/sports/hockey
Navigation

Le secret de Jonathan Huberdeau: le plaisir

Jonathan Huberdeau
Photo courtoisie, Julie Bertrand Jonathan Huberdeau a accueilli le chroniqueur Réjean Tremblay dans sa résidence de Fort Lauderdale.

Coup d'oeil sur cet article

FORT LAUDERDALE | On roule sur Las Olas, la rue branchée de Fort Lauderdale, on tourne à gauche et la grosse maison est là. Style du Sud. Décorée avec un goût raffiné par le maître des lieux.

C’est Samuel Brière qui vient ouvrir. Jonathan Huberdeau n’est pas encore revenu de la patinoire après l’entraînement. 

Dans le jardin à l’arrière qui donne sur le canal, Louis-Philippe Dagenais et son frère Alexandre sont dans la piscine avec leurs conjointes et une couple de beaux bébés.

La présentation est brève.

«Nous autres, on est des amis d’enfance de Jonathan. Ça remonte à avant le primaire. Il nous a invités à passer la semaine», explique Samuel.

LE BONHEUR PUR

«Louis-Philippe et Alexandre font partie de mon bonheur d’enfant à Prévost. J’avais 3 ou 4 ans et mon père Alain voulait que je prenne des cours de patinage de vitesse. Il disait que ça me serait utile plus tard. Mais mon bonheur, c’était dans le sous-sol de notre maison, dans le Domaine laurentien. Pauvre maman, on a défoncé des murs, égratigné les planchers, on a tellement joué. Notre père avait installé deux vrais buts de hockey. Moi, le plus jeune, je jouais avec mon frère Sébastien contre Louis-Philippe et Alexandre...

L’athlète québécois a reçu la visite d’amis d’enfance avec conjointes et enfants. Dans l’ordre habituel : Samuel Brière, Ariane Laurin, Jade Pellerin, Alexandre Dagenais, Jonathan Huberdeau avec le bébé Nathan Brière, Louis-Philippe­­­­­ Dagenais et Stacey Diorio.
Photo courtoisie, Julie Bertrand
L’athlète québécois a reçu la visite d’amis d’enfance avec conjointes et enfants. Dans l’ordre habituel : Samuel Brière, Ariane Laurin, Jade Pellerin, Alexandre Dagenais, Jonathan Huberdeau avec le bébé Nathan Brière, Louis-Philippe­­­­­ Dagenais et Stacey Diorio.

«On prenait notre hockey au sérieux. On n’avait pas de chrono, ça fait que Josée, ma mère, se servait de l’horloge du four de son poêle pour les périodes. Quand ça sonnait après 10 ou 12 minutes, elle nous criait que la période était finie. On changeait de bord», raconte Huberdeau.

L’homme se perd dans ses souvenirs.

«C’est fou, c’est peut-être le moment où j’ai eu le plus de plaisir à jouer au hockey. Ça m’emportait, je rêvais, c’était extraordinaire...

«En fait, j’ai toujours eu du plaisir. Même aujourd’hui, quand tu oublies toute la grosse business, quand la rondelle tombe sur la glace pour la première mise au jeu, je me retrouve rempli de bonheur. C’était la même sensation junior à 16 ans, à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. C’est pas la destination, c’est le voyage qui me rend heureux», explique Huberdeau en faisant allusion au slogan de Harley-Davidson. 

RETROUVER L’ENFANCE

Des gens malheureux passent des années en psychanalyse pour tenter de retrouver leur enfance. Régler des comptes. Jonathan, c’est l’inverse. Il y retourne avec plaisir. C’est dans cette enfance qu’il puise ses valeurs d’homme. L’amitié, le respect, l’entraide. L’amour.

Tellement qu’à ses débuts, après avoir joué au Madison Square Garden à New York, au Centre Bell à Montréal, à Los Angeles ou à Chicago, après avoir acheté sa première maison à Fort Lauderdale, il s’est rendu à Prévost, à quelques kilomètres de Saint-Sauveur. Pendant l’été. 

Le joueur des Panthers connaît une saison exceptionnelle, lui qui occupait le deuxième rang des pointeurs de la LNH avec 108 points avant les matchs d’hier.
Photo AFP
Le joueur des Panthers connaît une saison exceptionnelle, lui qui occupait le deuxième rang des pointeurs de la LNH avec 108 points avant les matchs d’hier.

Il a stationné son auto devant la maison de son enfance. Il a hésité, puis a surmonté sa timidité de jeune homme et est allé cogner à la porte.

«J’ai demandé à la madame si je pouvais aller visiter le sous-sol où j’avais tant joué au hockey quand j’étais enfant. Pis là, j’ai vu. Mon Dieu que c’était petit. Avec les deux gros buts de mon père, il ne devait plus rester de place pour jouer. Et pourtant, c’est là que j’avais eu le plus de plaisir à jouer au hockey. J’ai bien compris que c’était le jeu, l’amitié, mon frère, le four du poêle à ma mère qui participaient à mon bonheur. Ça m’a fait réaliser encore plus l’importance de ces valeurs. Quand j’aurai des enfants, je pourrai transmettre ce que j’ai reçu et appris», dit-il.

