temps, la ville de Québec a vu défiler beaucoup d’architectes. Certains sont demeurés célèbres en laissant des repères dans la ville; d’autres ont été oubliés en raison d’une production moins intéressante; quelques-uns ont simplement vu leurs réalisations disparaître, victimes des aléas du progrès urbain ou de la fatalité. Le cas de l’architecte Thomas Reid Peacock constitue un bel exemple de cette dernière situation. En effet, une bonne partie de sa production n’existe plus parce qu’elle a été détruite par des incendies ou simplement par la main de l’homme pour céder la place à autre chose. Toutefois, cela n’enlève rien à son talent.

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Né en Écosse en 1866, Peacock débarque à Québec en 1906. Il débute alors comme dessinateur en chef auprès de l’architecte Georges-Émile Tanguay et il travaille également pour René‐Pamphile Lemay. Il ouvre son propre cabinet en 1910 et ses affaires prospèrent rapidement. En bon Écossais, il était un amateur de pêche, de golf et de curling. Il a également été président de la Literary and Historical Society of Quebec en 1936-1937. Il décède à Québec en 1937. Voici dix belles réalisations de Thomas Reid Peacock.

Collection The Literary and Historical Society of Quebec, photo Jacques Beardsell

Voici dix belles réalisations de Thomas Reid Peacock.    

1) L'édifice administratif du Port de Québec (1913)  

L'édifice administratif du port de Québec, 2013.
Photo courtoisie J.F. Caron
L'édifice administratif du port de Québec, 2013.

L'édifice administratif portuaire de Québec est la première réalisation majeure de Thomas Reid Peacock. On lui demande de concevoir un bâtiment symbolisant la prospérité et le renouveau du Port de Québec alors en concurrence avec celui de Montréal. Ainsi, Peacock adopte le style Beaux-Arts qui se veut une synthèse des styles en vogue depuis la Renaissance.  

L’ornementation de l’édifice dégage une influence néo-baroque, notamment à cause des colonnes à bossage cubique qui encadrent le portail, des fausses clés aux fenêtres du deuxième étage et de la tour de l’horloge. Les façades avant et arrière comportent, à chacune de leurs extrémités, des frontons supportés par des colonnes à l’avant et par des pilastres à l’arrière, éléments typiquement néo-classiques. 

Notons aussi des influences du style Second Empire, particulièrement dans les lucarnes à fronton cintré. Initialement prévu en briques, l’édifice est en pierre de taille, ce qui s’inscrit davantage dans la monumentalité du style Beaux-Arts. Ce choix de matériaux ainsi que les différents éléments classiques démontrent un souci évident d’harmonisation du bâtiment avec son voisin, l’édifice des Douanes. Tirant leçon des malheurs subis par celui-ci, tous les murs et planchers de l’édifice sont à l’épreuve du feu et le sous-sol résiste à l’eau. 

2) L'édifice du Quebec Curling Club de la rue Fraser (1915)  

Ancien édifice du Quebec Curling Club de la rue Fraser, site actuellement occupé par le 375-395, 1983.
Photo Archives de la Ville de Québec, fonds Gérard Donnelly
Ancien édifice du Quebec Curling Club de la rue Fraser, site actuellement occupé par le 375-395, 1983.

Le curling a toujours été populaire à Québec. En 1821, avec la fondation du Quebec Curling Club, la capitale devient la deuxième ville en Amérique du Nord, après Montréal, à avoir son club de curling.  

À l'origine, on joue sur des surfaces glacées naturelles comme la rivière Saint-Charles ou des étangs. En 1867, on inaugure la première glace intérieure de curling à Québec, située dans un bâtiment construit sur la rue Saint-Charles (auj. Saint-Vallier Est), immédiatement sous l'actuelle côte Dinan. Jusqu'à l'arrivée du gaz sur cette rue en 1872, on y jouait à la lueur des chandelles.

En 1916, le club déménage dans une nouvelle salle de la haute-ville, sur la rue Fraser. C'est Peacock qui en dessine les plans. 

Au tournant des années 1980, le Quebec Curling Club disparaît. La salle sera alors occupée par le Club de squash de Québec. L'ensemble sera démoli en 1985 pour faire place à deux édifices de douze appartements chacun, construits dos à dos, l'un ayant sa façade sur la rue Fraser et l'autre sur la rue Lemesurier. En 1929, notre architecte avait également conçu les plans du Victoria Curling Club de l'avenue Laurier, situé à l'emplacement de l'actuel Complexe H.

