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Séries Nordiques/Canadien 1982: Un but mémorable

Il y a 40 ans, Dale Hunter et les Nordiques éliminaient le Canadien au Forum

Dale Hunter
Photo d'archives Dale Hunter a jeté une douche froide à la grandeur du Forum le 13 avril 1982.

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C’était le 13 avril 1982, en prolongation du cinquième match de la demi-finale de la division Adams. Dans sa zone, Dale Hunter soutire la rondelle à Bob Gainey pour filer en territoire adverse en deux contre un avec Réal Cloutier. Hunter refile le disque à Cloutier, qui rate sa chance à la gauche du filet de Rick Wamsley. En tentant de le contourner, il perd pied, mais Hunter reprend la rondelle pour la loger entre le poteau droit et la jambière du gardien. 

Soudain, les jeunes Nordiques viennent d’éliminer le puissant Canadien. L’ambiance du Forum devient vite glaciale.

Il y a donc 40 ans, ce qui semblait impossible survenait, quand le Fleurdelisé l’a emporté 3 à 2 au cinquième et ultime match de la série. Le Tricolore, fort d’une récolte de 109 points qui lui avait valu le premier rang de la section, ne pouvait pas trébucher. Encore moins contre les rivaux de la 20, jusque-là inoffensifs. 

Loin derrière Montréal avec 82 points et une quatrième place dans la division, les Nordiques n’avaient toujours pas remporté une ronde de séries éliminatoires depuis leur arrivée encore toute fraîche dans la Ligue nationale, à la suite de la fusion avec l’AMH, en 1979.

La logique défiée

Après avoir laissé échapper le premier duel 5 à 1, la logique semblait en voie d’être respectée. Puis, les Nordiques ont poussé le Tricolore dans les câbles en remportant les deux matchs suivants, avant que les rivaux ne ripostent pour forcer la tenue d’un match décisif.

Dale Hunter et Daniel Bouchard observent Bob Gainey, qui a croulé sous le défenseur Pierre Lacroix.
Photo d'archives
Dale Hunter et Daniel Bouchard observent Bob Gainey, qui a croulé sous le défenseur Pierre Lacroix.

Au bout de 22 petites secondes de prolongation, Hunter mettait fin au suspense dans un Forum médusé.

« Pour nous, c’était le début de quelque chose. C’est là qu’on a commencé à croire qu’on pouvait battre n’importe qui. C’était tout nouveau, tout beau. On sortait de notre puberté pour connaître notre éveil comme adultes », illustre avec humour Alain Côté, quatre décennies plus tard.

Près d’une gaffe

Cloutier, qui a été crédité d’une passe sur le but gagnant, n’a jamais oublié le moment.

« Je voyais que Wamsley s’était compromis de mon bord et j’ai vu l’ouverture se créer de l’autre côté du filet. J’ai tenté de contourner, mais en glissant, j’ai perdu le contrôle de la rondelle. 

« Mon plan c’était de m’en aller la mettre dedans, mais Dale passait par là comme par magie et il s’en est occupé. Je m’en serais tellement voulu de glisser et qu’on rate notre coup. Si on perdait, je pense que je me coupais la jambe ! » raconte « Buddy », amusé.

Sur le coup, même les joueurs des Nordiques semblaient sidérés. Pas convaincus à 100 % que la rondelle se trouvait au fond du filet, certains ont figé sur place, avant de bondir de joie devant l’impensable.

« On n’était pas dans la ligue depuis longtemps et on n’était clairement pas les favoris. C’était David contre Goliath. Considérant l’immense popularité du Canadien dans le monde du sport à ce moment-là, c’était tout un exploit. C’était notre coupe Stanley, on vivait l’euphorie totale », se souvient Cloutier.

Commencez la séquence à 15:33.

Une rivalité différente

Si le fameux match du Vendredi saint de 1984 s’est avéré le point culminant de la rivalité Canadiens-Nordiques, le but de Dale Hunter deux ans plus tôt demeure le moment phare qui a réellement lancé les hostilités.

« Ça a changé complètement la relation entre les deux équipes. Les Nordiques, nous étions un peu comme les petits cousins sympathiques des Canadiens. Quand on les a sortis, la vision a changé et on a été perçus d’égal à égal. L’animosité a monté tout de suite.»

