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Les racines québécoises d’Avril Lavigne

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Photo AFP Avril Lavigne a participé à la 64e édition des Grammy Awards à Las Vegas, le 3 avril dernier.

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Le Journal vous propose de retracer chaque mois l’histoire familiale de plusieurs personnalités qui ont des racines bien de chez nous. Sociologue de formation et passionné de généalogie depuis une quarantaine d’années, Jacques Noël est l’auteur de l’essai La diaspora québécoise. Cette impressionnante diaspora, qui brille au sommet des arts, des sports et de la politique, est complètement ignorée par les Québécois. On vous propose aujourd’hui de découvrir les origines d’Avril Lavigne, qui se produira en spectacle ce soir à la Place Bell à Montréal et le vendredi 6 mai au Centre Vidéotron de Québec.


Elle s’appelle Avril, mais elle est née en septembre. Elle a la citoyenneté française, mais parle difficilement la langue de Piaf. Elle est née à Belleville, mais n’a rien à voir avec les célèbres Triplettes. Son nom est Lavigne, mais son ancêtre était un Tessier.

L’histoire familiale d’une des plus célèbres rockeuses canadiennes, qui a vendu 40 millions d’albums, est un peu déroutante à première vue, même pour les généalogistes avertis qui en ont vu bien d’autres.

Avril Ramona Lavigne est née à Belleville, en Ontario, le 27 septembre 1984. Son père Jean-Claude Lavigne (1954) est né en Moselle, ce qui a fait dire à certains que la jolie blonde était d’origine française.

En pleine Guerre froide, le papy Maurice Yves Lavigne né à Saint-Jérôme en 1934 était cantonné en Lorraine sur une base canadienne de l’OTAN. Mécanicien dans l’aviation, il épouse en 1953 la jeune Lucie Dzierzbicki (1937-2004) qu’il ramènera en Ontario quelques années plus tard, avec leur fils Jean-Claude. Voilà pour la French Connection.

Après sa retraite de l’armée, Maurice Yves a travaillé pour Canadair à Montréal. Il est mort à Saint-Eustache en 2003 après un long combat contre l’amylose. 

Tessier 

Pour trouver un ancêtre français du côté des Lavigne, il faut remonter à Urbain Tessier dit Lavigne (1624?-1689).

Originaire de Breil (dans l’actuel Maine-et-Loire), recruté probablement par Jérôme Le Royer de La Dauversière qui cherchait des scieurs de long courageux pour bâtir un pays, Tessier est l’un des premiers Montréalistes. Et tout un culotté.

Le 10 janvier 1648, le sieur de Maisonneuve lui-même lui accorde une concession. Une plaque sur l’édifice du Royal Trust, près de la Place d’Armes (voir photo ci-dessous), témoigne de la chose. Que Mme Plante et les wokes révisionnistes se le tiennent pour dit !

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Photo courtoisie

À l’automne 1648, il épouse à Québec la très jeune Marie Archambault (1636-1719) qui lui donnera 16 enfants. Et mourra à 83 ans. Une force de la nature comme toutes ces générations de femmes qui ont engendré notre peuple à coups de 10-12 enfants à table, pendant trois siècles.  

Trois ans plus tard, Urbain se voit allouer une terre de 30 arpents, le long de la rue St-Urbain qui, trois siècles plus tard, meublera l’univers mange-canayen d’un certain Mordicai qui ira jusqu’à associer nos grands-mères à des truies.

La vie n’est pas de tout repos à Ville-Marie. En 1661, Tessier est enlevé par les Iroquois. Une expérience traumatisante dont peu de colons sortaient vivants.

C’est une jeune veuve qui lui sauve la vie, le prenant pour époux. Après 525 jours de capture, il est ramené à sa famille grâce à l’intervention du Père Simon Le Moyne (selon Marguerite Bourgeois, il n’aurait perdu qu’un seul doigt).

Lavigne

Son fils Jean-Baptiste Tessier dit Lavigne (1672-1736) conserve le surnom de Lavigne qu’il va transmettre à sa descendance. Sa famille vit sur la rue Saint-Laurent et les enfants ont la bougeotte. L’un de ses quatre fils, Jean-Baptiste, va virer jusqu’au Pays des Illinois. Un autre, Joseph, meurt noyé lors d’un voyage dans l’Ouest. Jacques (1719-1758) s’établit à Longueuil, mais lui et sa femme meurent très jeunes ; c’est un autre frère, Nicolas, qui élèvera leurs 7 enfants.

Quelques générations plus tard, après avoir abandonné le nom de Tessier et être passés par Lavaltrie et l’Assomption, les descendants de Jacques Lavigne se transportent dans l’Outaouais. Urgel (1823-1904) et son épouse Emilie Thibert s’établissent sur la ferme des parents d’Émilie à Papineauville.

Après la mort d’Émilie, Urgel se remarie avec la cousine d’Émilie, Marie-Anne Légaré (1837-1879). Vers 1875, le couple déménage de l’autre côté de la rivière, à Plantagenet, un petit coin de l’Ontario francophone où la diaspora y prospère encore de nos jours.  

Mais Marie-Anne meurt aussi prématurément. En 1881, Urgel se retrouve journalier à Plantagenet, avec trois jeunes mômes à charge, dont Joseph (1876-1962) qui aura 11 enfants.

