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Chirurgie esthétique: des clients «botchés» toutes les semaines

Une infirmière spécialisée en injections déplore le manque de surveillance

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«Chaque semaine je vois des clients qui sont “botchés” par des esthéticiennes ici à Montréal», dénonce l’infirmière injectrice Mirna Saadé, qui déplore le manque de surveillance dans le domaine esthétique.  

La porte-parole du Regroupement des infirmières injectrices en esthétique du Québec et propriétaire de la clinique Main D’or déplore que comme la médecine illégale est du ressort du Collège des médecins (CMQ), la police ne peut pas intervenir, même si elle estime que des vies sont parfois en danger.  

«Ces clientes-là, s’il arrive quelque chose, elles vont tomber dans le système santé public», souligne-t-elle.  

C’est notamment le cas de deux femmes qui ont contracté une grave bactérie et qui ont nécessité des mois de traitements antibiotiques.  

Les enquêtes du CMQ prennent aussi de longs mois avant d’aboutir, poursuit Mme Saadé. «La fin de semaine, tu appelles qui? La police n’intervient pas», déplore-t-elle aussi, ajoutant qu’elle connaît plusieurs esthéticiennes injectant illégalement de la maison, par exemple. 

Juste une amende

Et les rares contrevenants qui se font pincés ne reçoivent qu’une amende. Or, Mme Saadé souligne qu’une infirmière comme elle qui agirait en dehors des règles risque de perdre son permis d’exercice, l’empêchant ainsi de travailler, ce qui est beaucoup plus sévère qu’une amende.  

« On ne peut que regarder ça et en rire, il y a une injustice totale dans le dossier. Ça nous écoeure », souffle-t-elle. Une infirmière ne peut pas faire des injections sans qu’un patient ait été vu par un médecin.  

Extrêmement lucratif

Selon elle, les amendes ne suffisent pas à décourager ceux qui voudraient faire des injections, car c’est extrêmement lucratif. Mme Saadé dit que sa clientèle a doublé depuis la pandémie, avec des délais allant jusqu’à trois mois pour un rendez-vous.  

« C’est un problème », reconnaît pour sa part, le président du CMQ, Dr Mauril Gaudreault, à propos des récidivistes de l’exercice illégal de la médecine.  

Par ailleurs, ce dernier remarque une forte hausse des plaintes dans le domaine des soins esthétique. Un phénomène inquiétant selon le président du CMQ, dont la mission est la protection du public. « Il faut enquêter et faire ça comme il faut pour bien faire les choses [...] ça peut prendre X mois », poursuit-il, admettant qu’il s’écoule en moyenne une année entre l’enquête et le début d’un procès.  

Ces dernières années, le montant des amendes données en esthétique s’approchait en moyenne du 5000 $. 

Des bosses tenaces sur les lèvres   

Photo Adobe Stock

Une femme qui voulait des lèvres plus gonflées s’est retrouvée avec des bosses inégales qui perdurent plus d’un an après des injections faites illégalement par une esthéticienne.  

«Je ne veux même pas savoir c’est quoi [le produit injecté dans mes lèvres] ça va trop m’inquiéter», confie Zohra Zenasni, âgée de 20 ans.  

Sur un coup de tête, la jeune femme a eu envie de lèvres plus gonflées. Sur les réseaux sociaux, elle a trouvé l’annonce d’une esthéticienne qui en faisait la promotion. Après trois rendez-vous, elle n’en peut plus de la douleur et des bosses qui apparaissent sur ses lèvres, même si on lui assurait que c’était normal et ça passerait.  

Elle n’arrivait plus à toucher ses lèvres tant la douleur était intense, dit-elle.  

Elle n’avait alors « aucune idée » que ces injections étaient réservées à des professionnels. Habituellement, de l’acide hyaluronique est injecté dans les lèvres pour les rendre plus pulpeuses.  

Rien à faire

Il existe des produits dissolvants si une personne souhaite retrouver ses lèvres d’avant. Sur Mme Zenasni, rien n'a dissout les bosses.  

«Ça m’a vraiment appris une leçon», dit-elle, ajoutant qu’elle ne consulte désormais que des professionnels. Elle se désole cependant que les contrevenants ne s’exposent qu’à des amendes. «Ça ne freine pas les gens», souffle-t-elle.  

Produits douteux

Cette triste situation n’étonne pas la porte-parole du Regroupement des infirmières injectrices en esthétique du Québec et propriétaire d’une clinique, Mirna Saadé.  

Elle s’inquiète énormément de la provenance des produits utilisés illégalement par les esthéticiennes.  

Au Québec, les cliniques comme la sienne ont besoin d’un médecin pour prescrire les injections, dit-elle. Et une compagnie pharmaceutique ne peut vendre qu’à un médecin.  

Mme Saadé estime que les esthéticiennes qui font des injections risquent ainsi de se procurer leurs produits en ligne, venant surtout de l’étranger. «Ça rend la concurrence déloyale», ajoute-t-elle, car sa clinique doit non seulement acheter des produits d’un fournisseur légitime, en plus de payer pour un médecin, qui doit voir chaque cliente depuis de nouvelles règles en 2017. 

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