« On avait confiance en nos moyens et les Canadiens ne nous ont jamais effrayés, mais on ne réalisait pas l’ampleur du moment quand on les a éliminés. Je n’oublierai jamais le gros silence dans le Forum. Ça semblait tellement lourd !», réfléchit Alain Côté.

Un choc à encaisser

De l’autre côté, le Canadien sombrait dans les abîmes de la déception. Même après toutes ces années, Réjean Houle replonge difficilement dans le sentiment de détresse qui a terrassé les vaincus.

« Les Nordiques arrivaient tout juste de l’expansion de 1979. À Montréal, de notre côté, on n’avait jamais le droit de perdre en séries, encore moins contre eux. Le message que les Nordiques envoyaient ce soir-là, c’est qu’ils étaient vraiment arrivés dans la Ligue nationale», constate-t-il.

Selon celui qui a vu les deux côtés de la clôture parce qu’il a disputé trois saisons avec les Nordiques dans l’AMH, de 1973 à 1976, personne dans le camp montréalais ne sous-estimait Québec.

«Le respect pour les Nordiques a toujours été là», assure-t-il. On voyait qu’ils montaient et on ne voulait pas leur laisser la place. Ils sont allés la chercher, cette série. On ne pouvait que leur lever notre chapeau. » 

 

Une onde de choc chez le Canadien  

Le but gagnant de Dale Hunter n’a pas seulement mis un terme au parcours du Canadien en séries éliminatoires au printemps de 1982. Il a littéralement contribué à chambouler l’équipe.

La défaite humiliante encaissée aux mains des Nordiques a forcé la main au directeur général de l’époque Irving Grundman. Pour une deuxième année de suite, le Canadien ne franchissait pas le premier tour et des changements s’imposaient.

Avant la saison 1982-83, Grundman a procédé à une transaction majeure, expédiant les défenseurs Rod Langway et Brian Engblom en plus des attaquants Doug Jarvis et Craig Laughlin aux Capitals en retour de Ryan Walter et Rick Green. Quelques heures plus tard, Doug Risebrough prenait la route de Calgary.

« Grundman a revu tellement de fois le but de Dale Hunter à la télé qu’il a échangé à Washington trois des cinq gars qui étaient sur la glace. Ce but leur a tellement fait mal, on les a tellement frustrés », mentionne Michel Bergeron, qui en était à sa deuxième saison à la barre des Nordiques.

« J’espère que personne ne croit au hasard ! J’étais avec Maurice Filion [directeur général des Nordiques] quand l’échange est arrivé et c’était difficile de ne pas sourire. Ce but-là a vraiment marqué les Canadiens », poursuit-il.

À l’attaque

Avec du recul, Bergeron affirme qu’il était convaincu au début de la période de prolongation que le Canadien déploierait son trio défensif.

« Bob Berry voulait toujours faire jouer Doug Jarvis et Bob Gainey dans ces situations. Il devait penser que j’aurais la même stratégie, mais j’ai décidé d’envoyer Hunter avec Michel Goulet et Réal Cloutier pour nous donner rapidement une chance de marquer. Goulet avait souvent du succès contre Montréal, mais là, c’est venu des deux autres », dit-il.

Un choc pour tous

Pour Bergeron, il ne fait aucun doute que le cours de la rivalité qui a enflammé le Québec a changé en cette soirée fatidique.

Le lendemain, la une du Journal évoquait le brio du gardien Daniel Bouchard, des Nordiques.
Photo d'archives
Le lendemain, la une du Journal évoquait le brio du gardien Daniel Bouchard, des Nordiques.

« Avant ça, on était les petits bébés bleus, mais la série a été extraordinaire et notre gardien Daniel Bouchard a été fantastique [33 arrêts lors du cinquième match]. Ce n’est pas vrai qu’on nous prenait au sérieux avant. Après coup, c’est drôle, mais les journalistes de partout au Canada, ainsi que de New York et Boston, ont découvert qu’on avait une sacrée bonne équipe », relate-t-il.

Le fougueux ancien entraîneur estime que l’onde de choc a largement dépassé Montréal.

« Les spectateurs dans le Forum étaient assommés. Les dirigeants du Canadien étaient assommés. Mais surtout, la Ligue nationale était assommée. 

« Aux yeux de la ligue, on était un petit marché pas important qui sortait une grosse équipe. On avait le sentiment à l’époque que Québec était un boulet pour la ligue, comme c’est encore le cas aujourd’hui d’ailleurs », conclut le Tigre.

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