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Le dernier du trio de nos «Saints» sur patins

Tapis bleu Canadien
Photo d’archives Photographié ici en 2014 du côté de Valleyfield, Guy Lafleur aura même eu un impact en politique.

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Dire que les réactions à la mort de Guy Lafleur, depuis hier, sont intenses est un euphémisme.

Tous les membres de la classe politique ont tenu à rendre hommage au Démon blond.

Au premier chef, François Legault : « Le numéro 10 va être dans notre mémoire collective à jamais ».

Il serait surprenant que les funérailles ne soient pas nationales. Et déjà, le premier ministre a parlé d’honorer Lafleur dans la toponymie.

Trio de saints

Je peux imaginer des observateurs à l’extérieur du Québec se gratter la tête devant cette gigantesque vague d’émotion et ce deuil « national ».

Le hockey fut plus qu’un sport chez nous, il a charrié quelque chose de religieux ; comme l’a déjà théorisé le théologien Olivier Bauer.

Or Lafleur formait, avec Maurice Richard et Jean Béliveau, une sorte de trio de Saints québécois.

Des trois, Maurice Richard, patriote quasi muet, est un saint martyr. Le plus politique aussi, malgré lui, car les Québécois ont projeté en lui leur désir de revanche et d’émancipation. Dans son célèbre éditorial du Devoir, On a tué mon frère Richard, en 1955, André Laurendeau parla du « peuple frustré » qui déclenche une émeute pour l’impétueux joueur.

Jean Béliveau, lui, fut une figure rationnelle. Joueur gentleman qui ne se battait pas, il se retira en pleine gloire et fut « synonyme de succès » (comme l’a déjà souligné Bauer, d’ailleurs) de la Révolution tranquille. Engagé à fond auprès de la communauté, nulle surprise qu’on l’ait pressenti pour le poste de gouverneur général du Dominion !

L’artiste

Que représente Lafleur, politiquement ? Hier matin au téléphone, Benoît Melançon (prof de littérature à l’UdeM qui s’est penché avec sagacité sur le phénomène Maurice Richard) sembla un peu embêté par la question.

Mais assez vite, il suggéra : « C’est l’artiste ». (Qualificatif utilisé aussi par F. Legault en après-midi.) Le Lafleur aux longs favoris des Remparts et celui, avec le Canadien, qui joua sans casque, crinière au vent, avait les airs d’une contre-culture bien de cette époque. Et « le Démon blond n’a pas toujours été un ange » (Louis Hamelin dans Le Devoir, hier).

Chose unique : Lafleur eut, au hockey, deux incarnations : une rouge canadienne, une bleue fleurdelisée. Dans les deux, il nous fit « gagner », a insisté Legault, hier.

Politiquement, il ne s’engagea qu’une fois explicitement : pour le Oui à l’Accord de Charlottetown, en 1992. Il craignait qu’un Non aide le projet souverainiste.

Lors d’une entrevue, toutefois, en début de campagne, il révèle son ignorance quant au sens du concept de « droit de veto », aspect clé de l’entente qu’il défend. Dans le camp du Non, Lucien Bouchard et Mario Dumont, entre autres, s’en moquent. Et 25 jours avant le vote, Lafleur annonce sa retraite... de la politique : « Ça joue pas mal plus dur là-dedans qu’au hockey ! »

Au reste, si son décès nous semble aussi douloureux, c’est peut-être aussi qu’il marque la fin d’une ère du hockey. Avant les joueurs robots à la forme physique obsessive, avant les millionnaires de l’« industrie ». Une ère où nos Saints nationaux portaient des patins !


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