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Les opinions interdites

POL-LANCEMENT-DUHAIME
Photo d'archives Agence QMI, Marcel Tremblay Éric Duhaime

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Les personnes aux positions « antichoix » en matière d’avortement devraient-elles être « inéligibles » au Québec ?

À écouter les dirigeants de nos principaux partis politiques hier, on avait l’impression que c’était désormais la règle.

Dans le couloir, hier matin, François Legault a insisté : « Ce n’est pas normal, il ne devrait pas y en avoir [de candidat antiavortement] et il n’y en aura pas, il n’y en aura pas à la CAQ. »

La cheffe de l’opposition Dominique Anglade bloquerait aussi toute candidature d’une ou d’un antichoix. Elle renchérit même en réclamant « à l’ensemble des formations politiques d’avoir clairement des candidats qui ne sont pas contre l’avortement ».

Manon Massé de QS avait défendu une position similaire il y a de cela plusieurs mois.

Indépendants

Autrement dit, dans cette vision, les antichoix ne pourraient être que candidats indépendants.

Cela au moins préserverait leur droit fondamental de se porter candidats.

Article 3 de la charte fédérale : « Tout citoyen canadien a le droit de vote et est éligible aux élections. » Article 22 de la charte québécoise : « Toute personne légalement habilitée et qualifiée a droit de se porter candidat lors d’une élection et a droit d’y voter. »

Cible conservatrice

Évidemment, en édictant la règle (similaire à celle que Justin Trudeau a improvisée en 2014) prohibant les candidatures antichoix, Legault, Anglade et Massé ont voulu refléter un fort consensus québécois.

Ils cherchent également à coincer le Parti conservateur du Québec. Son chef, Éric Duhaime, a présenté en février la candidature du docteur Roy Eappen dans la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce. Il avait alors affirmé : « Ma position pro-vie n’a pas changé ».

Éric Duhaime a défendu hier le droit de toute personne défendant cette position de porter les couleurs du PCQ, même si, soutient-il, son programme est pro-choix. Son candidat ne souhaite pas du reste « légiférer » en matière d’avortement.

Je comprends le souci du chef du PCQ pour le droit des « gens religieux » de se porter candidats. Il serait antidémocratique, a-t-il fait valoir, « d’exclure ces gens-là du paysage politique ».

Dans notre démocratie en effet, il n’y a pas d’opinion interdite. Contrairement à la France par exemple, notre Dominion ne proscrit pas la négation de la Shoah (voir l’arrêt Zundel de 1992). D’accord donc, pour la défense des droits politiques fondamentaux.

Mais Duhaime accepterait-il la candidature d’une personne niant les droits des homosexuels ? Ou celle d’un médecin ayant soutenu avec enthousiasme la vaccination obligatoire ou les couvre-feux sanitaires ? Un militant pour la lutte contre les changements climatiques ? Sûrement pas.

Il peut (et c’est très sain) y avoir des divergences idéologiques entre les membres d’un parti. Mais sur certains sujets clés comme l’avortement, les dirigeants sont justifiés d’imposer une ligne de parti.

M. Duhaime, lui, a choisi de faire une exception pour la position « antichoix ». Car il sait très bien que c’est là que loge une partie de sa base, de même que de nouveaux électeurs potentiels.


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