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Au tour d'une conseillère financière d'abuser d'une cliente vulnérable

Joanne Iacono a tenté d’acheter au rabais la maison de sa cliente

61, av. Brock North
Photo Pierre-Paul Poulin La maison de Montréal-Ouest que la conseillère Joanne Iacono a tenté d’acheter pour 650 000 $ à une de ses clientes, alors qu’elle savait qu’elle valait plus de 900 000 $. Elle a finalement été vendue en janvier dernier à un couple pour 950 000 $.

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Une planificatrice financière qui travaillait pour le Groupe Investors a tenté de profiter d’une cliente vulnérable pour racheter sa maison à une fraction du prix afin de réaliser un profit personnel rapide.

Joanne Iacono, une ex-conseillère chez Investors, à Montréal, a offert 650 000 $ à une cliente pour acheter sa maison de Montréal-Ouest dans le cadre d’une vente privée, alors qu’elle savait pertinemment que celle-ci valait plus de 900 000 $.

Il s’agit d’une autre procédure judiciaire récente qui fait mal paraître un conseiller du Groupe Investors, une firme contrôlée par Power Corporation, vis-à-vis de clients.

Selon un jugement récent, Johanne Iacono a caché à sa cliente qu’elle avait pris connaissance d’un rapport d’évaluation indépendant qui établissait la valeur de la propriété à 902 000 $.

Elle a aussi fait pression sur elle pour conclure rapidement la vente chez un notaire.

Une recherche effectuée par la conseillère et son fils dans le secteur leur avait permis d’apprendre que les maisons dans la même rue se vendaient entre 1,1 million $ et 1,4 million $.

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Faux bail

Pour parvenir à faire baisser le prix, l’ex-conseillère d’Investors est même allée jusqu’à demander à sa cliente de payer des coûts de rénovation de la maison de 250 000 $. Elle lui a demandé de signer un addendum à l’offre d’achat spécifiant qu’elle prenait en charge le coût des rénovations, faisant baisser le prix d’un quart de million de dollars.

La banque qui devait financer la transaction a été tenue dans l’ignorance des intentions de la conseillère.

Joanne Iacono a aussi fait préparer un faux bail pour laisser croire à la banque qu’elle avait l’intention de louer sa maison et de déménager.

Son intention réelle était de faire un « flip » immobilier et d’obtenir un financement supérieur au prix total de la transaction. 

La cliente de la conseillère venait de perdre son mari et était « complètement dépassée et déprimée » au moment des faits, selon la procédure. Des proches et un représentant d’Investors seraient intervenus in extremis pour que la transaction soit bloquée.

Condamnée à payer 20 000 $

La veille de la date prévue pour la vente, un employé d’Investors aurait contacté la dame de 68 ans et lui aurait dit de ne pas se présenter chez le notaire et de plutôt retenir les services d’un avocat.

La transaction n’a finalement pas eu lieu, mais Iacono a poussé l’audace jusqu’à poursuivre sa cliente en cour pour la forcer à lui vendre sa maison. Elle a plutôt été déboutée et forcée de rembourser la moitié des frais d’avocat de la dame âgée, soit 20 853 $. 

« En dépit du fait qu’elle avait une connaissance directe de ce que la maison valait, soit 902 000 $ au prix du marché, Mme Iacono n’en a pas informé [sa cliente] et a menti », a estimé le juge Jeffrey Edwards de la Cour supérieure dans une décision rendue en 2020.

Congédiée pour un conflit d’intérêts majeur  

La conseillère financière Joanne Iacono a été congédiée de chez Investors après avoir tenté d’acheter la maison de sa cliente.

Quand IG (Investors Group) a eu vent de ses intentions, elle a été convoquée à une rencontre avec Pierre-Olivier Cloutier, un directeur régional. Ce dernier lui aurait indiqué que l’entreprise considérait sa conduite comme totalement inacceptable et violant les règles d’éthique de base des planificateurs financiers, selon un jugement de la Cour supérieure.

« Vos actions sont profondément troublantes et constituent un conflit d’intérêts majeur pour plusieurs raisons », estime-t-il dans une lettre justifiant qu’elle soit mise à la porte.

« Vous avez pris une part active dans la vente de la maison [d’une cliente] et inclus des termes et conditions [...] qui vous sont extrêmement favorables », lui reproche-t-il notamment.

L’entreprise IG a confirmé que le contrat de Mme Iacono a été résilié le 2 avril 2019. 

Pas la seule

Mme Iacono n’est toutefois pas la seule conseillère chez Investors à s’être retrouvée devant les tribunaux pour sa façon d’agir avec un client.

Notre Bureau d’enquête a rapporté plus tôt cette année que Roger Tremblay, un ex-conseiller d’Investors de la région de Québec, est dans le collimateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF). 

Il est soupçonné d’avoir profité de l’héritage d’une de ses clientes, âgée de 96 ans, pour se payer du luxe, notamment un bateau de 72 000 $ et un véhicule récréatif.

Ce conseiller aurait même manifesté son intention d’envoyer sa cliente dans un CHSLD public pour économiser, même si elle possède près d’un demi-million de dollars dans une fiducie.

Par le biais d’un courriel d’une firme de relations publiques, IG Gestion de patrimoine a indiqué qu’elle « s’efforce de placer l’intérêt de ses clients au centre de toutes ses activités, et la protection de leurs investissements est une priorité absolue ».


Vous avez de l’information au sujet d’un conseiller financier aux pratiques douteuses ? Écrivez-moi au jean-françois.cloutier@quebecormedia.com

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