3) Le cinéma Empire (1915)  

L'édifice de l'ancien cinéma Empire occupé aujourd'hui par le magasin Simons.
Photo courtoisie Jean Gagnon
L'édifice de l'ancien cinéma Empire occupé aujourd'hui par le magasin Simons.

Autrefois, on retrouvait sur la côte de la Fabrique, face à l'Hôtel de Ville, la Glover Fry Co. Il s’agissait d’un magasin de vêtement très prisé par la bourgeoisie anglophone de Québec. En plus du magasin proprement dit, l’édifice abritait également des ateliers de couture et de confection. Établi à cet endroit depuis 1842, il est détruit par les flammes en 1911. C'est donc à cet endroit que, quatre ans plus tard, la Imperial Theatre Company Inc. fait construire un cinéma.  

Avec ses 850 places, il s'agira de la plus grande salle de projection de films à Québec. C'est Thomas Reid Peacock qui en conçoit les plans, ce qui fait dire au journaliste du journal Quebec Chronicle qu'il s'agit d'une garantie de modernité. Peacock dessine une façade assez sobre, d'inspiration Art-Déco. Pour les Québécois francophones, l'Imperial Theatre deviendra le Théâtre Empire

D'ailleurs, en 1936, l'édifice est rénové et l'inscription « Empire » est ajoutée au sommet de la façade. Elle y est toujours aujourd'hui. À la suite de sa fermeture vers 1990, l'édifice sera occupé par le musée L'Empire de Mme Belley, par la Librairie Garneau, par la boutique La Corriveau et, maintenant, par le magasin Simons.

4) Le gymnase et la piscine du YWCA (1916)  

Ancien gymnase de la YMCA de la rue Sainte-Anne.
Photo courtoisie J.F. Caron
Ancien gymnase de la YMCA de la rue Sainte-Anne.

C'est en 1875 que la Womens' Christian Association of Quebec (WCA) est incorporée pour venir en aide aux femmes nouvellement débarquées dans la capitale, qu'elles soient immigrantes ou en provenance des campagnes québécoises. Dès lors, on s'installe à la redoute Dauphine du parc de l'Artillerie récemment abandonnée par les militaires britanniques. En 1911, elle deviendra la YWCA.

En 1880, la YWCA déménage sur la rue Sainte-Anne, coin Sainte-Ursule. Plusieurs années plus tard, elle achète son voisin situé plus à l'est sur la rue Sainte-Anne pour y construire, en 1916, un gymnase et une piscine. Thomas Reid Peacock conçoit un édifice de cinq étages en briques brunes sur un soubassement en pierre de taille de calcaire. L'ensemble est surmonté d'une toiture plate. La façade était initialement percée de trois longues baies vitrées verticales. Elles ont été modifiées présentant désormais trois ouvertures cintrées au bas et de plus petites fenêtres aux étages. Seules des clés de voûte décorent cette composition. La porte d'entrée a été murée.  

En 1968, la YWCA déménage sur la rue Holland où elle est toujours aujourd'hui. La piscine et le gymnase sont alors réaménagés pour y accueillir des appartements.

5) Le pavillon Douglas de l’Hôpital Jeffery Hale (1916)  

Ancien pavillon Douglas de l'hôpital Jeffery Hale du boulevard Saint-Cyrille.
Photo tirée du magazine Continuité, hiver 1983, p. 26
Ancien pavillon Douglas de l'hôpital Jeffery Hale du boulevard Saint-Cyrille.

Le deuxième hôpital Jeffery Hale était situé sur le boulevard Saint-Cyrille (aujourd’hui René-Lévesque Est), au coin de l’avenue Turnbull. Inauguré en juin 1901, cet hôpital est un exemple du type hospitalier pavillonnaire. En effet, plutôt que de construire un grand bâtiment, on opte pour plusieurs pavillons. Ainsi, au bâtiment principal construit en 1901 s’ajoutent le pavillon McKenzie Memorial en 1906 et le pavillon Douglas en 1916. C'est Thomas Reid Peacock qui conçoit celui-ci.  

