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«Dis au jeune qu’il en a joué une grosse»

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Photo d'archives, Agence QMI Mike Bossy (à droite) était accompagné de Bryan Trottier, Paul Coffey, Bernard Parent, Frank Mahovlich et Dave Keon pour fêter le 125e anniversaire de la coupe Stanley, en mars 2017, à Ottawa.

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C’est évident que la mort de Mike Bossy me rend triste. Tout croche. Hier matin, Lady Ju m’a lancé : « C’était quand même pas un ami avec lequel t’allais manger de temps en temps... »

Bien sûr qu’elle avait raison. Mais y a fallu lui expliquer que je connaissais Mike Bossy depuis 43 ans. Que j’étais là quand il a été repêché 15e au premier tour par les Islanders de New York. Que ça voulait dire que 14 directeurs généraux de la LNH avaient pris au sérieux le prof Ron Caron qui disait avec sa voix nasillarde : « That Bossy, he can’t play in Sherbrooke ! »

Nous autres, les journalistes, on le lui rappelait quand on le retrouvait à sa première saison en route pour une fiche de plus de 50 buts.

« Pas capable de scorer à Sherbrooke... mais à New York, pis Montréal et le reste de la ligue, ça va pas pire pantoute. »

UN HOMME FIER

Bossy riait. Il était un homme très fier et conscient de sa valeur. Il s’était tenu debout devant les goons du hockey en proclamant à l’avance qu’il ne se battrait jamais pendant sa carrière. Qu’on fasse n’importe quoi, il répondrait pendant l’avantage numérique. C’est là qu’était le vrai courage.

La journée d’hier a été consacrée à la mort de Mike Bossy. J’ai vu de très belles et émouvantes entrevues avec Bryan Trottier et Michel Goulet à TVA Sports et d’autres réseaux ont également fait leur part.

Tout le monde a parlé de son incroyable talent. Neuf saisons de 50 buts d’affilée, comme dirait Mario, c’est quelque chose. 

Des coupes Stanley, des finales. Du courage et du panache.

De l’amitié avec ses coéquipiers des Islanders et une presque fraternité avec Bryan Trottier. Lui et « Trots » étaient les deux tranquilles par excellence des Islanders. Même que des méchants garnements les surnommaient les « deux buveurs de lait ». En fait, le buveur de lait officiel était le numéro 22. 

Ça n’a pas empêché son ami d’être à son chevet la semaine dernière. Et d’avoir les larmes aux yeux en répondant aux questions de Louis Jean.

100 ENTREVUES... AU MOINS

J’ai dû avoir droit à 100 conversations et entrevues avec Mike Bossy, probablement beaucoup plus. Des fois, dans le vestiaire des Islanders dans l’ancien Coliseum. D’autres fois, dans le métro (ou train) à Edmonton en se rendant à la patinoire pour un match d’une finale contre les Oilers. Bossy, Trottier, Nystrom, Bob Bourne et les autres ne se promenaient pas en limousine. Ils prenaient le métro. On les adorait ces coriaces champions de la Coupe Stanley.

Puis, on s’est croisés souvent à la radio ou à TVA. Avec Bossy, on a parlé de tous les sujets. Des femmes ont passé dans nos vies, lui et sa Lucie n’ont pas dévié d’un pouce. Bon époux, bon père, bon grand-père. 

Mais dans le lot des histoires et des entrevues, c’est une toute petite réplique que j’ai gardée dans le fond de mes souvenirs. Cette courte ligne raconte tout Mike Bossy. Elle dit sa grandeur et sa générosité. Et son humilité.

On était dans les premiers jours de mai. Mike Bossy avait marqué trois buts dans le quatrième match de la finale d’association contre les Bruins.

Le 5 mai 1983, Gerry Cheevers avait confié un mandat clair et net à un jeune de 19 ou 20 ans. Luc Dufour, ancien des Saguenéens et né à Chicoutimi. Donc, de sang bleu royal. 

« Gerry m’a dit de me coller à Mike Bossy à chaque seconde du jeu. Qu’il ait la rondelle ou pas. À soir, je ne m’occupe pas du jeu ni de compter. Je suis Mike Bossy », nous avait raconté Luc Dufour avant le match.

Nous, c’étaient Bertrand Raymond, Yvon Pedneault, Claude Quenneville et moi. Peut-être même que Jean Pagé était du voyage. Tous des gars de Chicoutimi.

UNe seule petite punition

Tout le match, à chaque minute de jeu, Luc Dufour aurait mérité une pénalité. Mais Wally Harris était généreux comme souvent dans ces années 1980 et Dufour ne s’était retrouvé en prison qu’une petite fois.

Les Bruins avaient gagné 5 à 1 et Bossy avait été menotté. 

Après le match, il était frustré. En colère.

« Si c’est ça le hockey, ben alors, bravo », avait-il déclaré au New York Times

Dans l’autre vestiaire, Dufour avait droit au grand reporter de Sports Illustrated et Chicoutimi s’envolait pour la gloire. 

Plus tard, quand les gars des journaux du matin étaient remontés sur la galerie de presse pour écrire les premiers textes, j’étais retourné dans le vestiaire des Islanders.

Bossy nouait sa cravate, le visage encore fermé par la frustration.

– Pis ?

– Pis quoi ?

– Le petit Dufour, il aurait mérité une couple de punitions...

– Il aurait mérité une punition à toutes les fois qu’il est sauté sur la glace. C’est une maudite grosse farce.

J’ai pris quelques notes. Puis, comme si Bossy réalisait qu’il était une immense superstar et que le p’tit Dufour n’était même pas assuré d’une carrière dans la Ligue nationale...

– Dufour, il vient de votre bout à Chicoutimi ? Ouais. Si tu le revois, tu peux lui dire qu’il en a joué une grosse à soir », a lancé Bossy avec un sourire. 

J’ai fait le message. Dufour aurait reçu une bénédiction papale qu’il aurait été moins ému et fier. Hé ! Ça venait de Mike Bossy en personne.

Le 7 mai, les Islanders battaient les Bruins et gagnaient la série à Long Island. Le score final : 8 à 4 pour les Islanders.

Mike Bossy en avait porté quatre !

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