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Le peuple a honoré Lafleur, pas le CH !

Bruins vs Canadiens
Photo Martin Chevalier Les spectateurs présents au Centre Bell, dimanche, ont offert une ovation de plus de neuf minutes à Guy Lafleur.

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Résumons bien la célébration en l’honneur de Guy Lafleur au Centre Bell dimanche soir.

  • C’est le peuple qui a honoré Guy Lafleur. C’est le peuple qui a fait lever la fête. C’est le peuple qui a provoqué les frissons. En clamant son amour inconditionnel. 
  • Encore bien plus, oui, le Canadien a tenté de rendre hommage à un grand disparu, mais c’est Guy Lafleur qui a vraiment célébré le Canadien en rappelant qu’il fallait passer le flambeau pour que la grande institution redevienne ce qu’elle a déjà été. 
  • Comme tout au long de sa carrière, c’est Guy Lafleur qui a donné au Canadien. Des buts, des championnats, des coupes Stanley, de la gloire et des dizaines de millions en billets et en publicité vendus. Ç’a pris l’arrivée d’une femme, France Margaret Bélanger, pour que les choses commencent à changer.

UNE SOBRIÉTÉ QUI S’IMPOSAIT

Un chroniqueur spécialisé dans les grandes cérémonies de célébration (ça doit exister au London Times ou au Monde) aurait souligné la sobriété de la cérémonie de dimanche avant le match contre les Bruins.

J’emploie le mot « sobriété » pour ne pas parler de pauvreté. Mais, dans le fond, il n’y avait pas beaucoup d’autres moyens d’aborder ces moments d’émotions.

Le scénario et la mise en scène se sont limités à deux chansons aimées et choisies par Guy, et par un court vidéo. 

Mais ce faisant, on a donné de la place à l’improvisation. À l’émotion réelle des amateurs dans le Centre Bell. Et quand l’émotion a pris le dessus sur le ton solennel de Michel Lacroix, c’est là que les frissons ont envahi la foule et les téléspectateurs. 

Encore une fois, le Démon blond a sauvé le show pour le Canadien. Les chants, les cris et les applaudissements ont transformé une présentation un peu terne en une fête d’amour. Le peuple pour un des siens. Fut-il auréolé d’une gloire qui va traverser l’histoire.

DEUX JOURS POUR RÉAGIR

Quand on a fermé le Forum avec Denis Bouchard comme metteur en scène, on avait du temps. J’ai commencé à travailler sur le scénario trois mois avant la date prévue en mars. Jack Todd, mon surdoué confrère, avait préparé l’adaptation anglaise de certaines parties. Et Denis Bouchard, l’après-midi même de la fermeture, avait procédé à une ultime répétition générale en se servant des placiers et placières du Forum pour jouer le rôle du Rocket, de Dickie Moore et des autres grands qui seraient honorés dans la soirée. 

Cette fois, le Canadien ne pouvait pas aller trop vite et trop loin. Que se serait-il passé si une fuite quelconque avait fait savoir à la population que le département de marketing du CH planchait sur un scénario de cérémonie un mois avant la mort de Flower ? 

Même si dans les faits, Radio-Canada, La Presse, Le Journal, LCN et les autres grands médias préparaient déjà des émissions spéciales et des reportages mis en page à l’avance depuis des semaines et des mois.

Le Canadien ne jouissait pas de pareille latitude. 

C’est pourquoi il a fallu improviser sur le tas et que la seule répétition de la cérémonie a eu lieu dans une salle du Centre Bell dimanche après-midi.

LES JOUEURS INDIFFÉRENTS

Les anciens du Canadien, assis derrière le banc, avaient les larmes aux yeux. Des milliers de fans pleuraient. Des centaines de milliers d’autres étaient étreints par l’émotion devant leur téléviseur. 

Les seuls qui semblaient ne rien comprendre à ce qui se passait portaient un uniforme des Glorieux. Comme seulement une petite minorité d’entre eux comprend le français, ils n’ont pas saisi le vrai message lancé par le légendaire Flower. Passer le flambeau, le recevoir et le porter bien haut.

Quand t’es 32e sur 32, c’est quand même gênant.

Mais ce n’est pas seulement de leur faute s’ils ont semblé indifférents et un peu abrutis. 

Depuis 10 ans, Marc Bergevin, sans doute avec la bénédiction ou le laxisme de Geoff Molson, a tout fait pour éloigner les anciens de ses plombiers. Des Gilbert Delorme, des Yvan Cournoyer, des Yvon Lambert ont été séparés des riches joueurs actuels par de lourds rideaux noirs dans le Centre Bell. 

Et même lors du tournoi de golf, on s’arrangeait pour encadrer les joueurs, pour les mettre à l’abri des anciens. Tout d’un coup...

Ouais. Tout d’un coup qu’ils apprendraient ce que devrait être l’honneur de porter le chandail du Canadien et de reprendre le flambeau des Flying Frenchmen

LES PLEURS D’UNE PRÉSIDENTE

Il y a de l’espoir. Il y a quelques semaines, Geoff Molson, président du Canadien, et France Margaret Bélanger, présidente du Groupe CH, sont allés visiter Guy Lafleur à la maison. 

Ils ont jasé pendant une bonne heure. 

Quand est venu le temps de quitter la maison, Lafleur s’est levé et a marché lentement jusqu’à la porte de son domicile. En s’arrangeant pour qu’on apporte deux caisses de son gin no 10 pour la visite.

« Voyons donc, c’est pas nécessaire », a lancé Mme Bélanger.

Flower n’a pas répliqué et a souri gentiment. Puis, il a pris France Margaret par les mains et l’a attirée vers lui. Les deux se sont donné un gros câlin, un câlin qui est devenu une étreinte d’amitié et de chaleur...

Un câlin qui a profondément bouleversé cette femme d’affaires qui peut être coriace. Très coriace.

Hier, France Margaret Bélanger n’était pas capable de raconter sa visite sans se mettre à pleurer...

Elle, elle a compris.

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