Ce bâtiment ne se distinguait pas tant par son style architectural que par son harmonisation aux deux pavillons voisins. En effet, ses deux étages étaient rectangulaires et son revêtement était de brique rouge sur un soubassement en pierre de taille. Les ressemblances s’arrêtaient toutefois là puisqu’il était coiffé d’un toit plat et que ses élévations présentaient une abondante fenestration, caractéristique essentielle pour le traitement des tuberculeux auquel il était destiné.  

Une fois de plus, Peacock a su combiner la vocation de son bâtiment avec son environnement immédiat. Ce pavillon a été détruit par un incendie criminel survenu le 16 novembre 1982. Il abritait alors les bureaux du Trident et de l'Orchestre symphonique de Québec. Ses vestiges ont été démolis pour faire place à une coopérative d’habitation.

6) L'aile des femmes et l'entrée principale du Garrison Club (1921)  

L'aile des femmes du Cercle de la Garnison, 2021
Capture d'écran, Google Street View
L'aile des femmes du Cercle de la Garnison, 2021

Les soldats britanniques en garnison à Québec étaient logés à la citadelle et au parc de l'Artillerie. Par ailleurs, les ingénieurs royaux bénéficiaient de bâtiments utilitaires sur un terrain de la Couronne situé au coin sud-est de la rue Saint-Louis et de l’actuelle côte de la Citadelle. 

En plus de leurs bureaux, on y retrouvait des ateliers et des entrepôts. On prendra alors l’habitude de désigner ce terrain sous l’appellation de « cour des ingénieurs ». En 1879, à la suite du départ de la garnison britannique survenu huit ans plus tôt, un club militaire s’installe à cet endroit : le Garrison Club, plus tard connu comme étant le Cercle de la Garnison. Au fil du temps, le bureau des ingénieurs royaux est maintes fois transformé, notamment par l'architecte Thomas Reid Peacock.

Ainsi, en 1921, les femmes étant admises depuis peu au club, on leur construit une aile qui leur est réservée. Située au coin de la rue Saint-Louis et de la côte de la Citadelle, Peacock lui donne une façade arrondie épousant l'intersection de ces deux rues. La même année, il transforme l’écurie de la maison Sewell en entrée réservée aux hommes. Ces ajouts de Peacock existent toujours aujourd'hui.

7) La St. Peter’s Church de Limoilou (1924)  

L'ancienne chapelle St. Peter's de la 12e Rue à Limoilou, vers 1993
Collection Jean-François Caron
L'ancienne chapelle St. Peter's de la 12e Rue à Limoilou, vers 1993

Dans les années 1920, la communauté anglicane de Limoilou est suffisamment importante pour qu'on décide d'y construire un lieu de culte. C'est l'architecte Thomas Reid Peacock qui, en 1924, dessine les plans de la chapelle St. Peter's. Elle était située sur la 12e Rue, entre la 2e et la 3e Avenue. De petite dimension, elle était en briques brunes et son ornementation était très simple. Sur sa façade, au-dessus du porche, les colombages du pignon étaient apparents.  

De concert avec les arcs Tudor et le clocheton, cet édifice rappelait l’architecture médiévale anglaise. Il était donc très sobre, voire austère, rejoignant ainsi la tradition des temples du culte protestant. Pour la dessiner, Peacock s'est vraisemblablement inspiré de la chapelle de la communauté baptiste construite en 1918 sur la Grande Allée Ouest, à proximité de l’avenue Cartier. Malheureusement, cette chapelle limouloise a été démolie en 1994 pour faire place à deux immeubles à logements en copropriétés. 

Plus tard en 1928, Peacock a conçu une salle d'assemblée pour la même communauté anglicane, au coin sud-est de la 3e Avenue et de la 3e Rue. Elle a également été démolie au début des années 2000 pour permettre la construction d'un autre immeuble d'habitations.

8) La reconstruction de la villa Bagatelle (1927)  

La villa Bagatelle en 2013, telle que reconstruite par Thomas Reid Peacock en 1928
Photo Jean-François Caron
La villa Bagatelle en 2013, telle que reconstruite par Thomas Reid Peacock en 1928

En 1849, lorsque le marchand de bois Henry Atkinson vend son domaine de Spencer Wood (Bois‐de-Coulonge) au gouvernement, il se réserve un terrain situé plus à l’ouest; c'est Spencer Grange. Il y fait alors construire une magnifique dépendance de style néogothique qui, avec les jardins anglais qui l'entourent, s'inscrit tout à fait dans le mouvement pittoresque de l'époque. Il s’agit de Spencer Cottage, communément appelé la villa Bagatelle. 

