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Une longue route vers la vérité

Jean Pascal
Photo courtoisie, Julie Bertrand Du haut de la terrasse de son édifice, Jean Pascal a une vue imprenable sur la mer.

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MIAMI BEACH | « Qu’est-ce que la vérité ? » demande le préfet romain Ponce Pilate à Jésus avant de le renvoyer aux grands prêtres juifs et à la mise à la mort.  

Dans les Évangiles, c’est une rare question laissée sans réponse par Jésus. Ceux qui ont écrit l’histoire passent directement aux soldats qui repartent avec lui. 

J’étais avec Jean Pascal à Miami Beach et c’est évident qu’il parcourt une longue route vers la vérité. Mais quelle vérité ? Celle du boxeur qui, à 39 ans, va affronter le Chinois Fanlong Meng, numéro un IBF et toujours invaincu ? Ou la vérité de l’homme qui tente de pousser toujours plus loin une éternelle soif de briller devant la planète boxe ?

Ou l’autre vérité, celle qu’il raconte en montrant les documents et les analyses de son sang gardés dans son portable, qui, selon lui, étayent la preuve d’une contamination, quand il tente d’expliquer l’inexplicable ? Pourquoi et comment un boxeur, un des plus testés dans l’histoire de la boxe au pays, a-t-il pu se faire coincer de cette façon à Porto Rico avant un combat de 2 millions $ contre Badou Jack ?

Alors qu’il avait en plus une garantie de 3,8 millions $ pour un combat s’il gagnait contre Jack. Devenait-il trop onéreux pour le promoteur Floyd Mayweather ? Fallait-il se débarrasser de lui ?

Toutes ces facettes de la vérité, du boxeur, de l’homme, du déclaré positif, toutes n’ont qu’une réponse. Et c’est Jean Pascal qui la connaît. Juste lui. Au plus profond de qui il est.

Et rien ne garantit même qu’il veuille la voir et l’entendre. Ou qu’il en soit capable.

Socrate l’a dit : on passe sa vie à viser un seul objectif. Se connaître soi-même.

MUHAMMAD ALI AVENUE

Mais il n’y a pas que la philosophie. Il y a l’entraînement. Dur, ardu et souffrant. Ça se passe au Miami Beach Gym, sur un tronçon de Washington Avenue au coin de la 5e. À quelques centaines de mètres à peine du célébrissime Fifth Avenue Gym d’Angelo Dundee. Là où s’entraînait Muhammad Ali, là où ça sentait la sueur, la pisse et le camphre, et là où les murs étaient tapissés avec des pages de journaux jaunies racontant la gloire du gym. Le plus célèbre avec le Gleason’s à New York. 

Une  section de Washington Avenue­­­ a été rebaptisée Muhammad Ali Avenue.
Photo courtoisie, Julie Bertrand
Une section de Washington Avenue­­­ a été rebaptisée Muhammad Ali Avenue.

Aujourd’hui, au deuxième du Miami Beach Gym, c’est une statue de Muhammad Ali qui nous attend. Seul souvenir, tout le reste est moderne. Encombré, mais moderne. 

La statue de Muhammad Ali rappelle que le Miami Beach Gym est installé à quelques mètres de l’ancien gym mythique d’Angelo Dundee.
Photo courtoisie, Julie Bertrand
La statue de Muhammad Ali rappelle que le Miami Beach Gym est installé à quelques mètres de l’ancien gym mythique d’Angelo Dundee.

Jean Pascal est justement en train de compléter des rounds de sparring. Avec Rami Hamed, un grand gaucher qui a un peu le style de Lucian Bute. Il est là pour préparer Jean Pascal à la portée et à la gauche de Fanlong Meng. Une gauche précise et sèche. 

Pascal se débrouille bien. Il est mince. À quelques livres de son poids pour la pesée. À l’œil, on ne réalise pas qu’il a perdu un peu de sa vitesse. À 39 ans, c’est normal. Mais c’est lui qui le dit.

« J’ai perdu de la vitesse. Je m’en rends compte. Je vais devoir ajuster mon style pour le combat. Je travaille fort pour y arriver », dit-il en changeant de gants pour aller taper sur les sacs.

UN COACH NOMMÉ ORLANDO CUELLAR

Jean Pascal a des défauts. Guy Lafleur en avait. Mais on ne l’accusera pas de manquer de courage. Il était champion du monde, pour la deuxième fois, combat millionnaire contre Jack à la clé et avec une victoire, une chance de gagner 10 millions $ contre Canelo Alvarez. C’est Dmitry Bivol, bien plus dangereux, qui va faire la passe à Vegas contre Canelo. La catastrophe de Porto Rico est épouvantable. Presque démesurée. 

Et le voilà dans un gym de Miami avec un nouveau coach. Orlando Cuellar, qui, heureusement, est un bon entraîneur. On l’a vu à Québec dans le coin de Glen Johnson quand il est venu affronter Lucian Bute. Il a dirigé 26 boxeurs engagés dans des combats de championnat du monde et il est membre du Temple de la renommée depuis 2019. 

