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Savourez, y en aura pas d’autres

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J’espère que vous avez savouré l’humidité qui a envahi vos yeux en écoutant Ginette chanter L’essentiel. 

Et que vous avez bombé le torse de fierté quand le jet Guy-Lafleur est passé sur le cortège funéraire. Façon de rappeler la passion de Lafleur pour le vol et sa générosité envers les soldats et les pilotes en Afghanistan. C’était en l’honneur du colonel honoraire Guy Lafleur. 

J’espère que les discours tout en français de ces jeunes piliers que sont Guy Carbonneau et Patrick Roy vous ont touchés. Ils étaient bien écrits, vrais dans le fond et élégants dans la forme.

Et que vous avez noté que le seul côté colonisé de la cérémonie aura été les présentations de Michel Lacroix. Numéro dix-neuf, number nineteen, Larry Robinson...

On se serait cru à une mauvaise game du Canadien au Centre Bell.

J’espère que vous avez savouré parce que j’ai bien peur que ce soit la dernière fois que vous aurez l’occasion de vivre ce Québec gagnant.

Le dernier des vrais

S’il n’en tenait qu’à ses anciens coéquipiers, le Québec pourrait offrir des funérailles nationales à Yvan Cournoyer. Mais dans la vraie vie, Yvan n’a jamais été le meilleur joueur au monde. Il a été un bon capitaine, mais pas un grand capitaine. 

Et Yvan Cournoyer n’a jamais créé ce fabuleux contact entre le peuple québécois au complet et lui. 

Serge Savard a été un très grand défenseur. Probablement le plus fiable du Big Three. Il a été directeur général du Canadien. Le dernier administrateur à avoir gagné la coupe Stanley avec la Flanelle.

Il a été un influent homme d’affaires et s’est prononcé sur de nombreux sujets. Mais Savard n’a jamais eu cette relation fusionnelle avec les gens. 

Je m’imagine très mal une chapelle ardente de deux jours et des émissions d’avant-cérémonie de deux heures...

Guy Lafleur est le dernier d’une équipe qui n’existe plus et d’un Québec qui s’écrase...

Ça doit être ça qui nous chamboule autant.

Carey Price dans 40 ans

Le Canadien a bien fait les choses. La cérémonie était impeccable. Le Requiem de Mozart était de circonstances. Même si Mozart n’a eu le temps d’écrire que le premier mouvement avant sa mort. De toute façon, hier, Ginette et L’essentiel ont planté Mozart et son Requiem. Ça arrive une fois dans une vie.

Maintenant, fans et fefans, essayez d’imaginer la scène dans 40 ans. Carey Price vient de mourir. Êtes-vous capables de vous transporter devant la basilique et vous dire que ce sont des funérailles nationales pour Carey ?

Je ne parle pas de Jonathan Drouin ou de Brendan Gallagher. Je parle de l’idole des fefans modernes. Le nec plus ultra. 

Vous voyez bien que c’est impossible. Vous allez célébrer quoi ? Un attachement à sa société d’adoption ? À son équipe ? À Montréal ? 

À ses conquêtes de la coupe Stanley ? À toutes ses rencontres avec les fans de tous les milieux, dans toutes les circonstances ?

Carey Price ne sera pas là parce qu’il n’y a plus de vrai Canadien.

Redresser le bateau

Ce qu’on peut souhaiter le plus sincèrement, c’est que Carey Price sera honoré par les communautés autochtones de tout le pays. Et qu’on rappellera qu’il a gagné ses 100 millions $ avec une organisation de Montréal.

Ce qu’on peut aussi souhaiter, c’est que quelqu’un au septième étage réalise que c’est encore possible de redresser ce triste bateau qui a fait naufrage cette année.

Juste à redonner l’équipe au peuple. 

LISE LAFLEUR, CELLE QUI RESTE  

Martin Lafleur a soutenu sa mère, Lise, en la prenant par le bras durant les funérailles nationales de Guy Lafleur.
Photo pool, The Canadian Press
Martin Lafleur a soutenu sa mère, Lise, en la prenant par le bras durant les funérailles nationales de Guy Lafleur.

Il y a 40 ans, je retrouvais Joann Villeneuve dans le lobby du Ritz-Carlton à Montréal. Gilles était mort depuis cinq jours et les funérailles avaient déjà eu lieu la veille.

Joann avait les yeux vitreux. Trop médicamentée, trop d’épuisement. Trop de douleurs. J’avais réalisé que c’est celle qui reste, qui doit souffrir. Qui doit vivre le deuil. Qu’on célèbre le disparu, mais que la veuve doit faire face à la vie.

Hier, je regardais Lise Lafleur et j’avais le cœur serré. Ça faisait 12 jours que son mari était mort. Douze jours qu’avec ses fils, elle doit représenter le clan Lafleur. Recevoir les hommages, consoler les fans qui ont de la peine. 

C’est elle qui doit faire preuve de noblesse et de grandeur d’âme. Elle qui doit être forte.

C’est la vraie fin

Tant qu’on était dans les hommages et les célébrations, elle continuait à vivre avec Guy Lafleur. À faire ce qu’elle a fait pendant 50 ans. Être une présence bienveillante. 

Mais hier, vers 14 h, la représentation a pris fin. Lise s’est retrouvée seule pour la première fois. Ses deux fils, sa sœur, ses belles-sœurs, tout plein de bon monde. 

Mais il n’y a plus de Guy, plus de rôle à jouer, plus d’adrénaline pour gommer la douleur et l’épuisement.

Dans ses bras

J’espère que Chantal Machabée, France Margaret Bélanger, du Canadien, et les proches de Lise Lafleur ont une idée de ce qui l’attend. 

Et que tous sauront la prendre dans leurs bras...

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