Le 19 décembre 1927, cette villa est complètement détruite par un incendie. La propriétaire, Sophia Le Moine-Rhodes, demande alors à Peacock de la reconstruire selon les plans anciens. Il redessine donc Bagatelle à partir de photographies anciennes, mais en y apportant quelques modifications, notamment par l’ajout d’une annexe et la suppression d'une tour qui excédait la toiture.  

Dans cette commande, notre architecte n’a pas pu faire preuve de beaucoup de créativité, mais il a néanmoins su démontrer sa polyvalence. De plus, son annexe est parfaitement intégrée à l'ensemble et elle constitue, ni plus ni moins, un prolongement naturel de l’ancien édifice. De nos jours, la villa Bagatelle est occupée par un centre d'exposition appartenant à la Ville de Québec.

9) La maison Quirouet (1923)  

La maison Quirouet de la Grande Allée, 2013
Photo Jean-François Caron
La maison Quirouet de la Grande Allée, 2013

En juin 1921, la compagnie Grande Allée Realty acquiert la propriété Lampson située sur la Grande Allée, près de l’avenue Cartier. Elle fait démolir la villa qui s’y trouve pour réaliser un projet immobilier. Celui-ci s’articule autour d’une rue sans issue se terminant par un rond-point en bordure du parc des Champs-de-Bataille. Six maisons doivent y être construites.  

À l’automne 1921, l'Administration municipale accepte d’ouvrir la rue. Toutefois, le projet ne verra jamais le jour. Une seule résidence sera construite, soit celle de Rémi Quirouet, selon les plans que Thomas Reid Peacock dessine en 1923. Il s’agit d’une maison d’allure pittoresque, en forme de « L », avec son entrée située à la rencontre intérieure des deux axes. Elle est recouverte de stuc.  

Contrairement à plusieurs réalisations de Peacock qui ont disparues, la maison Quirouet a connu un sort plus heureux. Contre toute attente, elle a été sauvée. En effet, en 1925, on abandonne le projet de la Grande Allée Realty et à l’endroit où devait se trouver le rond-point, on a construit l’immeuble le Château Saint-Louis. Plutôt que d’être démolie, la maison Quirouet a été déplacée en bordure de la Grande Allée. Elle s’y trouve toujours aujourd'hui.

10) La maison Laurie (1936)  

La maison Laurie de l'avenue des Braves, 2013
Photo Jean-François Caron
La maison Laurie de l'avenue des Braves, 2013

En 1936, la veuve du docteur James Laurie commande à notre ami Peacock les plans d'une magnifique résidence qu’elle veut ériger sur le côté est de l’avenue des Braves. Elle sera construite en retrait de la rue, au sommet d’un talus, ce qui lui donnera encore plus de prestance. L’architecte s’inspire cette fois-ci de la maison traditionnelle que l’on retrouve dans la campagne québécoise.  

Elle est en briques blanches et elle est coiffée d’une toiture à deux versants de forte déclivité. Les lucarnes suspendues sont appuyées sur le toit d’une longue véranda. Ce pare-soleil est supporté par des poteaux ornés de croix de Saint-André. 

Le style choisi par Peacock marque l’émergence d’une nouvelle architecture domestique à caractère nationaliste. Il s’agit de l’un des premiers cottages d’inspiration québécoise construits à Québec. En effet, on attribue généralement à l'architecte Sylvio Brassard les premiers bâtiments d'un style évoquant la Nouvelle-France. Il les avait dessinés à peine cinq ans auparavant pour le Jardin zoologique de Charlesbourg.  

La maison Laurie existe encore de nos jours et il s'agit sans doute de l'une des plus belles résidences de l'avenue des Braves. Par ailleurs, il s'agit de la dernière réalisation de l'architecte Thomas Reid Peacock.

«Pour en apprendre davantage, voir le Québecensia, bulletin de la Société historique de Québec, vol. 32, no 2, novembre 2013, p. 9-13.»


Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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