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Les fins tragiques d’un autre temps

Les fins tragiques d’un autre temps
Photo Stevens Leblanc

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Pas plus tard que cette semaine, Martin Lafleur passait devant une polyvalente de la couronne nord. Il avait vu son père plus tôt, émacié, souffrant le martyre malgré la très forte médication qu’on venait de lui injecter, la voix entrecoupée de râles quand il voulait parler et il avait le cœur serré.

Il allait reconduire sa petite fille à la prématernelle...

« Puis là, j’ai vu une soixantaine de jeunes dans la cour de la polyvalente en train de vapoter ou de fumer et j’ai senti une grande colère mêlée de découragement. Mais qu’est-ce que ça va leur prendre pour que nos jeunes réalisent ce qu’ils sont en train de faire ? », disait-il hier après-midi.

Autres temps, autres mœurs, dit le dicton romain tiré des Catilinaires de Cicéron. 

LA FIN TRAGIQUE DES GRANDS

La mort de Mike Bossy, les souffrances du grand Guy Lafleur, le sort qui attend deux de mes amis dans les médias, ces foutus cancers du poumon qui tuent les plus grands et les meilleurs des hommes devraient ouvrir les yeux à la nouvelle génération qui connaît pourtant mieux.

Je suis de ceux qui ont vu Richard Garneau me vanter la Du Maurier, celle qui est si douce, à Music-Hall animé par Michelle Tisseyre. Oui, le grand Richard qui a tant fait pour le sport amateur et le jogging. Et j’ai vu Yves Létourneau vendre un paquet de Player’s en direct à Théophile Plouffe pendant la Famille Plouffe. Le commercial était intégré au célèbre téléroman et c’était parfait ainsi. Même que plusieurs docteurs conseillaient de fumer une bonne cigarette pour se calmer avant le souper. 

Et j’ai fumé mes pipes pendant quarante ans. J’ai visité des fabricants à Saint-Claude en France et les Savinelli à Milan comme je retrouvais souvent les frères Blatter à Montréal et les Paradis à Québec. Pour parler tabac anglais et aromatisé. J’ai même écrit de nombreux articles sur l’art de la pipe. En bruyère bien entendu.

La tentation sera toujours là de blâmer des fumeurs comme Lafleur, Mike Bossy ou Serge Savard. Mais revoyez la série Scoop tournée dans les années 90 et vous verrez que tous les journalistes avaient la cigarette vissée au bec dans la salle de rédaction. Une bonne game du Canadien commençait en bourrant quatre pipes. Et le gars à ma droite fumait sa cigarette pour calmer ses nerfs. 

O TEMPORA, O MORES

C’était d’autres temps, c’était d’autres mœurs. Et ça prit une bataille terrible menée par les groupes anti-tabac pour forcer les gouvernements à modifier les lois et protéger les non-fumeurs. Même qu’il m’est arrivé de protester contre les ravages faits aux grands évènements sportifs et culturels par l’abandon des commandites des fabricants de cigarettes. Tout était tabac. Les Internationaux de tennis ont été Matinée, Player’s et Du Maurier. L’écurie de Jacques Villeneuve en Indy-Cart était l’écurie Player’s. On avait les concerts Craven A et les feux d’artifice Benson and Hedges. Rappelez-vous de Marlboro en Formule 1 et du célèbre cowboy sur Times Square.

Bossy, Flower et tant d’autres étaient de cette époque. Leurs mœurs étaient celles du temps. Que leur cancer du poumon puisse être relié au tabac est une très forte probabilité. Mais on ne peut les blâmer, ils étaient de leur temps. Et des millions d’hommes et de femmes faisaient partie de leur vie en fumant avec une certaine élégance une bonne « filtre blonde ».

Sauf que Martin Lafleur a raison de s’indigner. Aujourd’hui, la preuve est faite. Comment les gouvernements nationaux peuvent-ils tolérer la situation actuelle ? Et que sait-on du vapotage ? Et si la fumée de la cigarette est si nocive, pensez-vous que les gouvernements qui vous vendent votre pot ne savent pas que vous aurez les poumons encrassés dans trente ou quarante ans ?

LE TOUR DU CANCER

Guy Lafleur est à la maison. Mardi, il a regardé la première moitié du match du Canadien contre le Wild. Pas très convaincu par le jeu du Canadien. Puis, dans la deuxième moitié du match, il s’est endormi. Martin a laissé le son de la télé en se disant que peut-être que son père allait suivre le jeu dans son sommeil. 

C’est un exploit colossal que Guy Lafleur soit encore vivant. C’est un incroyable battant. Mais il a mis fin à ses traitements et fait face à l’inévitable.

Martin Lafleur, son fils, son ami, son gérant d’affaires, est bouleversé. Il ne veut surtout pas décourager ceux qui ont encore la force de lutter contre cet ennemi de l’humanité. Mais il est évident que le cancer continue de déjouer toutes les recherches pour arriver à l’éliminer.

Je ne le citerai pas parce que ce serait impossible de résumer cette longue conversation. Mais ce n’est pas pour rien que Guy Lafleur a accepté d’être le porte-parole de la grosse compagnie pharmaceutique Merck l’automne dernier : « Se battre quand le cancer est bien installé, c’est possible. Mais il faut surtout rejoindre les gens, les convaincre de se faire dépister. Il ne faut pas avoir peur de savoir. Le dépistage précoce est encore la meilleure arme », de dire Martin.

Après notre conversation, j’ai fait le tour de mes amis docteurs. Le Bon Dieu est bon, j’en ai une joyeuse dizaine aux quatre coins du Québec. 

Vous voulez savoir, en Outaouais, j’ai appris qu’il y avait une recrudescence inquiétante du cancer du sein dans certaines cliniques. Les statistiques officielles vont peut-être le confirmer, mais dans leurs cabinets, les médecins sont sidérés.

Même situation au Saguenay–Lac-Saint-Jean. C’est peut-être la génétique, l’utilisation par les ados de la pilule, le stress de la pandémie, le confinement qui a mené trop de personnes au surplus de poids, mais les femmes sont frappées de plein fouet. Et chez les hommes, ce n’est pas mieux. En plus, trop d’examens et de traitements ont été retardés.

Deux ans de COVID, c’est bien. Mais c’est plus que le temps que l’on se rappelle que le grand tueur n’a jamais ralenti ses attaques. COVID ou pas COVID. 

Le temps de rappeler aux Québécois qu’il y a autre chose que le dépistage de la COVID. Et qu’il faut prier Dieu que les grandes pharmaceutiques qui ont engrangé des milliards de profits avec leurs vaccins n’aient pas oublié que le cancer n’attend pas leur retour de la banque.

C’est un Lafleur qui le dit...

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