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Noémie dit oui: un film pour dénoncer la prostitution

Kelly Depeault 
Photo courtoisie Kelly Depeault dans une scène du film Noémie dit oui.

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Kelly Depeault a été secouée en lisant le scénario de Noémie dit oui, le premier long métrage de fiction de la réalisatrice Geneviève Albert, qui explore la question de la prostitution juvénile. Même si le sujet l’a « dégoûtée », l’actrice de 19 ans a tenu à défendre le rôle principal du film parce qu’elle était portée par le désir de dénoncer ce fléau.

Kelly Depeault ne s’en cache pas : elle a d’abord voulu refuser de jouer le personnage principal de Noémie dit oui. Choquée et attristée par la lecture du scénario du film, l’actrice a tout de même accepté d’aller prendre un café avec la réalisatrice, Geneviève Albert. 

« Geneviève m’a expliqué sa vision et m’a dit que dans les scènes de prostitution, elle voulait mettre l’accent sur les clients et non sur mon corps. Ça m’a aidée à dire oui », confie Kelly Depeault en entrevue au Journal.

« Même si mon personnage est agressé, je ne me suis pas sentie exposée dans le film. En mettant l’accent sur les hommes [qui ont recours à la prostitution], le film dénonce cet acte horrible et dégueulasse. C’est important de montrer le client, parce que c’est souvent lui qui provoque les séquelles. Je pense que c’est un film important et nécessaire. »

La Noémie campée par Kelly Depeault dans le film ne l’a pas eue facile. À 15 ans, elle vit dans un centre jeunesse depuis trois ans en espérant pouvoir retourner habiter avec sa mère. 

Malheureusement, les espoirs de Noémie sont brisés le jour où sa mère admet devant une juge en cour qu’elle ne se sent pas capable reprendre sa fille chez elle. Démolie, Noémie s’enfuit du centre jeunesse pour aller rejoindre son amie Léa (Emi Chicoine), une ancienne du centre. En frayant avec les nouveaux amis de Léa, Noémie tombera dans les bras de Zach (James Edward Métayer), un jeune proxénète charismatique qui utilisera son charme pour la convaincre de travailler comme prostituée pendant la fin de semaine du Grand Prix de F1.

Kelly Depeault s’est fait offrir le rôle principal de Noémie dit oui sans passer d’audition. La réalisatrice Geneviève Albert a notamment été convaincue par la performance de la jeune actrice dans La déesse des mouches à feu, le plus récent film d’Anaïs Barbeau-Lavalette, sorti l’an passé. 

« Quand j’ai vu Kelly, je ne pouvais envisager personne d’autre pour jouer ce rôle-là, affirme Geneviève Albert. Kelly est une jeune actrice qui a un talent surprenant, brut et immense. Pour moi, c’est la Théodore Pellerin au féminin. Elle a un talent inouï, une présence très forte à l’écran et une grande justesse dans son jeu. C’est un cœur ouvert à l’écran. Elle a vraiment relevé le défi haut la main en portant le film de tout son cœur et son intelligence. »

Ouvrir la discussion

Geneviève Albert a commencé à plancher sur le scénario de Noémie dit oui il y a déjà sept ans. Au départ, elle souhaitait tourner un film sur la vie dans les centres jeunesse. Mais en faisant un stage de quelques mois dans un centre, elle a entendu plusieurs histoires de jeunes filles se faisant recruter à l’adolescence par des proxénètes. 

« Je me suis dit : ben voyons donc ! Puis, en faisant des recherches sur le sujet, j’ai appris que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution au Canada était de 14 ou 15 ans, poursuit-elle. J’ai donc décidé d’orienter mon film sur ce problème en espérant que les gens soient touchés, bouleversés et choqués par cette histoire, que ça ouvre la discussion sur la prostitution dans notre société. »

Les scènes délicates et déchirantes dans lesquelles Noémie reçoit une douzaine de clients par jour ont été tournées pendant cinq jours dans une chambre d’hôtel de Montréal, sous la supervision d’une coordonnatrice d’intimité. Geneviève Albert a voulu filmer ces scènes de façon réaliste sans tomber dans la pornographie ou le sensationnalisme. Aussi, comme elle l’avait promis à Kelly Depeault, la réalisatrice a mis l’accent sur les clients.

« J’ai voulu tourner ma caméra vers les clients parce qu’ils sont les grands invisibles de la prostitution, insiste Geneviève Albert. On ne sait pas qui ils sont. Alors que les prostituées, on en parle, et on parle de leurs parcours. Mais les clients, qui sont-ils ? Pourtant, s’il n’y avait pas de clients, il n’y aurait pas de prostitution. Je me suis dit que dans mon film, j’allais les faire exister, et qu’ils allaient avoir un visage, de la chair et de la sueur. »


♦ Noémie dit oui prend l’affiche le 29 avril.

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