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Génocide: le terme qui divise

Génocide: le terme qui divise
Photo AFP

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Depuis quelques jours, nous sommes plusieurs à suivre les atrocités qui font rage en Ukraine et à dénoncer la boucherie, le carnage, le massacre.

Certains ont même avancé le mot «génocide», un terme chargé, nous rappelant les pages les plus sanglantes de l’histoire de l’humanité. D’autres ont dénoncé l’utilisation de ce terme, préférant plutôt parler de massacres et de crimes contre l’humanité.

La réalité est que ce mot a une définition légale bien précise que l’on retrouve à l’article 2 de la «Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide», qui se lit comme suit: «Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel: meurtre de membre du groupe, atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe, etc.»

Je le rappelle, c’est une définition purement juridique. Or la définition plus commune, qui n’a pas a être soumise à la Cour pénale internationale, embrasse plus large.

Ce qui me désole, dans cette guerre de sémantique, c’est qu'elle cache quelque chose de plus effrayant à mes yeux: à ceux qui parlent de génocide, je demanderai si l’utilisation du terme «génocide», à ce stade-ci de la guerre, pourrait diminuer sa symbolique et finalement banaliser son évocation, insultant du même coup les grands et affreux génocides qui ont marqué notre histoire collective?

En ce qui concerne ceux qui rejettent son utilisation: craignent-ils que la reconnaissance internationale du massacre ukrainien comme génocide entraîne une internationalisation du conflit, obligeant les pays démocratiques et donneurs de leçons à intervenir militairement pour faire cesser le carnage?

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J’ai personnellement l’impression que tous ont raison et tort en même temps. Ce qui est certain, c’est qu’alors que nous nous chicanons sur le caractère génocidaire ou non du conflit, des femmes et des enfants sont violés et tués, des écoles et des hôpitaux sont détruits, et des corps jonchent les routes des grandes villes ukrainiennes, dans l’impunité la plus totale.

Nous avons beau avoir reconnu le massacre des Tutsis au Rwanda, des Arméniens en Turquie, des Juifs en Europe et des Bosniaques à Srebrenica, les actions pour faire cesser ces meurtres à grande échelle ont tantôt tardé, tantôt été totalement absentes.

Nous avons plus récemment reconnu le génocide des Rohingas en Birmanie et celui des Ouïghours en Chine. Une reconnaissance qui n’a mené à aucune action pour faire cesser ces atrocités.

Nous avons, comme démocratie, un devoir plus important que celui de la simple reconnaissance du type de meurtres. Notre indifférence coûte des vies, c’est bien la triste réalité.

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