Si Cuellar est là, c’est que Stéphan Larouche s’est poussé de Jean Pascal comme il l’avait fait avec Lucian Bute après son histoire de contamination à l’ostarine. Justement contre Badou Jack, une promotion de Mayweather. Que le hasard fait bien les choses.

« C’est du Stéphan Larouche. Je n’ai pas été surpris. Il l’avait fait avec Lucien Bute », se contente de dire Pascal.

Mais Cuellar a quelque chose de bon pour Pascal. C’est un homme joyeux, rieur, qui aimait Jean Pascal depuis longtemps.

« Quand il m’a offert d’être son entraîneur, j’ai tout de suite accepté. Hé, Jean Pascal ! Il est sérieux, il est travailleur, il a énormément d’expérience, c’est un rêve pour un coach », dit-il avant même qu’on pose une question.

Jean Pascal avec Orlando Cuellar, son nouvel entraîneur.
Photo courtoisie, Julie Bertrand
Jean Pascal avec Orlando Cuellar, son nouvel entraîneur.

Mais quand même. Quand on pense à la connexion presque fraternelle avec Marc Ramsay et la complicité avec Stéphan Larouche, on sent bien la solitude de Jean Pascal dans son chic condo de Miami Beach.

Parce que l’ancien champion est seul pour se relever. Pour se rendre au ring. Pour retrouver sa crédibilité.

UNE PROFONDE DÉPRESSION

En cassant la croûte, il raconte la profonde dépression dans laquelle il a été plongé par l’annonce qu’il avait été déclaré positif à des produits dopants.

« Je n’arrivais pas à le croire. J’étais assommé, j’étais tellement traumatisé. Je me retrouvais devant plus rien. Et ce qui a fait le plus mal, c’est de perdre ma crédibilité. Ma réputation. D’avoir honte. Ç’a été l’horreur », raconte-t-il sobrement.

Il a tenté de s’étourdir en faisant le party à Miami en rentrant de Porto Rico. Mais le soir, il finissait toujours par se retrouver seul devant son miroir.

Il est revenu à sa belle maison de Lorraine qu’il partage avec sa grande fille Angel, qui a maintenant 19 ans. Et là, il a planté. Direct au fond. 

« Six mois. Pas d’entraînement, plus le goût de voir du monde. Plus rien. Le néant. C’est atroce. Mais il y avait Angel. Je voulais qu’elle voie son père capable de se relever. Et puis, t’as beau avoir toute l’aide du monde, arrive un moment où faut bien que tu te bottes le cul. Montrer à sa fille que même si tu tombes, tu dois être capable de te relever », dit-il en picossant dans une salade César. 

Mais où aller en se relevant ? 

LE TRACK FIT ET COACH ELYO

Il s’est retrouvé au Track Fit, le gym de Coach Elyo, de son vrai nom El Mostafa Lyousfi. Il a été accueilli comme l’ancien double champion du monde qu’il restait malgré la catastrophe et la dépression. 

Et lui qui a toujours carburé aux obstacles, qu’ils s’appellent Sergey Kovalev, Carl Froch, Bernard Hopkins, Marcus Brown, tous les meilleurs au monde, il s’est arrangé pour se trouver un immense obstacle à franchir dans le temps et dans le sport. Les dieux de la boxe, avec l’aide de Greg Leon, son gérant d’affaires, et d’un promoteur de PBC d’Al Haymon, lui ont offert Meng. Aspirant numéro un à la couronne d’Artur Beterbiev que Meng devait affronter au Centre Vidéotron quand la pandémie a fait basculer l’Amérique et le monde. 

Meng ne vendrait pas 100 billets, Jean Pascal a toujours été une extraordinaire attraction. Ça explique pourquoi les dieux l’ont choisi.

Idem pour ProBox TV, la nouvelle plateforme spécialisée en boxe. Jean Pascal sera la première tête d’affiche du nouveau réseau numérique. L’abonnement coûte 1,99 $ US par mois ou 18 $ US par année. La compagnie a été fondée par Gary Jonas, homme d’affaires né à Saint-Henri.

Et là, il se retrouve à un mois du combat. Trois semaines d’entraînement et une de récupération. Sans Ramsay. Sans Larouche.

– T’as pas peur au combat de trop ?

– Le combat de trop, je vais le sentir à l’entraînement.

UN MILLION POUR DIX SEMAINES

Après le lunch, on est montés à la terrasse du Marriott. Tout en haut des étages.

La vue sur les yachts dans le port de Miami Beach était imprenable. 

Je ne parlais pas. C’est lui qui s’est trouvé à répondre à la dernière question sur le combat de trop.

En montrant l’eau, la mer, les quais, les bateaux devant lui. À ses pieds. 

« Connais-tu d’autres moyens de gagner 1 ou 2 millions $ en huit à 10 semaines d’entraînement ? »

Ça doit faire partie de la route vers la vérité.

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