C’est le p’tit-fils de Joseph, Maurice Yves, qui retournera au pays des ancêtres marier une Française qui donnera naissance au père de la célèbre rockeuse canadienne.

LIGNÉE PATERNELLE D’AVRIL LAVIGNE  

LAVIGNE, Jean-Claude (1954-

LOSHAW, Judith Rosanne (1955-  

  • Mariés le 1er février 1975, Belleville, Ontario   

LAVIGNE, Maurice Yves (1934-2003)

DZIERZBICKI, Lucie (1937-2004)  

  • m. 1953 Chéhange (Moselle), France   

LAVIGNE, Osias Joseph (1904-1994)

FINGER, Anita (1905-2005)  

  • m. 8 octobre 1927, Saint-Jérôme   

LAVIGNE, Joseph (1876-1962)

TREMBLAY, Victoria (1876-1952)  

  • m. 9 avril 1894, Papineauville   

LAVIGNE, Urgel (1823-1904)

LÉGARÉ, Marie-Anne Désanges (1837-1879)  

  • m. 29 avril 1870, Papineauville   

TESSIER dit LAVIGNE, Charles (1796-1832)

LANGLOIS, Marguerite (1793-1831)  

  • m. 28 octobre 1817, L’Assomption   

TESSIER dit LAVIGNE, Jean-Baptiste (1770-1809)

JANSON, Marie-Anne (1772-?)  

  • 14 juillet 1793 Lavaltrie (St-Antoine) (8 enfants)   

TESSIER dit LAVIGNE, Jean-Baptiste (1745-1818)

LEBEAU, Marie-Josephe (1753-1818)  

  • m. 18 septembre 1769, Longue-Pointe, Montréal (16 enfants)   

TESSIER dit LAVIGNE, Jacques (1719-1758)

MONET, Marie-Louise (1717-1755)  

  • m. 25 février 1740, Longueuil (St-Antoine-de-Padoue) (7 enfants)   

TESSIER dit LAVIGNE, Jean-Baptiste (1672-1736)

RENAUD, Élisabeth (1681-1747)  

  • m. 4 novembre 1698, Montréal (12 enfants)   

TESSIER dit LAVIGNE, Urbain (1624?-1689)

ARCHAMBAULT, Marie (1636-1719)  

  • m. 28 septembre 1648, Québec (Le couple a eu 16 enfants)   

LA DIASPORA QUÉBÉCOISE  

Comme les Juifs, les Chinois, les Italiens, les Irlandais et les afrodescendants, notre histoire, vieille bientôt d’un demi-millénaire, a façonné sur ce continent une diaspora de quelque 13 millions de personnes qui ont au moins un arrière-grand-parent québécois ou acadien.

Cette diaspora est complètement ignorée par les Québécois. Il a fallu le touchant coming out de Madonna en 1987 (« You know, I am French Canadian too ») dans le vieux Forum du Rocket pour qu’on réalise, complètement béats, que Louise Ciccone, qu’on croyait tous ritale, était une Fortin d’Amérique.

Et la diaspora ne se limite pas au seul continent nord-américain. Ricky Gervais est le fils d’un soldat franco-ontarien. Anna Paquin est la fille d’un prof franco-manitobain. Richard Darbois, « la plus belle voix de France », est le fils d’Olivier Guimond.

Trois niveaux 

Lorsqu’on parle de diaspora québécoise, on parle en fait de trois niveaux. Le premier est celui des Québécois vivant à l’étranger par choix amoureux, climatique (nos snowbirds par exemple) ou fiscal.

Le deuxième est celui de la francophonie canadienne. Un million de personnes qui parlent encore français de Whitehorse à Port-au-Port.

Le troisième est celui de la diaspora continentale et mondiale. Ceux qui sont complètement assimilés depuis plusieurs générations, mais qui ont une origine québécoise. Il sera surtout question d’eux dans cette chronique. Québécois, Acadiens, Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Fransaskois, Franco-Albertains, Franco-Colombiens, Franco-Yukonnais, Franco-Américains, Métis, Cajuns, Canucks, Pah-Pah, Brayons ; ce peuple, qui compte plus de 20 millions de personnes sur le continent qui l’a enfanté, n’a pas de nom fédérateur capable d’inclure tout le monde.

Filière québécoise

Comme la filiation est familiale et comme il va être question de généalogie dans cette chronique, nous l’appellerons du nom de ses familles. Les Tremblay d’Amérique ont ouvert la voie dans cette direction.

Il ne s’agit pas évidemment de québéciser des gens qui ne sont pas québécois, qui ne l’ont jamais été. Juste rappeler, arbre généalogique à l’appui, l’origine bien québécoise d’un tas de célébrités qui ont conservé quelque part dans leur famille une filière québécoise.

En remontant leur arbre généalogique, c’est toute l’empreinte de notre peuple en Amérique qu’on redécouvre. Leur histoire familiale est notre Histoire nationale.

« Chaque Québécois devrait savoir qu’une partie importante de son histoire s’est déroulée ailleurs sur le continent, voire au milieu du Kansas. » -Dean Louder

- Jacques Noël, sociologue et généalogiste

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