/weekend
Navigation

Démons intérieurs

L'inhumain
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Avec L’Inhumain, le réalisateur Jason Brennan et l’acteur Samian revisitent la légende algonquienne du Wendigo pour concocter un suspense psychologique qui flirte avec l’horreur. Le Journal a discuté avec eux.

• À lire aussi: Cinq films à voir

• À lire aussi: «On est rendu là!»

Quand Jason Brennan a contacté Samian pour lui parler de son projet de film basé sur la légende du Wendigo, l’acteur et rappeur anichinabé a d’abord été emballé par l’idée. Puis, plusieurs questions lui ont traversé la tête. Verra-t-on la bête dans le film ? Ou prendra-t-elle plutôt la forme d’un esprit ? 

« Je pense que Jason [Brennan] a eu beaucoup d’audace de dire dès le début qu’on va faire le film et qu’on allait montrer la bête, affirme Samian en entrevue au Journal.

Au début, je me suis quand même demandé dans quoi on s’embarquait. Mais son scénario était vraiment bon et à partir de là, je me suis vraiment appuyé sur lui et je lui ai fait confiance à 100 %. Puis, quand j’ai su qu’il avait eu le soutien du Fonds MELS [une aide financière qui peut notamment être utilisée pour la création d’effets visuels], j’ai été encore plus rassuré. Je me suis dit que ça ne serait pas de la série B et que ça serait très sérieux. »

Dans L’Inhumain, Samian se glisse dans la peau de Mathieu, un neurochirurgien à la dérive qui vient de se faire laisser par sa conjointe et de se faire suspendre par son employeur à cause, notamment, d’un problème de dépendance aux narcotiques. Le décès de son père le forcera à retourner chez lui en territoire anichinabé pour répandre ses cendres sur ses terres ancestrales. Mais dans la forêt, il sera pris en chasse par une terrifiante créature maléfique, le Wendigo.

Chercher les failles

Même si le Wendigo a souvent été à l’écran comme une bête cannibale qui effraie les enfants, Jason Brennan rappelle que l’histoire de cette créature autochtone se veut d’abord et avant tout une leçon sur les risques néfastes du matérialisme et de l’avarice. 

« Le Wendigo, c’est une vieille légende que j’entends depuis que je suis tout jeune, confie Jason Brennan qui est issu de la communauté de la réserve algonquine de Kitigan Zibi, dans la Vallée-de-la-Gatineau, en Outaouais.

Samian dans le film L’Inhumain.
Photo courtoisie
Samian dans le film L’Inhumain.

C’est le genre d’histoire qu’on se racontait entre cousins et cousines l’été pour se faire peur. Mais à force d’en parler avec des aînés, j’ai découvert le symbolisme qu’il y avait derrière cela. Dans la culture autochtone, on utilise souvent des métaphores pour exprimer des messages. Dans le récit du Wendigo, il y a beaucoup de leçons de vie et de parallèles avec la société d’aujourd’hui. On peut y voir des références à certains vices, mais aussi à la perte de culture, d’identité et au risque d’une certaine assimilation. » 

« Le Wendigo, ça va toujours jouer avec des démons, ajoute Samian. C’est quelque chose qui va chercher les failles de l’être humain. C’est ça que je trouve intéressant avec mon personnage dans le film. Il est troublé et il essaye de s’en échapper à travers la médication et l’infidélité et c’est dans ces faiblesses que la bête va le chercher. »

L’Inhumain s’inscrit dans la lignée de récents films de genre réalisés par des jeunes cinéastes autochtones canadiens et québécois. On pense notamment au film de zombies Blood Quantum du cinéaste micmac Jeff Barnaby ou encore au thriller de science-fiction Night Raiders de la réalisatrice crie-métisse Danis Goulet. 

Cette nouvelle vague de cinéma autochtone enchante Samian au plus haut point. 

« Je trouve ça hallucinant en plus de voir que ces films sont réalisés, produits et joués par des autochtones, se réjouit-il. Ça fait toute une énorme différence. J’ai l’impression que ça va donner le goût à une nouvelle génération de cinéastes autochtones de tenter leur chance en voyant que ce qui était impossible à une certaine époque est devenu possible aujourd’hui. Il y a tellement de potentiel et c’est tellement inspirant de voir ce qu’on réussit à faire aujourd’hui. Un film comme L’Inhumain a vraiment sa place dans notre cinéma. » 


L’Inhumain, à l’affiche depuis vendredi.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.