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Aide médicale à mourir: toute une année complète prisonnier de son corps

Un cycliste n’était pas admissible après son accident

Cycliste Jean Piere Cote avant son accident
Photo courtoisie Jean-Pierre Côté, maintenant décédé, avant son accident.

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Victime d’un terrible accident, un cycliste de 62 ans a passé une année complète à dépérir sous les yeux de ses proches, avant de décéder sans pouvoir recevoir l’aide médicale à mourir qu’il aurait choisie sans hésiter.

Le 7 avril 2021, Jean-Pierre Côté circulait à vélo à Valcartier avec deux grands amis, Hervé Houde et Éric Tremblay. Alors qu’il se trouvait au premier rang, il a descendu une pente sur la route 371 avant d’amorcer un virage à gauche vers le chemin Redmond. Dans la courbe, le sable sur la chaussée a tout fait basculer. Au propre comme au figuré.

«On ne comprend pas encore comment il n’a pas vu la plaque de sable. Il a vraiment glissé», explique Hervé Houde, qui roulait à l’arrière.

En avril 2021, le cycliste a glissé alors qu’il circulait à Valcartier et a abouti dans un canal.
Photo courtoisie
En avril 2021, le cycliste a glissé alors qu’il circulait à Valcartier et a abouti dans un canal.

En une fraction de seconde, le sportif expérimenté a été projeté par-dessus le garde-fou avec sa monture. Par malchance, il a ensuite heurté de plein fouet les rochers situés au fond du canal. Malgré son casque, l’impact a provoqué un traumatisme craniocérébral sévère (TCC).

«Je suis descendu dans le trou en premier et j’ai interdit à Éric de venir en lui disant de faire le 911. Je suis resté avec Jean-Pierre et je lui tenais la tête», ajoute M. Houde.

Vie menacée

Inconscient lors de son transport à l’hôpital, la vie du cycliste était menacée, mais il n’est pas mort sur le coup. Les saignements au cerveau lui ont toutefois laissé des lésions irréversibles. Une heure après le drame, l’esprit ailleurs, ses deux amis sont rentrés à la maison à vélo.

S’il avait été seul, les secours auraient peut-être mis des jours avant de le retrouver dans le ravin.

Plus tard, sa conjointe mentionnera que les spécialistes ont mis fin au plan de réadaptation. Devenu inapte, il a été convenu de le placer dans une résidence intermédiaire, mais ses besoins étaient trop élevés et les coûts aussi. Il a vraiment souffert pendant une année entière. À regret, Jean-Pierre Côté a finalement été envoyé dans la portion CHSLD de l’hôpital Jeffery Hale.

En mars dernier, son état s’est dégradé. Épuisé, le sexagénaire a lâché prise après une longue bataille. Le 3 avril 2022, Jean-Pierre s’est enfin libéré « de son corps beaucoup trop dépendant », a écrit sa conjointe Jacqueline Veillette.

Son ami Hervé Houde a été témoin du drame. Il pose avec la conjointe de M. Côté, Jacqueline Veillette.
Photo Jean-Francois Racine
Son ami Hervé Houde a été témoin du drame. Il pose avec la conjointe de M. Côté, Jacqueline Veillette.

Proches déchirés

«Si ça m’arrive, j’espère que tu vas savoir quoi faire», avait déjà lancé le cycliste à son épouse.

Les proches étaient donc déchirés de le voir dans cet état. «Je priais tous les jours pour qu’il parte. Nous avions peur que ça dure 10 ou 15 ans. Je l’ai demandé, mais il n’était pas éligible à l’aide médicale à mourir. Je n’ai aucun doute qu’il l’aurait souhaité», précise Mme Veillette.

Son équipier Éric Tremblay a confié la même chose. «C’est certainement ce qu’il aurait souhaité consciemment, sachant le triste état dans lequel il se trouvait», a-t-il résumé.

«Il faut faire un autre pas avec cette loi», demande Hervé Houde.


♦ Dans l’avis de décès, les proches ont demandé d’appuyer la Fondation Martin-Matte, pour venir en aide aux personnes vivant avec un traumatisme crânien ou une déficience physique.

Pas un accident de la route selon la loi en vigueur   

La famille de Jean-Pierre Côté n’a reçu aucune indemnisation de la SAAQ puisque sa chute n’est pas considérée comme un accident de la route au sens de la loi.

En vertu de la Loi sur l’assurance automobile, un véhicule à moteur doit absolument être impliqué dans une collision pour que ses victimes soient indemnisées par le régime public d’assurance.

«Il n’y en avait pas», confirme Hervé Houde.

Aucune couverture

La réadaptation, les soins spéciaux, l’hébergement en résidence, les pertes de revenus et même les frais funéraires ne sont donc pas couverts dans cet accident. Pour plusieurs, les soucis financiers s’ajoutent ainsi aux souffrances morales.

«La SAAQ m’a clairement dit que mon conjoint était le seul responsable de ce qui est arrivé. Je ne suis pas d’accord», affirme Mme Veillette.

Le 16 mars dernier, Vélo Québec était d’ailleurs à la Commission des transports et de l’environnement de l’Assemblée nationale pour présenter ses recommandations sur le projet de loi 22 modifiant la Loi sur l’assurance automobile.

L’organisme aimerait que tous les accidents de la route soient traités sur un pied d’égalité, et que les victimes puissent être indemnisées.

Usagers vulnérables

Selon Vélo Québec, la mission de la Société de l’assurance automobile du Québec est notamment de « protéger la personne contre les risques liés à l’usage de la route ».

La société québécoise, disent-ils, est mûre pour mieux protéger les piétons et les cyclistes, lesquels sont les usagers vulnérables sur la route.

Parmi les arguments soulevés, Vélo Québec stipule que neuf cyclistes sur dix possèdent un permis de conduire et contribuent déjà au régime public d’assurance. 


♦ En 2020, 14 cyclistes sont décédés et 1243 ont été blessés, dont 70 gravement, sur les routes du Québec.

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