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Canadian Malartic GP: le ministère a abandonné des résidents de Malartic

Le BAPE avait pourtant enjoint le gouvernement à en faire plus pour les citoyens

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Photo Agence QMI, François Munger

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Une inspectrice du ministère de l’Environnement a demandé à une résidente de Malartic d’arrêter d’envoyer des plaintes contre la mine d’or controversée qui a commis plusieurs infractions. 

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Ginette Trudel, dont la maison est à 300 mètres de la fosse de la mine à ciel ouvert de Canadian Malartic GP, s’est carrément fait dire de ne plus se plaindre. Le ministère jugeait qu’une seule des 21 plaintes qu’elle a envoyées entre 2010 et 2017 était fondée, ce que conteste Mme Trudel. 

À un courriel envoyé en 2017 dans lequel elle dénonçait un sautage bruyant avec des fortes vibrations, l’inspectrice du ministère Isabelle Labrecque lui a répondu : 

« Considérant que la très grande majorité de vos plaintes concernant les sautages étaient non fondées [...] que les opérations de sautages sont des opérations courantes et normales d’une mine, je considère que vos plaintes sont abusives et non recevables. Je vous demande donc de ne plus formuler de plaintes lorsque les sautages sont conformes et, à défaut, elles ne seront plus traitées. »

« Tout le monde se faisait dire que c’était abusif, alors à un moment donné tu te tais », déplore Mme Trudel. 

Depuis, elle envoie ses doléances à l’entreprise. 

Système de plainte « toxique »

« Ce n’est pas le ministère de l’Environnement qui va aider les citoyens. Le système de plainte est toxique, affirme le porte-parole du Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi-Témiscamingue, Marc Nantel. Quand tu fais une plainte ça va, mais après cinq ou six, ça devient toi le problème et pas la minière. Tu deviens dérangeant. » 

Sans commenter ce cas précis, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) explique qu’il y a plusieurs éléments à analyser au-delà des normes pour mesurer l’impact des activités d’une mine sur la qualité de vie des résidents.

« Pour le ministère de l’Environnement, il y a des normes et si elles sont respectées, ça finit là. Mais en santé publique, nous on dit que ça ne finit pas là », ajoute la conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) Emmanuelle Bouchard Bastien.

Québec se défend 

En réaction au dossier de notre Bureau d’enquête publié mardi dans lequel nous révélions que la mine de Malartic était l’entreprise qui cumulait le plus d’amendes environnementales en 10 ans, le ministère a réagi en soulignant les « nombreuses interventions sur le site » : inspections, suivi d’urgence, suivi de données transmises par l’exploitant, etc.

« Cet article [...] est un exemple on ne peut plus éloquent du contrôle renforcé en imposant des amendes punitives significatives », croit le ministère. 

Or, en 2016, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) constatait que plusieurs citoyens ne portaient plus plainte « parce que la démarche ne donnerait pas de résultat » et enjoignait le ministère à faire « des efforts » pour faire respecter sa réglementation.

Complètement découragés  

La cohabitation entre les résidents de Malartic et la minière Canadian Malartic GP s’est-elle améliorée ? La diminution du nombre de plaintes pourrait laisser croire que oui. Mais cela pourrait aussi traduire un état de découragement chez certains.

« Des fois, c’est juste que les gens sentent que ça ne sert à rien de se plaindre », explique la conseillère scientifique en évaluation des impacts sociaux pour l’INSPQ Emmanuelle Bouchard Bastien.

Canadian Malartic dit exploiter sa mine tout en respectant les normes.

Mme Bouchard Bastien ajoute cependant que le respect des normes ne signifie pas non plus qu’il n’y a pas de nuisance.

« Il y a souvent des entreprises qui vont se conforter de ça, elles sont fières de dire qu’elles n’ont pas eu de dépassement de normes, mais il y a quand même une population qui souffre », précise-t-elle.

Le point cette année

L’INSPQ promet d’ailleurs de publier cette année une étude sur l’impact des activités de la mine et la qualité de vie des résidents. Une première étude en 2015 concluait que certains Malarticois ressentaient des impacts psychologiques importants tels du désarroi, de la colère, de la démobilisation et une perte de confiance envers les autorités.

« Des séquelles du clivage social demeurent présentes dans la zone sud de Malartic », note un autre rapport, celui de la firme Transfert Environnement et Société réalisé pour Canadian Malartic GP en 2020. 

Mais les tensions seraient moins vives, peut-on aussi lire.

Marc Nantel, Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi-Témiscamingue
Photo courtoisie
Marc Nantel, Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi-Témiscamingue

La fosse étant maintenant plus profonde et plus loin des maisons, les travaux sont moins bruyants, souligne Marc Nantel, du Regroupement Vigilance Mines.

Tourner la page

Par ailleurs, en 2016, soit près de huit ans après les premiers rachats de résidences, la minière a finalement mis en place un « guide de cohabitation visant l’atténuation et la compensation des impacts et l’acquisition de propriétés à Malartic », ce qui a pu contribuer à diminuer les tensions.

De plus, un chapitre s’est clos en 2019, lorsque la Cour supérieure a refusé la contestation du décret gouvernemental autorisant l’agrandissement de la mine. Cette même année, une entente à l’amiable est aussi survenue dans le recours collectif visant à obtenir des dédommagements pour les nuisances à leur qualité de vie. 

« Y’a depuis eu un découragement complet. Après huit ans d’une lutte très éprouvante avec au bout de la ligne une entente hors cours, j’ai l’impression que les gens veulent juste tourner la page », de dire M. Nantel. 

« Le monde n’en parle plus. Mais ça ne veut pas dire qu’on est tous d’accord avec les agissements de la mine. Mais on ne veut pas rouvrir les blessures », explique Ginette Trudel, dont la maison est voisine de la mine.

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