LE BONHEUR À FORT LAUDERDALE

Et puis, la vie a bien fait les choses pour Huberdeau. Il aurait pu être repêché par les Sénateurs d’Ottawa, les Jets de Winnipeg ou les Stars de Dallas. Il a fallu que ce soit les Panthers de la Floride. Et pourquoi ce fut si important ?

«Encore là, c’est mon père, la famille, un ou deux de nos proches. Vers le 15 décembre, mon père s’arrangeait avec l’école et on partait dans un VR pour la Floride. On n’a jamais manqué de rien, mais mon père n’était pas riche avec son garage de voitures usagées. Il achetait un VR, on descendait en Floride et il le revendait en revenant à Prévost. Mais on venait ici, à Fort Lauderdale. Des fois, quand je me promène vers la plage, je revois des places où j’allais, ti-cul. J’avais 6 ou 7 ans, je partais avec ma bouteille de shampoing et j’allais prendre ma douche dans la cour d’un hôtel. Le VR était parqué dans la cour d’un Walmart, ou une place semblable. On taquinait mon père en disant qu’on était un peu des Bougon. On riait, mais ce dont on était certain, c’est qu’on passait des maudits beaux Noëls à Fort Lauderdale...

«Les années ont passé et j’ai la chance de gagner beaucoup d’argent. Maintenant, mes parents viennent passer les vacances des Fêtes à la maison. Je suis tellement heureux de leur remettre un petit peu de ce que j’ai reçu. Quand on joue à l’étranger, ils gardent la maison et quand je reviens, on se retrouve tout le monde», dit-il.

LE BONHEUR À FORT LAUDERDALE BIS

Justement, quand on a sa face et son Huby Duby Doo sur une boîte de friandises sans sucre ajouté, faut le préciser, en Floride, quand on vit à quelques dizaines de mètres de Las Olas, quand chaque pas dans Fort Lauderdale rappelle le bonheur des vacances de Noël en famille dans le VR, on fait quoi quand on va terminer la saison parmi les cinq meilleurs marqueurs de la Ligue nationale ? 

– Et qu’il reste une seule année à son contrat ?

– Je ne veux pas trop y penser. Allan Walsh est mon agent. On va sans doute vouloir entreprendre des négociations pour prolonger mon contrat actuel... ça va inclure le rachat de mon autonomie...

Une photo de Jonathan Huberdeau se retrouve sur une boîte de bonbons.
Photo courtoisie
Une photo de Jonathan Huberdeau se retrouve sur une boîte de bonbons.

Pour la première fois, Jonathan a commencé à se tortiller sur sa chaise. Son équipe se prépare à entreprendre des séries éliminatoires qui vont être très difficiles, contre des puissances de la ligue comme Washington, Tampa et les autres gros clubs de l’Est. En plus, il aime Fort Lauderdale et la Floride. Et comme il le rappelle, les foules augmentent constamment au FLA Live Arena (anciennement le BB&T Center) à Sunrise.

«Il y a plusieurs sports, et en Floride, les gens encouragent le club gagnant. Mais c’est le fun, il y a de l’ambiance. C’est pas Montréal où tout le monde connaît son hockey, mais ça monte tout le temps. Si on gagnait une coupe, ça pourrait ressembler à Tampa», précise Huberdeau.

Il n’en dira pas plus. Mais c’est certain qu’il aimerait rester avec les Panthers. 

Sauf que tout le monde sait que les agents n’ont pas beaucoup de cœur dans les négociations.

Dans le fond, les dés sont pipés. Ça va coûter 10 millions $ par année aux Panthers. Six ou sept ans. Plus, si c’est quelqu’un d’autre.

Huby Duby Doo superstar ! 

Enseigner le hockey  

«Ça fait un an que je suis célibataire et je me sens très bien dans ma peau. Je ne force rien, je vais savoir quand la femme que je vais rencontrer sera la bonne. Celle avec laquelle j’aurai le goût d’aller plus loin», dit Jonathan Huberdeau en dorlotant les bébés des trois couples d’amis installés dans sa maison pour la semaine.

Il s’est séparé il y a un an et depuis vit son statut de célibataire de superstar de la Ligue nationale de hockey dans une relative quiétude. Pas trop d’extravagances. À l’ère des réseaux sociaux, vaut mieux être prudent. 

Mais on sent qu’il a hâte de trouver le vrai amour, hâte de redonner ce qu’il a reçu. Il a appris ce qu’était l’amour pour les enfants, la générosité du cœur, l’éducation globale. Il se dit que ça va arriver en temps et lieu.

COACH UN JOUR

Il aime aussi profondément la game.

«Je sais que j’ai une très bonne vision du jeu. J’aimerais ça peut-être un jour redonner ce que j’ai appris. Enseigner à d’autres joueurs ce qu’est le bon jeu, le bon moment», dit-il.

Donc, devenir un entraîneur? Ou un adjoint?

Il se referme rapidement. Quand on n’a que 28 ans et qu’on va négocier un contrat de dizaines et de dizaines de millions de dollars, on ne parle pas encore de coaching. 

On se garde une petite gêne. Mais le message est quand même passé.


Dans le calepin

Jonathan Huberdeau était deuxième compteur de la ligue derrière les 110 points de Connor McDavid, avant les matchs d’hier. Il a marqué 30 buts, ajouté 78 passes pour 108 points et il affiche un +38 à la table des négociations.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.