Un député retire de Twitter un poème pour Pacifique
Frantz Benjamin du PLQ avait rendu hommage à Niyokwizera en février
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Le député libéral Frantz Benjamin a retiré un tweet dans lequel il livrait un poème en hommage à Pacifique Niyokwizera, ce jeune homme de 18 ans arrêté mercredi pour contacts sexuels sur une mineure et agression sexuelle.
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Le gazouillis renvoyait à un extrait d’une intervention faite par le député de Viau à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une motion présentée pour le Mois de l’histoire des Noirs, en février dernier.
D’origine haïtienne, Frantz Benjamin s’était alors levé au Salon bleu pour partager un texte qu’il avait lui-même écrit, « pour donner espoir à tous les jeunes Noirs du Québec » qui espèrent évoluer dans un Québec plus inclusif et exempt de racisme.
« Pacifique n’est pas un nom de révolte. Pacifique n’est pas un nom d’agitateur. Pacifique n’est même pas le nom d’un vandale ou d’un pyromane [...] Pacifique est le nom d’un rêve perché à Limoilou », avait alors récité le libéral.
Tous les députés de l’Assemblée nationale présents avaient chaudement ovationné le poète, à la fin de son allocution.
Arrêté mercredi
Rappelons que Pacifique Niyokwizera avait dénoncé la brutalité policière dont il se disait victime, après avoir subi une arrestation musclée par des policiers en novembre 2021.
Notre Bureau d’enquête a toutefois appris que le jeune homme noir de 18 ans a été arrêté mercredi matin. Il a été relâché sous promesse de comparaître.
Messages agressifs
Joint par téléphone, le député libéral affirme avoir décidé de retirer ce tweet après que des trolls lui eurent envoyé des « messages agressifs » au cours des derniers jours.
« Par sagesse, je l’enlève. Mais ça n’enlève rien à mon propos, à ce poème-là », a commenté Frantz Benjamin.
Il précise que sa prose n’était pas destinée à faire « l’apologie de Pacifique », mais bien à dénoncer le profilage racial dont certains jeunes racisés sont victimes. Il rappelle que son allocution a été faite dans les semaines suivant la diffusion des images de l’arrestation musclée subie par Pacifique Niyokwizera, qui avaient choqué des élus.
« Il n’y a aucun lien à faire entre le texte où je parlais de la brutalité policière, du profilage, et la criminalité. Agresser quelqu’un, c’est un crime. Et pour moi, agresser un mineur, c’est un double crime », a-t-il fait savoir, ajoutant que la justice doit suivre son cours dans le dossier de Pacifique Niyokwizera.
Le poème récité à l’Assemblée nationale
« Pacifique n’est pas un nom de révolte
Pacifique n’est pas un nom d’agitateur
Pacifique n’est même pas le nom d’un vandale ou d’un pyromane
Ce n’est pas non plus un nom de tamtam pour jouer à la matraque
Pacifique est le nom d’un rêve perché à Limoilou
Pacifique n’est pas un nom qui devrait avoir peur de marcher la nuit dans les rues de Québec
Pacifique est le visage d’un fils, d’un frère ou d’un voisin
Pacifique le visage enneigé sous les bottes
Pacifique le regard ensanglanté d’un jeune homme qui ne désespère pas de vivre
Pacifique à l’endroit de tous ces endroits où nous rêvons de pouvoir être Noirs et beaux. »